"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

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21/07/2022

Les hackers maudits

En dépoussiérant de vieux dossiers sur mon ordi, je suis tombé sur cette nouvelle, écrite il y a quelques années et que je n'avais jamais rendu publique. Je la partage donc avec vous, très légèrement remise au goût du jour (un peu d'écriture inclusive ne fait pas de mâle dans ce genre de cas ;) ) mais en gardant la trame maladroite et les accents d'un cyberpunk un peu vieilli.

 Et d'ici quelques jours je mettrai ici un autre texte, plus récent... à suivre.

 


 

 

Maudits hackers

 

Depuis le dernier étage de l’arcologie Est de Paris, Shelley embrassait toute la ville de son regard gris carnassier. D’un claquement de doigts elle éteignit la baie-vitrée sur laquelle apparurent un à un les motifs néo-rétro de son artiste d’avant-garde préféré et préprogrammé. Le psychédélisme électro-vintage s’étalait, irisait en ombelles sur les vastes panneaux qui, il y a un instant encore, lui donnaient à voir l’étendue de son pouvoir. Elle détestait voir le jour poindre. Shelley de BioNike alla s’asseoir derrière son vaste bureau. Le fauteuil en sky s’ajusta automatiquement aux courbes encore gracieuse de la sexagénaire. Elle leva le petit doigt et un écran virtuel apparut, comme éclot du marbre de son pupitre. Elle l’étira afin de lui donner une taille convenable pour ses yeux fatigués. D’un mouvement de pensée elle se rendit sur son site personnel. La voix de PIA, son IA personnelle, l’accueillit. D’une nouvelle connexion neuronale Shelley ouvrit sa boîte de conversation. Mais le message qu’elle attendait n’était pas arrivé. Elle referma violemment l’écrin de ses missives privées et d’un ordre mental congédia sa servante électronique, tout en lui demandant de la prévenir immédiatement si un nouvel appel entrait. Elle se plongea dans l’un des dossiers qui encombrait l’espace virtuel de son bureau. L’une des petites entreprises qui composaient le consortium qu’elle dirigeait faisait l’objet d’une OPA hostile de la part de la firme qui gérait la cité moscovite. Elle lisait et relisait sans parvenir à se concentrer, revenant sans cesses sur les mêmes lignes, butant sur les mêmes mots. Elle referma le dossier et d’un geste souple du poignet fit s’évaporer la fenêtre ouverte sur le monde virtuel. Shelley appuya sur un bouton du siège et son train de roulage s’escamota. Sa chaire perdit un peu de hauteur dans un chuintement pneumatique avant de se stabiliser. La PDG de Paris imprima sur la carte du fauteuil en sustentation le chemin de son laboratoire et celui-ci l’y mena dans un soupir dénué de tout romantisme.


Shelley regardait la poupée inanimée, étendue sur la table d’opération. Une petite fille d’une dizaine d’année, crâne rasé, visage lisse, yeux clos par la fatigue d’une vie suspendue aux lèvres cousues par la maladie, des tubes qui alimentent, remplacent les fonctions vitales vidées de leurs substances. Et les « bip ! bip ! » des machines qui respirent. Les aspirations d’un être qui ne demande qu’à expirer. Des courbes qui dessinent les montagnes russes que la mère parcourait des yeux. Quelques larmes glissaient sur les joues liftées de Shelley. « Ne t’inquiètes pas ma chérie... Dans quelques jours, ta maman te redonnera la vie. »

« Shelley... Une vidéo-com sur votre première ligne. » Un « qui » lui traversa l’esprit et Pia incrusta sur sa lentille baignée de larmes les traits secs du médecin-chef de la section expérimentale de la clinique BioNike. Shelley essuya sa peine d’un revers de manche, sortit du labo et prit l’appel.

