"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

18/01/2011

Un regard s'est éteint

Le photojournaliste Lucas Mebrouk Dolega est décédé à Tunis des suites de ses blessures lundi matin. Il avait été grièvement blessé le 14 janvier par un tir tendu de grenade lacrymogène devant le ministère de l'Intérieur tunisien. Il avait 32 ans et il est le premier journaliste français mort dans l'exercice de sa profession depuis 1985 selon RSF. Il travaillait depuis 2006 pour l'EPA (European Press Agency). Sa passion l'a amené à rendre compte de la révolution tunisienne, une révolution réprimée dans le sang par un régime dont la censure de la presse était l'une des clefs de voûte.

Je l'avais connu durant ma formation au CFPJ. Pendant deux ans, tout en nous formant, nous avions appris à nous connaître. Nous avions partagé notre passion de l'information et même un peu plus... Il n'était pas qu'un confrère, il était aussi un pote. La vie nous a ensuite menés sur des voies différentes, des chemins qui au fil du hasard se sont parfois croisés sur Paris.

A l'époque j'avais pris la petite graine qui poussait en lui pour de l'inconscience, celle de la jeunesse. Mais lorsque cette graine est nourrie de passion et de talent, elle mûrit et laisse alors éclore la fleur du courage. Lucas avait l'œil du photographe, le regard du journaliste ; aujourd'hui ces yeux où brûlait tant de passions se sont éteints.

Repose en paix!


Lisez l'article de Paris Match, celui du Point et regardez ci-dessous la vidéo de BFM Tv:




2 commentaires:

enekobidegain a dit…

Depuis que j'ai appris la nouvelle mardi, j'arrive pas à penser à autre chose. Je suis boulversé. Lucas, je l'avais connu au CFPJ, il y a une dizaine d'années. C'était notre chochou, car il était le plus jeune. Mais pas seulement pour ça: comme j'ai écris dans mon quotidien Berria, c'est surtout parce qu'il était quelqu'un de joyeux, sympa, ouvert...



Les deux années du CFPJ étaient très intenses. On était un groupe très soudé, et Lucas était un ami et confrère essentiel dans la cohésion du groupe. Depuis, chacun a fait sa vie, mais je crois que tout comme moi, personne n'a oublié les deux années du CFPJ et chacun des camarades: Ludivine, Valérie, Caroline, Stéphane, Greg, Agnès, Frédérique, Afafe, David, Hernan, Catherine et Zab. Et Lucas, bien-sûr.



Lucas voulait être photographe, plus éxactement photo-reporter. C'était son rêve. Il était animé par un idéal: celui de nous montrer les images des événements à travers le monde. Je me souvient qu'il était très sensible aux injustices, qu'il était du côté des opprimés, et pour lui la photo était le moyen de nous montrer les horreurs qui se passent à travers le monde.

J'étais fier de lui, et content, en voyant qu'il avait réalisé son rêve, qu'il avait trouvé sa place, dans ce métier où il est difficile de s'en faire une. Il a choisi un métier difficile, dur, dangereux même. J'ai vu ses photos. C'était un excellent photographe. Et ce métier l'a mené à y laisser sa vie.



La mort est douloureuse; la mort d'une jeune personne, encore plus. Malheureusement, nous savons que personne n'est à l'abri de la mort, que ce soit par accident, par maladie... Mais la mort de Lucas est encore plus douloureuse, car ça ne devait pas arriver. Ce maudit de flic n'avait absolument pas à lui tirer dessus une grenade en pleine figure. Il n'avait pas à le faire! Ça ne faisait pas parti du scénario! C'est cela qui me révolte. J'espère que ce flic sera jugé et condamné.



Lucas est mort alors qu'il faisait son travail, parce qu'il faisait son travail. Et cela aussi me révolte, me boulverse. C'est un travail précieux et essentiel pour le bien de la démocratie. Nous avons le droit d'être informé, d'avoir les images de l'évènement, et Lucas faisait en sorte que ce droit soit appliqué.



La mort de Lucas, c'est la mort d'un ami, de quelqu'un que j'ai beaucoup apprécié, de quelqu'un qui me rappèle les excellentes années du CFPJ. Mais c'est aussi en tant que journaliste que je suis révolté, car la mort de Lucas c'est une atteinte grave à un pillier fondamental de la démocratie: le droit d'informer.

basket a dit…

Que dire de plus qu'Eneko.
Les mots sont difficiles à trouver. Perdre un membre de ce groupe, ainsi, ça me coupe mes idées.
Mort en exerçant son métier, sa passion.
Au CFPJ, Lucas nous montrait déjà ses clichés, déjà, tu savais qu'il avait en lui la passion pour faire passer des messages au travers de ses photos.
C'est très dur, les jours passent, et je revois avec nostalgie notre époque CFPJ - pour moi, une des meilleures de ma vie -, je regarde les photos de notre quinzaine à Colmar...
Je n'ai pas de mots, si ce n'est une terrible et profonde émotion pour notre pote.
RIP