"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

15/09/2011

L'internet libre contre le silence imposé aux syriens

Un article trouvé sur le site reflets.info, de Fabrice Epelboin. Il donne la parole à l'un des hackers qui a participé à l'action #opsyria qui a consisté à expliquer aux Syriens que leurs communications étaient écoutées et à leur fournir les outils et les conseils pour naviguer sur le net de manière anonyme et sûre. Ces hacktivistes ont, entre autre redirigé tout le trafique syrien vers une page de conseils aux internautes du pays!
Pour en savoir plus, vous pouvez également lire l'article du Figaro sur le sujet ou celui de owni.fr. Pour les plus intéressé, vous pouvez lire la série d'articles sur #opsyria du site reflets.info
Bonne lecture


OpSyria : retour d’expérience
Tous ceux qui nous lisent régulièrement savent qui est KheOps et ont même probablement déjà lu un de ses articles. Aujourd’hui, parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi même, nous l’interviewons…

Tu as piloté l’une des opérations les plus spectaculaire de Telecomix, le détournement du web Syrien afin de faire de la contre propagande et d’apporter une aide technologique à la population pour lui permettre de se défendre contre la surveillance et la censure. Par rapport à de précédentes opérations de Telecomix, comme le rétablissement de la liaison internet avec l’Egypte, ou l’exfiltration de vidéo durant la révolution Tunisienne, quelles leçons pour l’avenir peut on tirer de OpSyria ?
Si elle est perçue comme spectaculaire, c’est sans doute parce que les conditions initiales étaient pires qu’en Égypte ou en Tunisie. Le but était pourtant exactement le même : permettre aux gens de communiquer. Nous avons évidemment d’abord étudié les pistes standards, comme la mise en place d’accès RTC, la diffusion des informations en provenance du terrain par Twitter (très utilisé en Égypte lors de l’occupation de la place Tahrir), etc. Le problème, c’est que les lignes téléphoniques sont sur écoute et les connexions ADSL sont surveillées et certains sites sont censurés. De plus, les représailles pour s’être exprimé un peu trop librement sur Internet atteignent des sommets délirants (voir les exemples d’Ali Farzat et Ibrahim Qashoosh). En somme, on a à la fois une censure forte des communications et des représailles hors du commun pour quiconque outrepasse cette censure. On imagine sans mal que ça ne donne pas envie de poster des vidéos de manifestations sur Youtube ou de faire des appels sur Twitter. Enfin, la « culture Internet » est moins installée en Syrie qu’en Égypte ou en Tunisie: une proportion bien moindre de la population est connectée à domicile, la plupart des gens semblant – d’après ce qui nous a été rapporté – obligés de se connecter depuis les cybercafés, eux-mêmes étant les endroits les plus surveillés.
La conséquence : il y a peu d’informations à relayer sur Twitter. Il n’existe pas de diffusion vidéo en direct comme c’était le cas place Tahrir avec Al Jazeera. Et peu de monde a l’envie ou les moyens d’utiliser une connexion RTC. En bref, le silence quasi-total. C’est ce qui a justifié une action plus pénétrante de notre part, pour dire aux gens : « coucou, si, on vous jure que c’est possible, mais il va falloir faire très attention ! ».
Pour ce qui est des « leçons » à retenir, je ne vais citer que celle qui me paraît la plus importante. Combattre pour la liberté d’expression, c’est bien, mais il faut éviter de faire n’importe quoi de façon dogmatique, et s’adapter à la situation. Si on avait bêtement balancé des messages sur des pages Facebook, on aurait pu mettre la vie de certaines personnes en danger. Avant de pousser les gens à communiquer, il fallait être conscient des dangers et adopter une stratégie visant à leur faire prendre le moins de risques possible. Une personne morte s’exprime beaucoup moins bien qu’une personne vivante.
Ah, oui, j’oubliais. Je n’ai rien « piloté ». Je n’ai pas mon brevet de pilote.
En Syrie, nous avons découvert, sans vraiment de surprise, une société occidentale au coeur des technologies de censure, Bluecoat, en Libye, Bull/Amesys et un système de surveillance particulièrement sophistiqué, qui selon le Figaro serait utilisé également en France, un pays qui avance a grand pas vers une censure de l’internet et qui est déjà sur la liste des pays sous surveillance de RSF. Peut-on imaginer un avenir proche où des entités comme Telecomix s’attaquent à des ‘démocraties’ comme la France ?
J’ai le sentiment que quelques pays européens prennent effectivement une direction assez inquiétante. Je ne suis pas complètement calé sur le sujet, mais avec Hadopi d’une part et les lois Loppsi d’autre part, certaines portes sont ouvertes pour faciliter la censure et le contrôle d’Internet par les autorités gouvernementales. On a vu également des propos très inquiétants de David Cameron après les émeutes de Londres. Comme si couper les communications allait régler les problèmes de société qui conduisent aux émeutes. C’est ridicule, qui leur a foutu un premier ministre pareil ?
Je ne sais pas si le terme « attaquer » est approprié en parlant de Telecomix. Mais, Internet n’ayant par définition pas de frontières, il y a de fortes chances pour que Telecomix et d’autres essaient de mettre en place des moyens de contournement de la censure, pour qu’Internet reste Internet. Nous continuerons également de promouvoir les moyens de sécurisation de la vie privée afin de réduire les chances que toute entité, qu’elle soit publique ou privée, puisse espionner les communications. Je considère que les États n’ont pas plus de légitimité que n’importe quel autre acteur pour écouter ou censurer. Internet est un réseau où l’information circule de façon totalement horizontale, simplement. Si une route est bloquée, on en emprunte une autre, quelle que soit la raison du blocage. Donc nous continuerons à construire des routes et creuser des tunnels. Mais cela demande des efforts dont chaque citoyen doit avoir conscience, et auquel chacun peut participer. Installer un relai Tor, par exemple, ne demande que quelques minutes.
L’intelligence collective – et donc la qualité de nos « démocraties » – ne peut progresser qu’en favorisant le libre échange des informations. C’est le seul moyen de permettre à chaque personne d’avoir une vision du monde la plus complète possible et d’obtenir le maximum d’éléments pour se faire une opinion sur un sujet donné. C’est également comme cela qu’une personne peut accroître la conscience de sa place dans la société. Plus généralement, c’est aussi par ce biais que des peuples différents peuvent améliorer leur compréhension mutuelle. J’ai appris un nombre fantastique de choses en l’espace de quelques semaines sur la Syrie, et certains d’entre nous sont déjà invités dans plusieurs villes ! Pas besoin d’acheter le Routard et de réserver un hotel !
La censure me paraît donc nuisible à la société dans sa globalité… Mais si certains sont tentés de l’utiliser, c’est parce qu’elle entretient l’ignorance, qui est elle-même un instrument de pouvoir puissant. Jouer sur la peur des gens en brandissant la menace des pédophiles, des nazis ou des islamistes (ou d’autres clichés débilitants) est un moyen très facile de justifier la censure. Et puis c’est un cercle vicieux, car c’est en se basant sur l’ignorance qu’on parvient à provoquer la peur. Les gens les plus peureux sont souvent ceux à qui on a trop raconté de choses et qui ne sont pas aller essayer par eux-mêmes. Ces peurs deviennent ensuite de l’ordre des croyances, et non du savoir… Mais on s’écarte du sujet.