« C’est maintenant que vous appelez ? Ça fait des heures que j’attends ! J’espère au moins que vous avez de bonnes nouvelles pour moi, parce que sinon... »

« On a réussi ! »

« Comment ? »

« On a réussi ! On a téléchargé de manière satisfaisante l’esprit d’un être humain ! »

« Vous... Vous êtes sûr ? »

« Oui Madame.  Bien entendu, nous devons encore effectuer des tests. Nous devons analyser l’évolution sur le long terme... Mais on a une version stable de la personnalité ! Un transfert réussi du monde biologique à l’e-World. Je... »

« Merci Victor. Je vous rappelle plus tard. Pour l’instant ne divulguez l’information à personne. Je me charge d’informer le monde de notre grande réussite. »

La PDG de Paris-Cité-Bulle n’était plus que Shelley, la mère de sa petite Marie. Sa petite sauterelle. Son ange blond plongée dans un coma artificiel depuis presque cinq ans. La femme perdit la dignité de sa fonction, fondit en larmes, des larmes de joie cette fois et couru jusqu’au Labo. La porte s’ouvrit en identifiant sa pupille trempée. Shelley s’effondra sur le corps immobile de Marie. Elle pleurait et ses larmes imprégnaient le pyjama immaculé de sa chère fille. Elle se releva et prit le visage de Marie entre ses mains. Les larmes s’estompèrent et le temps d’un sourire une éclaircie inonda la pièce de sa douce chaleur. La peau de Marie se colora d’un joli ton ocre.

« Ça y est mon ange... Maman a réussi. Je vais bientôt pouvoir te serrer dans mes bras... On va se retrouver mon cœur. » Les larmes la submergèrent à nouveau. Elle était prise de hoquet, les mots ne pouvaient plus sortir, mais un bonheur qu’elle n’avait plus connu depuis des années irradiait de tout son être.


*


Le soleil était sur le point de se lever... c’est en tous cas ce que distillait la radio d’info continue dans la petite pièce qui servait de chambre-cuisine-salle à manger à la famille. Le père n’était déjà plus là, parti comme chaque jour hanter les chantiers du Paris de ce milieu du XXIe siècle... Paris que le consortium propriétaire mettait sous cloche. Paris-Cité-Bulle. Une protection contre la pollution de l'atmosphère. La nouvelle cage invisible de l'humanité. La mère goûtait à ces quelques instants de délices pendant lesquels elle n’avait plus de mari et pas encore d’enfants. L’aspirateur à la main, elle se regarda dans le reflet du miroir et ne vit pas ses yeux tristes pendre lamentablement sur ses joues creusées. Elle se voyait sans âge, l’iris ouverte sur les beautés de l’avenir et la peau fraîche des matins enfantins.

Son fils avait allumé sa console et commencerait d’ici un petit quart d’heure ses cours de schizophrénie appliquée aux mondes virtuels. Il terminait en toute hâte sa ration alimentaire matinale et les exercices pratiques sur lesquels il s’était endormi la veille au soir. Sa mère l'entendait psalmodier en boucle les slogans de son PsycoCoach « Je ne suis pas mon avatar », « Mon corps n’est pas un corps de données... Mon corps n’est qu’un prêt. » Il s’était enfermé à double tour, clef codée en hélice enroulée sur elle-même, dans sa chambre. Mais quelques minutes plus tard, il décodait sa porte et criait : « Maman ! Y’a plus d’flux ! » La mère sursauta. L’image du temps révolu se brisa sur son reflet et lui apparurent toutes les cruautés du temps présent. Ses yeux étaient lavés de toute passion par une vie déjà trop longue de 40 ans. Les marques bleues-mauves des coups de foudre de son mari violaient la pâleur cendrée de son visage islandais. « Mmmmmh... Je mets la pompe en route. Bouge pas, mon grand. » Elle dirigea ses pas lents vers la porte d’entrée, ouvrit le petit boîtier situé à gauche, repositionna l’interrupteur sur « ON » après avoir glissé sa carte de paiement et l’empreinte de sa main droite pour redonner du crédit à la famille. Le ronronnement de la pompe à fric se fit entendre. Quelques secondes et monta du filtre de la porte de son fils un « merci » emprunt d’une reconnaissance vocale dans laquelle la mère ne le reconnaissait plus. Elle songea à sa fille qui, elle, pouvait réussir. Sortir de la routine et prendre l’itinéraire des hautes sphères. Elle s’apprêtait à participer à la toute première édition de la PT Academy. Sa fille, ce bout de chaire qu’elle avait porté 9 mois avait été sélectionnée et serait, peut-être, la première Prêtresse Technologique associée à BHL, l’intelligence artificielle parisienne. Selon les prévisions des spécialistes dans quelques jours, quelques semaines tout au plus, la Singularité Technologique devrait se manifester et donner à BHL le surplus d'âme qui lui manquait encore. Tous les citoyens attendaient cet évènement avec une impatience croissante. La Singularité serait le début d’une nouvelle révolution... de la prochaine évolution.


