Miguel de Cervantes Saavedra
26/11/2013
Les pensées du jardinier
20/04/2012
Sur les pas de Traven
Une nouvelle écrite pour le fanzine A bloc! #2, sorti en novembre 2011. C'est un hommage - à mon humble niveau - à un immense auteur: B. Traven.La forme de la nouvelle a été librement inspiré par l'un des romans fondateur de la littérature moderne mexicaine: Pedro Páramo de Juan Rulfo.
J'espère à travers cette petite histoire vous donner envie de (re)découvrir cet écrivain qui fut, plus qu'un pont dans la jungle, un pont entre les peuples d'ici et là-bas... où que ce soit!
Bonne lecture
La chaleur était accablante. Elle tombait sur la canopée comme les pluies le faisaient le reste de l'année. La jungle transpirait, bruissait. Le vent, les oiseaux, les singes l'emplissaient de leurs chants, de leurs respirations, de leurs mouvements. Gales marchait depuis de longues heures, s'enfonçant toujours plus profondément dans cette trame végétale. Des moustiques tourbillonnaient sans cesse autour de lui. La machette battait sa cuisse, marquant le rythme régulier de la marche. Il but une gorgée d'eau à la gourde, en versa un peu sur un madras, le noua sur sa tête puis recoiffa son chapeau. La forêt Lacandone était le reflet fidèle de ses souvenirs. Ou étaient-ce ceux de son père ?
Il fut sorti de sa torpeur par le crin-crin lancinant d'un violon. Devant lui, enveloppée de voiles de brume, se dressait une jolie petite brune. Il reconnut Irène Mermet, compagne de route de Marut sur les chemins de la révolution allemande. "Je ne l'ai jamais trahi." Elle s'assit tout près de lui. "Avec ma jeunesse j'ai perdu mes convictions, c'est vrai, mais j'ai toujours préservé le secret de ton père. Je l'ai tellement aimé !" Comme nimbée d'une aura d'éternité, Rosa Elena Lujan sortit des ténèbres à son tour. "C'est moi qui ai confirmé suivant ses dernières volontés, qu'il avait été Ret Marut." "Ce qui ne signifie en rien qu'il soit né sous cette identité !", trancha sèchement Esperanza Lopez Mateos. Elle éprouvait pour Rosa Elena une grande admiration mais dédaignait le charme paisible de celle qu'elle considérait comme sa rivale. Celle qui après son suicide en 1951 avait pris sa place auprès de l'écrivain. Celle qui était parvenue à toucher l'homme et qui l'avait épousé six ans plus tard.
Le jour naissant dissipait les dernières perles de rosée quand deux cavaliers débouchèrent devant l'ancien bungalow. L'un fumait tranquillement la pipe, les bras croisés sur le pommeau de sa selle. L'autre, don Durito, un étrange petit scarabée, avait mis pied à terre et examinait la figure chiffonnée de Gales. "Aucune nuit n'est si longue qu'elle ne finisse par reculer devant le jour", marmonna-t-il en guise de prière. El Sup, son fidèle écuyer, lui demanda s'il connaissait le gringo couché-là. Il acquiesça. "Gales est un personnage de roman, une identité de papier, le rejeton littéraire d'un vieil ami... Le fils de B. Traven." 1 : Le Fondeur de briques, journal radical où Marut exprimait son pacifisme et son anarchisme proche des thèses de Stirner.
16/12/2011
à bloc! #2
Allez aussi jeter un œil du côté du blog d'à bloc! ou sur le profil du zine sur le punxrezo.
Pour savoir où trouver à coup (presque) sûr à bloc!, c'est là.
à bloc! novembre 2011 - 56 pages - 3 euros
L'édito:
Au sommaire de ce deuxième numéro:
Redstar73, label alternatif ; Jean-Hugues Oppel : entre humour et désespoir
Visites : Rendez-vous à Dial House ; Vegan power au V-Club de Saint-Pétersbourg
International : Bienvenue en Israël occupée ; Zones grises en Allemagne
Et aussi : le roman-photo de Vérole à Paris ; des concerts attaqués par des fachos ;
des punks sur internet ; une nouvelle autour de B. Traven…
Et toujours des dessins, des chroniques, des fausses pubs et les aventures de Peutit
Keupon !
Le projet À Bloc ! :
À l’heure du tout numérique, des individu(e)s de la scène punk anarchiste et
antifasciste ont pris la décision déraisonnable de lancer un nouveau fanzine papier
ouvert à toutes les scènes contre-culturelles, à tous les sujets qui nous inspirent.
Articles d’infos, interviews d’auteurs, d’illustrateurs, de groupes de musique, le
fanzine ne se fixe aucune limite autre que celle de nos envies. Le point de départ
du projet, c’est l’esprit fanzine : retrouver le côté amateur passionné, que ce soit
dans les thèmes abordés, dans le ton ou dans la façon de fonctionner. On parle de
quelque chose parce que ça nous plaît et pas seulement parce que c’est « important
», on essaye de ne pas se prendre au sérieux, et on choisit de privilégier une
diffusion libre.