En Tunisie, qui a été le théatre de la première opération que l’on peut qualifier d’offensive de Telecomix, en janvier dernier, la censure revient par le biais du porno. En dehors de la rapide escalade dans la censure qu’on connu tous les pays commencent à censure leur internet, cela pose-t-il des problèmes de sécurité particulier pour les infrastructures Tunisienne ?
Je n’étais pas dans le giron de Telecomix lors des soulèvements tunisiens. Tout ce que je peux dire c’est que le porno, c’est chouette et que je connais un paquet de syriens qui ont dû être frustrés pendant une soirée. S’il y en a qui n’aiment pas le porno, ils n’ont qu’à pas regarder ! Mais effectivement, une fois qu’on rentre dans une logique de censure, que ce soit le porno ou autre chose, l’expérience montre qu’il y a de fortes chances pour que cela dérive et prenne de l’ampleur. On parle couramment de « dérive autoritariste » pour désigner cela, me semble-t-il.
Concernant les failles que cela peut ajouter sur les infrastructures, je ne peux pas prévoir le futur à coup sûr. En tous cas, en Syrie, le système mis en place par le Syrian Telecommunications Establishment autour des BlueCoat était une sacrée passoire et permettait clairement d’obtenir des informations sur la topologie de leur réseau. Je serais donc tenté de dire que cela va probablement augmenter le nombre de trous de sécurité. Mais je suis très loin d’être un expert en réseaux, et l’exemple syrien n’est sans doute pas représentatif.

Si on part du principe qu’une bonne partie de l’armée de hackers qui travaillait sous les ordres de Ben Ali n’est plus au service du gouvernement, et sachant que certains ont été repéré travaillant pour des partis politiques extremiste, est-on sur le point d’assiter à la généralisation de véritables armées privées de blackhats au service d’intentions politique peu louables ?
Les compétences en informatique ont tendances à s’accroître, il y a donc dans le monde un nombre croissant de personnes capables de réaliser de petites ou grosses attaques, d’autant plus qu’il existe des logiciels permettant de participer à un DDoS ou de réaliser une injection SQL sans aucune connaissance technique. Dans cette masse de personnes, il va de soi qu’une partie est politiquement affiliée à des groupes ou partis qualifiés d’« extrêmes ». Donc, effectivement, le terrain de lutte est aussi sur Internet. Mais « de véritables armées », non : pas la peine d’effrayer les gens avec ce genre de terminologie. Il n’y a pas de « véritables armées » d’extrémistes, les extrémistes étant par définition marginaux.

On a vu ces derniers temps en Tunisie des pages Facebook très populaires proposer une forte récompense pour le hacking de certains comptes Facebook, le genre de compétences couramment utilisées sous Ben Ali, penses-tu qu’on soit sur le point d’assister à une explosion de tels agissements, fait de façon ouvertes, d’acte qui sont parfaitement criminels ?
On voit de plus en plus de pratiques rigolotes dans ce genre. Une autre consiste à révéler l’identité réelle de certaines personnes anonymes sur Internet. De mémoire, il me semble que TheJester s’est amusé à cela. Cela fait partie du lot. J’espère que cela poussera simplement les gens à renforcer leur anonymat sur Internet ! Facebook est une base de données gigantesque à laquelle la plupart des utilisateurs confient toute leur vie privée. On peut comprendre que cela entraine certaines tentations…
Ici aussi, je ne pense pas qu’il y ait d’« explosion » de ces pratiques, tout simplement parce que je ne vois pas une majorité d’individus perdre leur temps à essayer de pirater des comptes Facebook d’autres inconnus pour le plaisir. Une recrudescence ou encore un effet de mode, oui, sans doute. Mais cela fera peut-être évoluer la façon dont l’outil est utilisé, puis le phénomène se tassera. En fait, il n’y a que les kamikazes et les rats qui mangent de l’aspirine qui explosent.

Telecomix n’est pas à proprement parler une organisation, il n’y existe aucune hiérarchie, pas vraiment de gestion de projets, mais une opération comme OpSyria est tout de même en soit, outre le coté hacking, d’une dimension comparable à un projet de communication comme on en trouve couramment dans les agences web : on a une cible, auquel il faut faire passer un message, que l’on teste et que l’on retravaille, suivi de retombées sous forme de contact (pas ‘clients’bien sûr), d’un service d’assistance online… Une question me travaille depuis le début de cette opération il y a de nombreuses semaines : qu’est ce que l’on peut en tirer comme leçon pour la com’ qui vend des yaourts ? Pour la gestion de projets en général ?
Je crois que la gestion de projet est un truc qui a été inventé pour forcer les gens à travailler sur des choses qui ne les intéressent pas et avec des gens avec qui ils ne s’entendent pas. C’est très adapté dans un univers de hiérarchies strictes, où le travail est justifié principalement par la nécessité du salaire touché à la fin du mois.
Telecomix ne compte pas en jours-hommes. Nous nous sommes juste dit « bon, on fait un truc ? ». Chacun fait ensuite ses choses de son côté tout en collaborant avec les autres, en exploitant les résutats de l’un pour les approfondir et fournir davantage, etc. Certains se sont arrêtés en cours car ils en ont eu marre, d’autres ont simplement fait « un break » puis sont revenus. Personne ne s’est vu fixé quelque objectif que ce soit. Celui qui a envie de faire quelque chose le fait, simplement. En fait, je suis en train de raconter l’histoire du logiciel libre, là : personne n’est payé, chacun fait comme il veut, mais ça avance vite et bien.
On ne définit pas de structure. La structure se définit d’elle même par la façon dont chacun y trouve sa place en apportant sa compétence.
Au final, comme l’envie est commune et que personne n’est contraint, le plaisir, le sentiment d’accomplissement et d’autres émotions sont complets et fortement partagés.
Je peux mentionner les outils qui nous ont aidés à nous organiser. Les « pad » ont été utilisés abondamment afin d’avoir des documents collaboratifs de travail: soit des listes d’adresses IP scannées, soit des textes à destination des syriens. À part ça, beaucoup d’IRC avec du jonglage entre canaux publics et canaux privés pour ne discuter qu’avec les personnes de confiance. Aussi un peu de mail, un peu de pastebin, et pas mal de « tiens je t’ai mis ce truc à cette url ».
En ce qui concerne la communication, je crois que je peux dire plein de banalités. Essayer de se mettre à la place de ceux qui recevront le message. S’appliquer, soigner les détails de présentation comme la technique sur laquelle elle repose. Éviter les messages pleins d’idéologie incompréhensibles par un pauvre internaute syrien qui n’a rien demandé.