*


Dans l’espace sans temps de l’e-World des millions, des milliards d’avatars rejouaient à chaque minute le grand acte de la vie réelle. Dans cette modélisation du monde tout n’était que caricature… les détails se payaient chers et l’inutile n’avait pas sa place.

Iels étaient là tous les cinq quand Arthur se matérialisa dans leur repère, sorte de salon privé installé dans les recoins oubliés de quelques jeux en lignes. Ça ressemblait à un squat, une fabrique désaffectée... L’usine à rêve de leur réalité virtuelle où ils promenaient leurs avatars nonchalants. Arthur, Charles, Isidore, Antonin, Edgar et Paul... Derrières ses prénoms se cachaient les membres des hackers maudits, un groupe de pirates qui depuis de longs mois s’attelaient à démonter le mythe à naître de la Singularité technologique. Iels ne croyaient pas et ne voyaient dans cet espoir qui tenait le peuple qu’un nouvel opium. Chacun des six noms avait pris pour cible l’un des six nouveaux empires de l’ère virtuelle... Paris, Moscou, Berlin, New-York, Pékin et Mexico. Les six premières cités-bulles, celles qui avaient contrôlé la réaction en chaîne et avait mis sous la cloche de la privatisation les grandes villes de la planète.

Les six geeks ne s’étaient jamais vu... mais iels se connaissaient pourtant tel des adelphes, se côtoyant quotidiennement à travers le miroir virtuel aux alouettes. Iels auraient pu dire ce que chacun.e aimait mieux que leurs propres parents ; énumérer les aspirations des autres ; découvrir chacune de leurs pensées les plus intimes ; commander pour l’autre la pizza garnie de ses ingrédients préférés... mais iels auraient tout aussi bien pu se croiser dans la rue sans se reconnaître. Ensemble iels avaient sillonné le monde entier sans bouger leurs fesses de leurs écrans. Iels s’étaient même serrés dans leurs bras haptiques, avaient échangé des milliers de fichiers visuels, sonores... avaient goûté ensemble aux saveurs des cinq continents grâce aux imprimantes sensitives. Certains, certaines, iels n’avaient sur ce point aucune certitude, avaient expérimenté en duo, trio et même en groupe le sexe virtuel. Iels se connaissaient très bien au fond, mais n’avaient aucune idée des formes des autres.

Soudain Edgar fit apparaître, en quelques lignes de codes, un gros chat noir qui vint frôler chacun des cinq hackers en même temps. « Je crois que j’ai pécho kekchose ! V'nez voir ça... » Le chat disparut dans un ronronnement binaire et les cinq avatars, sortes de poulpes multiformes, se redressèrent, leurs couleurs passèrent du bleu-ennui au mauve-curiosité. Iels nagèrent dans l’espace virtuel qui les séparait. L’agitation qui secouait les couleurs et les formes de leurs avatars en disait plus long que tous les mots de toutes les langues de la Terre. Edgar avait déniché une faille de sécurité et pour Arthur s’ouvrait une fenêtre donnant sur son pire cauchemar.