Contact : abloc@samizdat.net
13/07/2011
Identité fantôme

« Putain de merde ! Qu’est-ce qui se passe ? Bon, je file au vaisseau et je règle ça ensuite. » L’homme se mit tout à coup à courir, comme s’il n’avait jamais été saoul, ou plutôt comme s’il pouvait courir dans la tempête qui se déchaînait sous son crâne. Il lui semblait que ses tempes étaient prises dans un étau alcoolisé, écrasant sa capacité de réflexion dans une camisole ouatée. Sa bouche pâteuse perdait haleine dans sa course effrénée vers les docks de la planète rouge. Mais il arriva trop tard, le Yorrike venait de décoller, ses voiles technologiques se gonflaient des vents solaires. L’homme cracha une bordée de jurons aussi noirs que ses poumons de fumeur invétéré. Il tournait en rond sur le quai, sous les regards de quelques badauds amusés. Il en fit taire un d’un direct du droit avant de repartir à toute vitesse. Il s’arrêta enfin, posa ses grandes mains sur ses cuisses, courbé par l’effort, recherchant son souffle dans l’air frais du matin, toussa. Il se redressa et rentra dans le premier rade qu’il avisa, commanda un JB on the rock. Dans un coin au-dessus du zinc, un moniteur débitait ses programmes matinaux, entre horoscopes, conseils beauté et météo martienne. Le flash info débitait en tranches digestes la complexité de l’univers. La planète bleue sombrait toujours un peu plus dans un chaos carnassier tandis que sa sœur rouge s’ennuyait ferme dans son consensus mou. Les deux planètes jumelles se vouaient une haine que seules la distance et leurs dépendances respectives empêchaient de devenir fratricide. L’homme sirotait son whisky, cherchant dans la tectonique des glaces les réponses à ses questions. Il décida que le plus urgent était de rendre visite à son employeur. Mais lorsqu’il présenta son poignet et la puce de paiement sécurisé qui y était implantée afin de régler son sky et le deuxième qu’il avala sec, il subit le même échec qu’avec ses connexions personnalisées. Il ne put que se réjouir que les troquets des ports acceptent tous les types de monnaies... et de ne pas avoir perdu son portefeuilles. Il demanda au serveur de lui prêter son lecteur optique et doucha sa Puce d’Identification Personnelle. Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’apparut en lieu et place de son nom celui d’un certain Jack Black. « C’est quoi cette blague ? » Le présentateur engoncé dans son écran géant appelait les martiens et les martiennes à participer au grand débat que le gouvernement de la planète rouge lançait afin de définir l’identité martienne. L’homme y jeta un œil mauvais et décida finalement de se rendre à son ambassade afin de régler ce problème d’identité.
Le représentant terrien sur Mars était à l’image de son ambassade : sinistre et grandiloquent. L’homme provisoirement affublé du nom de Jack Black connaissait l’ambassadeur pour l’avoir croisé lors de quelques réceptions sur les navires où il avait officié. Il fut reçu par un officier administratif dans un espace carré et fonctionnel, séparé d’un vaste espace de travail par de fines cloisons surmontées d’une caméra de surveillance. En voyant le teint sombre de son interlocuteur, l’agent de la planète bleue se renfrogna quelque peu en lui demandant ce qu’il pouvait faire pour lui. L’homme face à lui se présenta comme Bruno Torsvan, spationaute sur le navire d’une obscure compagnie nord-américaine La Sierra Madre & Co. Lorsque, afin d’établir son identité, l’officier lui présenta un stylo optique, l’homme se couvrit la nuque de sa main. Il expliqua s’être réveillé le matin-même avec une gueule de bois affreuse et un nom qu’il ne connaissait pas incrusté dans la peau. Il expliqua également ne plus pouvoir accéder à aucun des espaces du réseau nécessitant ses identifiants. L’homme de l’ambassade insista pour scruter sa puce et enregistra donc le nom de Jack Black comme celui de son interlocuteur. S’en suivit une discussion où les accents surréalistes du marin se mêlaient à la rhétorique kafkaïenne administrative dans une danse absurde de mots impropres à tout dialogue. L’officier ne pouvant admettre ce que le marin ne pouvait prouver, la discussion finit par exaspérer le marin qui s’en alla, laissant pantois le pantin de l’ambassade.Les rires de l’ancien se perdirent dans les méandres du hangar.
Un peu plus tard, alors que Traven regagnait le port dans l’espoir de trouver un navire sur lequel embarquer, il entendit une voix métallique l’interpeller : « Contrôle d’identité ! »
Une nouvelle que j'ai écrite pour le premier numéro du fanzine à bloc! A retrouver également sur le blog du zine!
Illustration de Garance L0b0t0mie