De nombreuses ONG se mettent avec plus ou moins de succès à internet. Telecomix vient de là, et a plutôt fait le chemin inverse. Comment cette expérience accumulée pourrait profiter à d’autres ONG qui soutiennent d’autres causes ?
Si on parle d’expérience en termes de télécommunications, il n’ont qu’à suivre les recommandations et outils classiques destinés à protéger la vie privée et l’anonymat ! ONG ou pas, beaucoup de personnes et d’entités y gagneraient à sécuriser un peu leurs communications et profiter d’outils autres que Gmail et Facebook.
Ces deux (un peu plus avec Microsoft, Twitter et autres) grosses entreprises ont réussi le coup de force de faire assimiler Internet à Facebook+Google à un grand nombre de personnes. Il serait temps que chacun se réapproprie l’outil Internet et arrête d’être captif des habitudes lobotomisantes que ces entreprises nous ont gravé dans le crâne. Ce n’est pas compliqué quand même, et pourtant il faut voir le mal de chien qu’on a à tenter d’expliquer aux syriens qu’il se feraient moins massacrer s’ils utilisaient moins Facebook !


05/09/2011

Lancement du Prix Lucas Dolega



Le 17 janvier 2011 à Tunis, le photographe Lucas Dolega nous quittait, alors qu’il couvrait la « Révolution du Jasmin». Pour rendre hommage à Lucas, et, à travers lui, à tous les photojournalistes qui risquent leur vie pour la liberté d’informer, sa famille, ses proches, ses amis, décident de créer une association Lucas Dolega et de lancer un prix photographique.
Destiné à soutenir les photographes qui exercent leur activité dans des conditions souvent difficiles et sur des zones pouvant comporter des risques pour assurer la diffusion d’une information libre et indépendante, ce prix a pour essence de récompenser un photographe qui par son engagement personnel, son implication sur le terrain, ses prises de position et la qualité de son travail, aura su témoigner de son attachement à la liberté de l’information.
Les participants devront présenter un reportage ayant pour sujet un conflit (guerres civiles ou militaires, émeutes, attentats ou manifestations publiques), une révolution, une catastrophe naturelle, ou de leurs conséquences pour les populations civiles.
Organisé en partenariat avec la Mairie De Paris et avec le soutien de Reporters sans frontières, le prix Lucas Dolega récompensera chaque année un photographe d’un prix de 10.000 euros, d’une exposition à Paris et d’une parution dans l’album de RSF.

Modalités et informations :
Le règlement complet du Prix et la fiche de participation seront consultables et téléchargeables sur le site du Prix Lucas Dolega début septembre.

Contact association Lucas Dolega
Ludivine Gaudry
Tél : +33 616664319
E-mail : ludivinegaudry@lucasdolega.com

03/09/2011

Semaine noire au Mexique


Voici la traduction du texte de José Gil Olmos publié par Proceso le 31 août dernier. L'auteur y analyse l'impact sur l'Etat d'esprit de la société mexicaine des deux attentats survenus la semaine dernière au Mexique. Il décrit également la tentation autoritaire du gouvernement Calderon en réponse à l'escalade de la violence criminelle. Il défend aussi l'idée que seule une mobilisation citoyenne peut influer positivement sur la situation mexicaine.
Bonne lecture


Semaine noire
La 34e semaine de l'année en cours restera comme l'une des plus tragiques pour le pays, non seulement pour les plus de 80 morts comptabilisé, mais pour les deux événements ayant profondément marqué la société : la terreur au stade de foot de Torreon et l'attentat au casino Royale de Monterrey.
Les experts de l'attention aux victimes et en sécurité publique ont remarqué que ces deux événements, ajoutés à la tragédie des milliers de morts et de disparus de ces cinq dernières années, ont laissé une empreinte indélébile dans la mémoire collective car il s'agit d'attentats dans des lieux publics de divertissement.
A quelques jours d'intervalles, la violence du crime organisé s'est manifestée au stade et au casino, provoquant une expression de terreur et de peur de masse, comme jamais encore ces dernières années dans tout le pays. Avec ces deux événements, la violence a atteint un niveau de danger pour la société, démontrant une nouvelle fois l'échec de la guerre contre le crime organisé déclarée par Felipe Calderon et le pouvoir croissant des groupes criminels, qui ont surpassé les forces armées et de police.
Mais le danger pour la société n'est pas de confirmer les hauts indices d'insécurité, mais la fragilité et la vulnérabilité dans laquelle elle se trouve et les effets à court et long termes qu'elles auront sur l'humeur collective.
La peur, l'insécurité, la terreur et la sensation d'abandon qui grandissent chez les gens ont d'autres effets plus dangereux, comme l'immobilisme et la désespérance sociale.
Cette paralysie et cette passivité pourraient être utilisées par ces mêmes bandes criminels pour renforcer leur empire de terreur, déjà prégnant dans certaines régions du pays, mais aussi par les groupes du pouvoir politique désireux d'instaurer un régime autoritaire, de type militaire ou policier, afin d'imposer l'ordre sur le territoire national.
Preuve en est faite par Calderon, qui immédiatement après l'attentat au Casino Royale de Monterrey a demandé au Congrès de la République d'approuver la Loi de Sécurité Nationale, qui prétend faciliter l'intervention des forces armées dans des tâches de sécurité publique.
La tentation de l'autoritarisme, de la main dure, de la force, avant l'intelligence, voilà ce qui se trouve derrière cette proposition de loi, qui donnerait plus de latitudes au président de la République pour envoyer des troupes militaires lorsqu'il juge qu'il s'agit d'une situation d'urgence nationale, non plus en matière de catastrophes naturelles, mais pour des raisons éminemment sociales ou de sécurité publique.
Ce qui favorise ces groupes du pouvoir politique ou criminel c'est une société impavide, engourdie, effrayée ou terrorisée.
Une société dans cet état d'esprit est une proie facile pour n'importe quel groupe violent ou autoritaire qui n'argumente pas, mais qui exerce la violence pour obtenir ce qu'il veut : plus de contrôle social et territorial.
Ce sont peut-être les effets les plus dangereux des deux attentats perpétrés la semaine passée, c'est pourquoi il est important de mettre en lumière les mobilisations qui ont eu lieux à Monterrey, où la société n'est pas encline aux protestations publiques.
Les mobilisations et la présence des organisations sociales sont importantes dans ces moments où la peur et le désespoir gagnent du terrain. Ce sont les seules moyens d'expression de la société pour essayer d'influer sur la baisse de la violence, qui à la manière de l'humidité s'est infiltrée dans les foyers.
S'il n'y a pas d'expression et de mobilisation sociale, si le conformisme et l'apathie gagne l'esprit social, nous verrons ces prochains mois augmenter la terreur et la violence, et les élections présidentielles de 2012 ne serviront à rien, peu importe qui arrive au pouvoir, car dans les faits ce sont les groupes du crime organisé qui gouverneront.