*


Shelley de BioNike avait convoqué le conseil d'administration de Paris dans l’après-midi. Actionnaire majoritaire de l'entreprise héritée de son père, BioNike spécialisée en Intelligence Artificielle, Shelley appuyait son pouvoir sur la domination qu'exerçait son entreprise sur ses partenaires au sein du Consortium Paris-Cité-Bulle et sur le réseau de filiales qu'elle entretenait dans les principales cités-bulles du monde citoyen.

La puissante PDG parisienne avait fait apparaître l'avatar de Pia dans sa réalité augmentée. Elle la regardait en pensant qu'elle touchait au but. Elle songeait à quelle point cet être artificiel, malgré toutes les prouesses technologiques dont ses équipes et elle-même étaient capables, ne représentait que le premier maillon de l'évolution d'une nouvelle espèce. Elle savait depuis longtemps, depuis toute petite même... quand son père lui livrait ses pensée sur l'évolution de l'humanité, que la Singularité dépendait grandement de l'interaction entre la mise au point d'une intelligence artificielle et le téléchargement de l'esprit humain. Mais comme pour la question de la poule et de l'œuf, Shelley s'était toujours demandé ce qui viendrait en premier. Aujourd'hui elle semblait enfin sur le point de résoudre cette énigme. La numérisation de l'intelligence humaine servirait de base au développement de la super intelligence artificielle... et cette fusion permettrait l'accélération nécessaire à l'avènement de la Singularité qui elle-même donnerait une existence réelle au nouveau Dieu virtuel. Cet avatar divin serait le guide des premiers pas d'une humanité colonisant le continent virtuel. Pas un cycle, mais un voix tracée vers le futur.

Shelley sortit de sa torpeur et commanda à Pia de programmer en urgence une entrevue avec BHL. La sexagénaire connaissait bien les limites de ce logiciel sophistiqué d'aide à la décision... mais elle savait aussi que l'approche de la Singularité pourrait très bien provoquer ses premiers symptômes avant même son éclosion. Et, comme les simples citoyens, elle était dépendante aux conseils avisés des machines... mais elle avait l'avantage de bénéficier de ceux de l'artifice d'intelligence le plus évolué de son époque.

Un quart d'heure plus tard, à 12h30, la Présidente, Directrice et Général de la bulle parisienne se présentait aux portes du sas d'accès ultra-sécurisé de l'écrin où somnolait certainement BHL, dans le ronron de la routine des tâches automatiques du cerveau synthétique de la cité. Son iris, ses empreintes digitales, ainsi qu'un échantillon de son ADN... mais aussi un scan de ses fonctions vitales permirent à la matrice de sécurité de s'assurer qu'il s'agissait bien de la PDG et qu'elle était bien seul. Shelley tapota enfin son code secret et la porte s'ouvrit.

Elle se dirigea vers un casier d'où elle sortit sa combinaison d'immersion en milieu virtuel. Elle se déshabilla. Les formes que dessinait son uniforme de femme-maîtresse s’effacèrent, s’affaissèrent, découvrant cette chair ridée, ce corps vieilli qu’elle ne supportait plus. Elle lava cette carcasse honnie, purifia cette enveloppe charnelle qui lui pesait tant. Elle enfila la combinaison et passa sous une nouvelle douche qui termina d'aseptiser cette seconde peau. Elle tendit sa rétine à la caméra de garde devant la porte d'entrée de la chambre de BHL qui se saisit de sa tétine, la suça jusqu’au nerf optique pour l'ultime identification. La porte s'ouvrit enfin.

BHL n’était rien d’autre qu’un montage, un assemblage grotesque de consoles, de PC, d’écrans. L’histoire de l’informatique s’y dévoilait en strates. Des câbles reliaient les uns aux autres ces éléments disparates, plongeaient dans les murs, illuminant les écrans qui les tapissaient. La chambre était noire et traversée de quelques éclairs aux couleurs du génie endormi. Shelley s’approcha. Elle saisit le siège qui semblait l’attendre. Elle était la seule à pouvoir ainsi consulter BHL en toute intimité. Elle savait qu’elle allait bientôt perdre ce privilège… D’ici quelques semaines une PT serait élue par les téléspectateurs. Elle deviendrait alors celle par qui le peuple interrogerait BHL lorsque celui-ci serait devenu l’une des manifestations de l’IAM, l’Intelligence Artificielle Mondiale… le prochain Dieu créé par l’humanité.

Shelley déposa son offrande, une console dernier cri à la surface du cerveau artificiel. Elle s’assit, posa sur sa tête la couronne d’électrodes, connecta les tentacules de BHL aux stigmates de sa combinaisons. Une série de programme pénétra les défenses immunitaires de l’implant de Shelley qui lança une série d’ordre au pharmacopatch, libérant petit à petit une dose opiacée suffisante pour mener la PDG sur les traces du dragon. Elle posa sa question avant de sombrer dans la transe durant laquelle elle verrait sa réponse : « BHL, toi dont la sagesse est pure, lavée de toute passion, consens à m’éclairer de ta lumière. Puis-je enfin initier le grand projet, la numérisation de l’humanité ? »


*


Il était déjà presque midi et la mère commençait à peine à cuisiner. Le canal des émissions de jeux avait envahi le séjour. La mère aimait suivre la roue de la fortune, deviner le juste prix et aurait aimé gagner les millions mis en jeux chaque jour en fin de matinée. Le père n’allait pas tarder. Il n’aurait, comme chaque jour qu’une petite demi-heure avant de repartir sur les chantiers. Le vieux robot de nettoyage, incapable de distinguer un motif d’une salissure, s’escrimait comme à chaque fois que la mère s’en servait à frotter les marbrures du carrelage. Elle lui décocha un coup du tranchant de la main à l’arrière de sa tête de boîte de conserve et l’envoya étendre le linge… tâche dont il s’acquittait avec plus de facilité.

Elle attendait avec une exaspération croissante que l’androïde, d’occas’, que son mari lui avait offert avec sa première paie du chantier de la bulle, revienne du marché. On était jeudi et aux portes de la cité les terriens, ceux qui vivaient en-dehors des bulles citoyennes, venaient vendre les produits de la terre… Produits dont le consortium disait qu’ils étaient impropre à la consommation, mais dont les prix imbattables faisaient oublier toute mise en garde. La rumeur prétendait que le consortium agissait de la sorte par pur intérêt… Après tout les légumes et autres fruits des Terres émergées étaient les seuls produits non brevetés par l’OMC, l’Organisation Mondiale Citoyenne, que consommaient les pauvres. La mère éprouvait chaque jeudi une grande fierté à envoyer son « andro » faire les courses… Elle était l’une des seules du quartier à en posséder un. Son mari était contremaître et son accession au chantier de la bulle de la cité était une promotion importante. Pas de quoi changer de niveau de vie, mais suffisant pour se payer ce petit luxe d’épater la galerie de mégères qu’elle côtoyait du temps où elle allait elle-même faire ses achats au marché noir.