02/09/2011

Entre le marteau et l'enclume

Suite à la lecture de l'article publié sur Rue89 par Nicolas Quirion, "Mexique: au pays des narcos, un tweet "alarmant" vaut la prison", j'ai été lire les articles que Proceso consacre au sujet. Je publie l'un d'eux ci-dessous accompagné du visuel de la communauté virtuelle mexicaine soutenant les inculpés. Alors que le Mexique vient de subir deux attaques importantes du crime organisé, une fusillade dans un stade de foot de Torreon et un casino incendié à Monterrey (plus de 50 morts), le pouvoir du président Calderon inculpe de terrorisme la journaliste María de Jesús Bravo Pagola et Gilberto Martínez Vera pour avoir tweeté l'annonce de prétendues attaques contre des écoles de Veracruz... Ils risquent jusqu'à 30 ans de prison!
Dans une tribune de José Gil Olmos publié par Proceso, l'auteur revient sur la double terreur qui tenaille les mexicains après ces deux attaques: le renforcement du pouvoir des narcos et l'instauration d'un Etat militaro-policier. Calderon ayant demandé au Congrès de valider la controversée Loi de Sécurité Nationale. Pris entre le marteau et l'enclume le Mexique compte ses morts.





Exige Reporteros sin Frontera la liberación de “tuiteros” veracruzanos

JALAPA, Ver. (apro).- Reporteros sin Fronteras se sumó a la condena de usuarios de las redes sociales contra el gobierno veracruzano por el proceso penal iniciado en contra de María de Jesús Bravo Pagola y Gilberto Martínez Vera, por los presuntos delitos de terrorismo y sabotaje al haber difundido mensajes sobre potenciales atentados del crimen organizado en la entidad.
“Esta inculpación es delirante, pese a la imprudencia de algunos mensajes difundidos por los acusados”, señaló la organización internacional y exigió la liberación inmediata de Bravo Pagola y Martínez Vera, a quienes el 31 de agosto una juez les dictó el auto de formal prisión y, de resultar responsables de los delitos imputados, podrían ser condenados de tres a 30 años de prisión.
La agrupación internacional refirió que desde el 25 de agosto los dos cibernautas veracruzanos se encuentran detenidos por los delitos de terrorismo y sabotaje por haber difundido mensajes, vía Twitter y Facebook, sobre posibles ataques del crimen organizado en el estado de Veracruz.
Según el Código Penal del estado, dijo, la prisión preventiva es una medida excepcional, factible sólo en caso de que exista información sobre la presunta responsabilidad de los inculpados en tales actos y, ante la ausencia de pruebas, “sobre la intención de perturbar la paz pública, menoscabar la autoridad del Estado o transformar gravemente la vida económica o cultural, los dos ‘twitteros’ no tienen nada que hacer en prisión”.
Este caso, para Reporteros sin Fronteras implica que “la censura va acompañada de un abuso de autoridad”, ya que, incluso, si la información difundida por estas dos personas pudiera parecer dudosa o exagerada, “procesar a los usuarios de las redes sociales por actos de terrorismo constituye un exceso procesal”.
Por otra parte, subrayó, el estado de la libertad de informar en Veracruz “es cada vez más alarmante”, ya que a los numerosos casos de intimidación y amenazas se suma el hecho de que desde el inicio del año han sido asesinados tres periodistas en el territorio: Yolanda Ordaz de la Cruz, Miguel Ángel López Velasco y Noel López Olguín.
El 25 de agosto pasado estas personas difundieron alertas sobre posibles ataques contra centros escolares y ese mismo día fueron arrestados, después de que la policía identificara sus cuentas. El día 27, refirió, “el Ministerio Público señaló en un comunicado oficial que los detenidos tenían la intención de provocar perturbaciones en la vida social, económica y educativa del estado, así como reacciones de angustia y temor entre los padres”.
Con la detención de estas personas, que sufrieron presión psicológica para obligarlos a declararse culpables, acotó, “se ilustra un poco más la fisura del Estado de Derecho a medida que se infla el balance humano de la ofensiva federal contra el narcotráfico, que ha dejado más de 45 mil muertes desde diciembre de 2006”.
En tanto, Amnistía Internacional (AI) determinó lanzar una “acción urgente”, donde convoca a las asociaciones humanitarias de todo el mundo, “para que hagan un llamado al gobierno del estado de Veracruz a reconsiderar el caso” de Bravo Pagola y Martínez Vera, acusados de cometer terrorismo y sabotaje mediante las redes sociales.
De acuerdo al mensaje emitido por Rupert Knox, representante de AI al titular del Despacho Ordóñez, Ordóñez y Téllez, Abogados Asociados, Fidel Ordóñez Solana, a través de esta campaña, “se esperan cientos de llamados emitidos desde todos los países del orbe que serán dirigidos al gobierno de Veracruz”.
Ordóñez explicó que AI ha recomendado que los mensajes sean dirigidos al gobernador Javier Duarte, mediante servicio postal, vía telefónica o mediante correo electrónico, sugiriendo emplear el tratamiento diplomático de “Estimado gobernador…”. También, recomienda dirigirse al procurador general de Justicia, Reynaldo Escobar Pérez.
Según el comunicado de Knox, refirió el abogado, al organismo no gubernamental con sede en Londres, Inglaterra, que en 1977 se hiciera acreedor al Premio Nobel de la Paz, dijo, “le preocupa que estos dos mexicanos estén en riesgo de ser condenados a 30 años de prisión por hacer publicaciones en Twitter y Facebook”.
Ante las particularidades que han rodeado la detención de Bravo Pagola y Martínez Vera, Rupert Knox procedió a circular el exhorto a los diversos países para que las instituciones y personas interesadas en los derechos humanos escriban inmediatamente, antes del 12 de octubre, “expresando su preocupación por la detención de estas personas por cargos de terrorismo y sabotaje”, señaló Ordóñez.

01/09/2011

Pour un internet libre et gratuit



Un article intéressant du Monde sur le projet "Commotion" dont le but est de créer un réseau informatique d'accès libre, gratuit et anonyme. Le projet permettrait de réduire de manière drastique la fracture numérique, permettant de connecter quartiers pauvres, sans infrastructures ni budgets prohibitifs, au net. Les opérateurs, les gestionnaires de droits d'auteurs et généralement tous ceux qui tirent les bénéfices d'un Internet contrôlé, payant et se fichant éperdument du respect de la vie privée risquent de voir rouge. Pourtant le projet intéresse jusqu'au gouvernement US, puisque le projet est financé - entre autre - par le département d'Etat qui lui, voit l'utilité d'un tel réseau facile à mettre en place en zone de guerre ou lors de catastrophes... sans parler de pays soumis à la censure d'un régime autoritaire. Bien évidemment cet anonymat risque aussi de donner des allergies aux tenants du tout sécuritaire qui y verront évidemment un danger terroriste.
Avec l'utilisation croissante des logiciels libre, avec TOR ou Commotion, avec Wikipedia, Wikileaks mais aussi les IndyMedia, les Anonymous et bien d'autres projets, la communauté (du) libre si elle n'est pas en passe de gagner la guerre est en tous cas en train de mener l'une de ses plus belles batailles contre l'Internet marchand. Les multinationales de la musique, du ciné, des télécoms ont du soucis à se faire... souhaitons-leur une belle commotion cérébrale, en attendant que leur vieux monde ne s'écroule.



Commotion, le projet d'un Internet hors de tout contrôle




Un immeuble confortable et anonyme, au cœur de Washington, à quelques rues de la Maison Blanche. Dans une enfilade de bureaux au fond du 5e étage, une vingtaine de jeunes gens, surtout des garçons, travaillent discrètement, dans une ambiance à la fois studieuse et décontractée. Cette petite équipe, composée d'informaticiens, de juristes et de sociologues, est en train de réaliser l'utopie suprême des hackers et des militants libertaires du monde entier : un logiciel permettant la création de réseaux sans fil à haut débit 100 % autonomes, qui fonctionneront sur les fréquences Wi-Fi, sans s'appuyer sur aucune infrastructure existante – ni relais téléphonique, ni câble, ni satellite. Ils seront mouvants, horizontaux, entièrement décentralisés et échapperont à toute surveillance, car le trafic sera anonyme et crypté.


Ce projet ambitieux – nom de code Commotion– est dirigé par Sascha Meinrath, 37 ans, militant de longue date de l'Internet libre et précurseur des réseaux citoyens – au sein du collectif de journalistes en ligne Indymedia, puis à l'université d'Urbana-Champaign (Illinois), un des berceaux du logiciel libre, et dans diverses start-up et ONG d'action sociale : "J'ai bricolé mon premier réseau autonome il y a dix ans. Les antennes étaient faites avec des boîtes de conserves." Depuis ces temps héroïques, Sascha Meinrath a fait du chemin. Dans sa version actuelle, Commotion est un projet très officiel. Il est hébergé et financé par l'Open Technology Initiative (OTI), département high-tech de la New America Foundation, organisme prestigieux consacré à l'étude des grands problèmes de la société américaine, et présidé par Eric Schmidt, l'un des patrons de Google.


Grâce à cette tutelle, Sascha Meinrath dispose d'un budget annuel de 2,3 millions de dollars (1,6 million d'euros), auxquels est venue s'ajouter une subvention exceptionnelle de 2 millions, octroyée par le département d'Etat. En effet, les diplomates américains s'intéressent de près à la technologie des réseaux sans fil autonomes, légers et faciles à installer. Ils espèrent les déployer bientôt sur le terrain dans diverses situations d'urgence : dans des zones dévastées par une guerre ou une catastrophe naturelle ; dans les régions les plus déshéritées de la planète, où les populations sont privées de moyens de communication modernes ; et, enfin, comme "outil de contournement" dans des pays dictatoriaux, pour aider les dissidents politiques à communiquer entre eux et avec le reste du monde, en déjouant la surveillance policière et la censure. "Fin 2010, se souvient Sascha Meinrath, j'ai appris un peu par hasard que le département d'Etat avait décidé d'aider ce type de recherches. Nous avons déposé un dossier, en concurrence avec d'autres organisations, et nous avons été choisis. Les autres projets s'appuyaient en partie sur les infrastructures existantes, alors que Commotion les court-circuite entièrement."
"LE SEUL OUTIL À APPORTER SUR LE TERRAIN, C'EST UNE CLÉ USB"
La subvention fédérale n'a pas suffi à transformer l'équipe de Commotion en fonctionnaires. Josh King, 28 ans, le responsable technique, a gardé son look très rebelle – vêtu de noir de la tête aux pieds, avec chaîne, piercing et cheveux en bataille... Son bureau est encombré d'appareils de toutes sortes, sur lesquels il fait des tests approfondis, car Commotion doit pouvoir fonctionner avec un assemblage hétéroclite. Ses logiciels transforment un routeur Wi-Fi ordinaire, un simple PC ou un smartphone en relais intelligents, capables de connaître en temps réel la configuration du réseau, et de trier les données pour les envoyer vers leurs destinataires, ou vers un autre relais, plus proche du but. Par ailleurs, Commotion peut être facilement raccordé au reste du monde : il suffit qu'un seul des appareils soit connecté à Internet pour que tous les autres profitent de l'accès. "En fait,résume Josh King, le seul outil indispensable à apporter sur le terrain, c'est une clé USB contenant les logiciels, qui doivent être installés sur chacun des appareils appelés à faire partie du réseau." Depuis le printemps 2011, OTI propose des éléments de Commotion en téléchargement libre sur Internet. Une version de travail complète sera disponible en septembre, afin que des experts de tous les pays puissent l'étudier et faire des suggestions. Sascha Meinrath ne sait pas exactement qui télécharge quoi, car il ne garde aucune trace des internautes venant sur le site : "Si nous conservions une liste de nos visiteurs, nos serveurs pourraient être piratés par différents gouvernements – y compris le nôtre."
Récemment, OTI a reçu des messages de militants du "printemps arabe", vivant en Egypte, en Syrie, en Libye, à Bahreïn et au Yémen : "Ils veulent se procurerCommotion, mais nous essayons de les dissuader. C'est trop tôt, il n'est pas sécurisé, ce serait risqué de s'en servir contre un régime répressif. Cela dit, si ça se trouve, des groupes clandestins utilisent déjà des versions provisoires, sans nous le dire. Certains interlocuteurs sont peut-être des agents au service des dictatures, mais peu importe, nous montrons la même chose à tout le monde."
Sascha Meinrath se donne jusqu'à fin 2012 pour produire une version utilisable par le grand public. Pour aller plus vite, OTI s'approprie des systèmes mis au point par d'autres équipes. Pour la sécurisation, Commotion va intégrer les programmes du projet TOR (The Onion Router), inventé par une bande d'hackers allemands et américains pour circuler sur Internet en évitant d'être repéré. TOR a notamment été utilisé pour protéger les communications du site WikiLeaks –qui a divulgué en 2010 des masses de documents secrets appartenant au gouvernement des Etats-Unis. L'un des créateurs de TOR, l'Américain Jacob Appelbaum, fut un temps très proche de l'équipe de WikiLeaks. A deux reprises, en 2010, il a été arrêté par la police américaine, qui l'a interrogé sur ses activités au sein de WikiLeaks et a saisi ses téléphones et ses ordinateurs. Or, Jacob Appelbaum est aussi un ami personnel de Sascha Meinrath, qui fait appel à lui comme conseiller pour la mise au point de Commotion.
Pour expliquer cette situation paradoxale, Sascha Meinrath évoque la"schizophrénie" du gouvernement fédéral : "Parmi les responsables de Washington, il y a encore des gens formés pendant la guerre froide, qui rêvent de tout bloquer et de tout surveiller, mais il y a aussi des jeunes arrivés avec Obama, qui sont partisans de la transparence et de la liberté d'expression. En privé, de nombreux fonctionnaires du département d'Etat étaient en colère de voir leur hiérarchie critiquer WikiLeaks aussi violemment. Selon eux, l'affaire aurait pu être l'occasion de montrer au monde que les Etats-Unis savent défendre la liberté d'expression et la transparence, en toutes circonstances."
A présent, Jacob Appelbaum participe à un vaste projet baptisé Freedom Box – un ordinateur basique et bon marché transformé en serveur crypté et sécurisé pour le grand public. Sascha Meinrath envisage d'intégrer Freedom Box au réseau Commotion, notamment pour bénéficier d'une fonction dite de "connexion différée" :"Par exemple, lors d'une manifestation réprimée par la police, un manifestant prend une photo avec un smartphone connecté à Commotion. Internet a été coupé ce jour-là dans le quartier par les autorités, la photo ne peut pas sortir du pays, mais grâce à Commotion, elle est stockée à l'abri, sur une freedoom box locale. Puis, dès qu'Internet est rétabli, la box envoie automatiquement la photo dans le monde entier."
LES ENTREPRISES DE TÉLÉCOMS, ENNEMIS POTENTIELS
OTI songe à intégrer d'autres appareils expérimentaux, qui permettront aux utilisateurs de partager des masses de fichiers lourds, de faire transiter sur Commotion des appels téléphoniques passés avec des mobiles ordinaires, detransmettre des données dans toutes les gammes de fréquences, et même d'interconnecter plusieurs réseaux voisins : "En juillet, raconte Sascha Meinrath, une équipe d'hackers en camionnette a monté un réseau éphémère, couvrant une zone de 60 km sur 30, à cheval sur l'Autriche, la Croatie et la Slovénie. C'est la preuve qu'on peut fournir une connexion Internet à toute une zone frontalière, sansêtre physiquement présent dans le pays." Commotion n'est pas prêt pour un déploiement dans les zones à risque, mais il peut déjà être testé aux Etats-Unis – par exemple, dans les quartiers pauvres des grandes villes, dont les habitants ne peuvent pas se payer d'abonnement Internet classique. A Washington, à Detroit, et dans une réserve indienne californienne, l'OTI est entré en contact avec des associations de quartiers et des groupes militants qui avaient entrepris de créerdes réseaux sans fil sauvages, pour offrir aux habitants des accès Internet gratuits. Grâce à son expertise et à son carnet d'adresses, l'équipe d'OTI a fourni à ces amateurs une aide technique et financière décisive.
Cette fois, les ennemis potentiels sont les entreprises de télécoms, qui pourraientfaire pression sur les autorités, pour qu'elles tuent ces initiatives citoyennes à coups de lois et de restrictions bureaucratiques. Sascha Meinrath est conscient de la menace : "Notre technologie va bousculer pas mal de choses, y compris aux Etats-Unis. Si les gens se mettent à construire leurs propres réseaux, le business model des groupes de télécoms va s'effondrer. Il faut s'attendre à ce qu'ils contre-attaquent brutalement." Commotion devra aussi affronter l'hostilité des majors d'Hollywood, car il peut faciliter le piratage des œuvres sous copyright. Sascha Meinrath est à la fois fataliste et optimiste : "Que ce soit aux Etats-Unis, au Moyen-Orient ou ailleurs, qui va mettre en place ces réseaux alternatifs ? Pas des vieux, on le sait. Ce sont les ados qui vont s'en emparer. Ils s'en serviront pour contesterl'ordre établi et aussi pour partager leur musique et leurs films. Ce sera peut-être négatif pour les détenteurs de droits, mais le bilan global sera très positif."
Yves EudesUn article "d"info du net" revient lui aussi sur le projet Commotion. Ayant trouvé leur visuel plus parlant que celui du Monde je le leur ai emprunté ;)

31/08/2011

Quel genre de sexe leur faut-il?


Une tribune publié sur Rue89 à propos de genre, de sexe et d'orientation sexuelle à l'heure où des députés dont ceux de la Droite Populaire (l'aile droitière de l'UMP) demandent le retrait de manuels scolaires (suivant en cela la voix de l'église qui il y a quelques semaines faisait la même demande) qui donnerait une trop grande place à la "théorie des genres". Le texte de David Simard démêle les termes que ces députés réactionnaires mélangent joyeusement pour nous empêcher de jouir de nos corps et de notre sexualité. Mais son texte éclaire aussi certaines confusions entretenues parfois par les mouvements LGBT.


Genre, sexe, orientation sexuelle, les députés UMP confondent tout


Par David Simard | Philosophe et psycho-sexologue | 31/08/2011 | 09H58

Quatre-vingts parlementaires, dont les fondateurs de la Droite populaire, ont demandéle 30 août 2011 au ministre de l'Education nationale le retrait de manuels scolaires accréditant l'idée que l'identité sexuelle est autant le fruit de l'environnement socioculturel que de la biologie. Cette demande fait suite à plusieurs interpellationsdu ministre sur cette question au mois de juillet dernier.

Les députés se targuent d'être du côté de la science

Ces parlementaires dénoncent l'idée de genre comme construction sociale de l'identité de sexe. Pour eux, cette identité est inscrite dans la nature, et plus précisément dans les organes génitaux. Simone de Beauvoir disait : « On ne nait pas femme, on le devient. » Ces parlementaires pensent que l'on ne devient pas femme, on nait femme. Idem pour les hommes.

Autrement dit, l'identité de sexe est tout entière contenue dans le biologique.

Les députés se targuent d'être du côté de la science, a contrario de ce qu'ils appellent la « théorie du genre sexuel », rejetée comme « théorie philosophique et sociologique ».

A croire, d'une part, qu'il n'y aurait de rationnel que du scientifique, au sens des sciences de la nature, et d'autre part, que le « scientifique » ne pourrait pas être habité par des présupposés philosophiques, et même idéologiques.

Pourtant, réduire l'identité de sexe à sa dimension biologique n'a rien de scientifique au sens où le présupposent ces députés, c'est-à-dire d'attesté et d'irréfutable, mais est au contraire, sinon philosophique (la démarche philosophique a ses réquisits auxquels ne répondent pas ces députés), du moins idéologique.

Glissement de l'identité sexuelle à l'orientation sexuelle

L'utilisation de l'adjectif « sexuel » est source de confusion lorsque l'on parle de l'identité. Il réfère en effet à la sexualité. Or, par « identité sexuelle » est en fait entendue l'identité sexuée, c'est-à-dire, a minima, le fait de se reconnaître ou d'être reconnu comme homme ou femme en raison de son sexe anatomique. Nous nous situons donc dans un registre en-deçà de la sexualité.

Or, les députés opèrent le glissement d'un registre à l'autre, en affirmant que selon la « théorie du genre sexuel » :

« Les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités : homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels. »

Mais la question du genre est d'abord et avant tout une question de construction sociale des identités en raison du sexe, non celle de l'orientation sexuelle. Cette confusion est patente lorsque, aux côtés des orientations sexuelles que sont l'homosexualité, l'hétérosexualité et la bisexualité, est ajoutée la transsexualité.

Qu'est-ce donc que l'orientation transsexuelle ? Rien, car cela n'existe pas. Un transsexuel est une personne qui estime être au fond d'elle un homme alors qu'elle est anatomiquement une femme, ou une femme alors qu'elle est anatomiquement un homme. A partir de là, un transsexuel peut être homosexuel, hétérosexuel ou bisexuel.

Naturalisme biologique contre culturalisme

Cette confusion est entretenue par les mouvements LGBT, qui associent les homosexuel(le)s et les bisexuel(le)s au transsexuel(le)s, soit des personnes revendiquant le droit de cité à leur orientation sexuelle à des personnes dont la problématique est l'identité sexuée.

Transsexué conviendrait d'ailleurs mieux que transsexuel. Mais cette confusion relève d'une idéologie inverse à celle du naturalisme biologique : le culturalisme, dans le sens où tout est culturel, entendons fabriqué, ce en quoi l'on peut, par intervention chirurgicale, pratiquer une réassignation du sexe.

C'est alors la notion de genre qui se trouve étendue à la dimension biologique, cette dernière étant ainsi débiologisée.

Les limites du culturel dans l'identité sexuée

L'idéologie de la nature a beau jeu de pointer les absurdités du culturalisme ainsi entendu. Et de fait, même après une intervention chirurgicale, rien n'a changé sur ce qui avait fait la première assignation de sexe : la combinaison chromosomique. Et le changement organique de sexe n'est pas le passage d'un vrai organe à un autre vrai organe, fonctionnel. On ne pose pas de vagin ni d'utérus à un homme, ni de pénis à une femme.

Il y a donc bien une réalité naturelle indépassable qui fait limite (dont l'ultime est la mort), une assignation chromosomique sexuée à partir de laquelle on dit de telle personne qu'elle est un homme, et de telle autre qu'elle est une femme. On peut plus certainement changer de genre (transgenderisme) que de sexe.

La construction des notions de féminin et masculin

Pourtant, il y a bien une construction sociale de la sexuation, que l'on appelle le genre. Celle-ci se retrouve dans les représentations que l'on se fait de ce qu'est un homme et de ce qu'est une femme, et auxquelles chacun, selon son sexe organique, est conditionné à répondre.

Par exemple, une femme est douce, sensible, superficielle, passive, alors qu'un homme est rude, rationnel, profond, actif. C'est ainsi que l'on construit les notions de féminin et de masculin, dont on voit qu'elles assignent, cette fois, non pas un sexe biologique, mais un rôle social en vertu du sexe biologique.

Dénoncer cette construction des rôles ne peut aller jusqu'à l'absurdité de nier la réalité biologique. Il s'agit seulement de dénoncer que la réalité biologique, la différence organique des sexes, servent à justifier la domination d'un sexe sur l'autre. Ce qui peut être visé est donc la représentation sociale que l'on se fait de la sexuation organique, non la sexuation dans son organicité elle-même.

Un naturalisme rétrograde répandu : Mars et Vénus

Pour finir, je voudrais attirer l'attention sur le fait que le naturalisme, facile à critiquer lorsqu'il émane de députés à l'esprit étriqué, est largement répandu dans les représentations que l'on se fait sur les hommes et les femmes. L'approche de John Gray et de son prisme « Mars et vénus » en relève, et connaît un franc succès.

Les théories qui prétendent expliquer nos comportements amoureux et sexuels par nos ancêtres de la préhistoire, les autres espèces animales (qui ne se comportent pourtant pas toutes de la même manière), les phéromones ou les gènes qui auraient un plan d'action, également. A voir la paille, même caricaturale, dans l'œil de l'autre, on ignore la poutre dans le sien…

29/08/2011

Danses à Catemaco

Une vidéo trouvée sur le site du Monde...


Les danses rituelles de Catemaco from Ulysse, la culture du voyage on Vimeo.


Catemaco, petite ville de l'est du Mexique, les descendants des peuples préhispaniques ont conservé les traditions de leurs ancêtres. Cet héritage, transmis de génération en génération, est un trésor culturel difficilement accessible, la communauté étant généralement très fermée. Voici une des rares démonstrations publiques de leurs danses rituelles.

17/08/2011

Le poète et le président


Depuis plusieurs mois maintenant des mouvements citoyens secouent le Mexique. Ils ont la particularité de naître du peu de cas qui est fait des droits de l'Homme aujourd'hui au Mexique, comme la Caravane Paso a paso hacia la paz (pas à pas vers la paix) initiée par des proches et des migrants victimes du crime organisé ou des services de police mexicains. Un de ces mouvements - Movimiento por la Paz con Justicia y Dignidad (Mouvement pour la paix avec justice et dignité) - traduit le ras-le-bol de la société civile face à la guerre de la drogue qui meurtrie le Mexique depuis l'arrivée à la présidence de Felipe calderon.
Le journaliste et poète Javier Sicilia, dont le fils a été brutalement assassiné, est devenu l'un des symboles et des portes-parole du mouvement. Même si des différences existent au sein du mouvement, ils ont réussi à imposer leur voix au-dessus du bruit des armes et des larmes. Le mouvement cherche maintenant à influer sur la voie suivie par le gouvernement en matière de sécurité et propose notamment de substitué à la loi de Sécurité nationale en discussion une loi de sécurité humaine et citoyenne.
Ces dernières semaines les discussions se sont crispées autour de cette loi après l'approbation par les législateurs d'une première version dans laquelle n'apparaissent aucune des propositions du mouvement, malgré les promesses des politiques. Le poète et le mouvement ont alors annulé une réunion avec les députés. Ils ont repris le dialogue hier et semble avoir réussi à dégager une première série d'accords.
Javier Sicilia, dans un texte publié par Proceso le 15 août - El perdon que clama el Alcazar - parle du pardon... celui exprimé par le président Calderon... du pardon que les Mexicains sont prêts à accorder à leurs belliqueux dirigeants.


Le pardon clamé par l'Alcazar

Javier Sicilia

Ce qui ces dernières semaines n'a eu de cesses de m'étonner c'est l'incongruité existant entre le pardon que le président (Calderon, ndt) et les législateurs ont présenté aux victimes à l'Alcazar du Chateau de Chapultepec, et leur obstination à maintenir une stratégie de guerre – qui les (victimes, ndt) a produit et continue à les produire – et à la légitimer par une loi de sécurité nationale. Si ce n'était parce que ces hommes et ces femmes portent en eux, au moment où ils demandèrent pardon, une émotion humaine sincère, il faudrait dire que nous nous trouvons face à du cynisme. Pourquoi s'émouvoir devant les visages des victimes et en même temps s'obstiner dans une stratégie qui en produit, si au fond de leurs cœurs ils ont été touchés par la douleur ?

La raison est à chercher dans ce que Günther Anders a appelé la « philosophie du déphasage », c'est à dire, dans ce que ces temps extrêmement techniques et bureaucratisés notre capacité à réaliser est en déphasage avec notre propre capacité à en imaginer les conséquences ou, en d'autres termes, nous nous trouvons dans l'incapacité de nous reconnaître dans les répercussions de nos actes. Quand à l'Alcazar le président, d'abord, puis les législateurs, se sont présentés devant les visages de souffrances des victimes, aucun d'entre eux n'a pu faire autrement que de s'émouvoir et de ressentir de la culpabilité face aux conséquences claires et frappantes de leur responsabilité dans la souffrance qu'ils avaient face à eux. Mais s'ils ont pu se tenir devant eux, ils ne purent faire face aux 50000 morts, 10000 disparus, 120000 déplacés que ces visages représentaient. Comment pourraient-ils être capables de mobiliser une douleur incluant tant de vies ? Comment pourraient-ils s'en vouloir pour 50000 morts, 10000 disparus et 120000 déplacés ? Non seulement eux mais n'importe quel être humain est incapable de le faire. S'il existait une correspondance entre les conséquences de la guerre et les six victimes présentes avec leurs exigences, elle n’existait pas entre ces mêmes faits et le nombre inimaginable de morts et de disparus qu'ils produisent. Cette incapacité est, comme le dit Anders, « une conséquence du fait que nous pouvons (faire) plus que ce que nous pouvons nous représenter mentalement, du fait que les effets sont trop importants pour notre imagination et pour les forces émotionnelles dont nous disposons. »

La machine bureaucratique fonctionne sans responsabilités. Pour cette raison Eichmann n'a jamais reconnu sa culpabilité lors de son procès à Jérusalem. De même, à l'exception de Claude Eatherly, aucun des membres de l'équipage qui lança la bombe sur Hiroshima ne se sentit coupable des 200000 vies fauchées. Pour cette même raison Calderon et les législateurs non plus ne peuvent accepter leur pleine responsabilité et faire que leur demande de pardon devienne un pas en direction de la paix.

Quel rapport existe entre la banalité d'imaginer dans un bureau le transport d'êtres humains vers un site appelé Auschwitz, avec le chiffre de 6 millions de juifs assassinés, et la banalité de tirer un levier depuis une altitude d'où les êtres humains sont invisibles et où la ville n'est qu'une maquette, avec le chiffre de 200000 brûlés ? Quel rapport entre la banalité de décréter une guerre pour combattre la délinquance et concevoir, depuis le confort de quelques bureaux, une loi de sécurité nationale pour la reconduire, avec l'abstraction de 50000 morts, 10000 disparus (« Moi, je les aurais combattu – dit Calderon – même avec des pierres », ou aussi, avec une immense incapacité à ressentir ce qu'il était en train de dire : « Moi, je porte la responsabilité morale de cette guerre ») ?

« La méthode habituelle – écrit Anders – pour dominer ce qui es trop grand consiste en une simple manœuvre de suppression, en continuant exactement comme avant, à supprimer l’œuvre du bureau de notre vie, comme si une trop grande faute n'était pas une faute dans l'absolu. » Et pourtant, nous avons besoin que – comme Eatherly le fit après avoir su ce qu'il avait causé à Hiroshima – le président et les législateurs sentent leur culpabilité dans ce qu'elle a d'immense, d'irrespirable, d'insupportable. Nous, nous ne voulons pas – comme ont essayé de le faire les psychiatres qui s'occupèrent d'Eatherly lorsqu'il clamait sa culpabilité – adoucir leur responsabilité en leur disant que ce qu'ils ont fait n'est pas si grave. Au contraire, nous voulons – et ça a été notre position aussi bien à l'Alcazar que dans d'autres réunions – qu'à l'instar de la conscience de Eatherly qui se le reprocha jusqu'à sa mort, ils assument leurs responsabilités dans toutes leurs atroces conséquences et se repentent réellement – c'est pour cela, c'est à dire parce que nous savons le poids de la faute qui leur incombe et qu'ils refusent de voir, après avoir exigé d'eux, nous les avons serrés dans nos bras et nous les avons embrassés. Lorsque, de même que Eatherly, ils pourront ressentir toute la dimension des conséquences apparemment banales de leurs actes de guerre, ils pourront changer de stratégie pour faire la paix, la justice et la dignité qu'ils nous ont arraché. C'est de cette manière seulement que le pardon, qui ne cesse de résonner depuis l'Alcazar, pourra enfin s'accomplir.

De plus je pense qu'il faut respecter les Accords de San Andres, libérer tous les prisonniers zapatistes, démolir le Costco-CM du Casino de la Selva, éclaircir les crimes des mortes de Juarez, chasser la Mine San Xavier du Cerro de San Pedro, libérer tous les prisonniers de l'APPO, faire un procès politique à Ulises Ruiz, changer la stratégie de sécurité et dédommager les victimes de la guerre de Calderon.