Enfin l’androïde arriva de sa démarche mal assurée. Sa voix enrayée pria la mère de l’excuser du retard, mais le tramway avait subi une avarie et ce n’était que dix minutes plus tard que le robot avait pris l’initiative de rejoindre le domicile en empruntant l’un de ces bus qui ont tant de mal à se faire leur place dans le flot de circulation automobile. Le langage châtié du robot faisait toujours rire la mère. Elle mit les quelques patates et les carottes terriennes dans le bouillon de nutriments du PAIN quotidien vendu par le consortium…la Portion Alimentaire d’un Individu Normal. Le petit androïde doré s’assit en attendant que sa maîtresse lui donne de nouveaux ordres. La mère le fixa du coin de l’œil poser maladroitement son séant métallique sur la chaise en plastique moulé. Elle songea à sa fille qui voyait dans l’androïde à la prose soutenue l’incarnation de C3PO, le diplorobot de la Guerre des Étoiles. Ça faisait des semaines qu’elle n’avait pas eu de nouvelles de sa fille. Elle savait bien que la préparation à la PT Academy était stricte et qu’aucune communication avec le monde extérieur n’était autorisée. Elle avait hâte que l’émission commence. Elle avait hâte de voir sa petite, sa beauté de 16 ans, passer les étapes et les votes des spectateurs jusqu’à la victoire finale… jusqu’à ce qu’elle devienne la première PT de l’histoire de Paris. Lundi, se dit-elle… Lundi je vais la voir. Est-ce qu’elle aura changé ? Est-ce qu’elle sera prête ? Soudain le train-train des jeux quotidien dérailla sur la voix des infos… Le présentateur, sans donner plus de détails, annonça que la PDG de la cité donnerait une conférence de presse le soir même à 20h avant de rendre l’antenne aux amuseurs des ménagères de moins de 50 ans.

Le fils était toujours enfermé dans sa chambre. Sa voix parvenait encore à sa mère, atténuée par le filtre d’intimité que le fiston avait installé dans sa chambre. Il suivait maintenant son cours de maths. La mère en était certaine car elle entendait les borborygmes caractéristiques que laissait échapper son fils lorsqu’il ne digérait pas les problèmes d’arithmétiques posés par son prof virtuel. Mais, tout d’un coup la porte de la chambre s’ouvrit et, tel un démon, son fils sorti de sa chambre en coup de vent alors que la porte laissait encore s’échapper quelques bruits intestinaux. « Je sors avec des copains. Je rentre pas tout de suite. On se verra à la conf’ de presse. » Et il fit claquer la porte de l’appart' et un baiser pour sa mère.


*


De la faille ouverte sur le réseau sécurisé citoyen, les hackers virent sortir des doigts, deux mains qui s’agrippèrent aux bordes de la fenêtre qui s’agrandissait toujours plus. Chacun des geek fut renvoyé aussitôt à l’espace clos de sa réalité. Déconnexion. Arthur dans sa chambre d’étudiant parisien. Edgar dans le cybercafé d’un vieux quartier bostonien. Isidore sous sa tente plantée dans le désert uruguayen. Un vieux wagon bringuebalant qui traverse le cañon du cuivre pour Antonin. Charles regagna la cabine étroite du bateau le menant à La Réunion. Et Paul dans sa chambre bruxelloise de modeste prof de poésie se retrouva comme un con.

Une tête apparut dans la fenêtre ouverte de leurs écrans, le regard penchée vers le sol. Muetdhiver. Le visage encadré d’une abondante chevelure dont la pixellisation s’estompait peu à peu se releva, découvrant des traits de toute beauté. Marie Zorn. Un visage doux qui irradiait la sérénité… et qui portant semblait se transformer à chaque instant. Le visage souriait. Néo. L’être doré passa les épaules hors de chaque écran, puis le buste, la taille, les jambes. Il s’assit sur le rebord de l’écran, comme en équilibre entre les mondes. Paul Durham. Une voix au timbre harmonieux s’empara des six hackers et leur susurra à la conscience : « Je suis le premier humain numérisé… Je suis le premier colon du continent virtuel. Je suis l’annonce de la mort de l’humanité. Je suis la post-humanité éternelle. Vous n’êtes déjà plus en vie. Je suis le dernier humain. Mourrez ! Ne craignez rien. Craignez-moi, oh oui ! » Motoko Kusanagi. L’image fantomatique tomba en arrière et disparu dans le fin fond du vide numérique... Le visage sans âge de C.D. Simack en persistance rétinienne.

Les écrans représentaient à nouveau la fabrique des rêves des pirates et chacun d’eux replongea avec délices dans les sensations digitales. Arthur grésillait. L’avatar semblait se disloquer, se recomposer, était parcouru, des tentacules à la tête, par des bandes comme sorties d’un antique téléviseur à tube cathodique. Puis l’image neigeuse se stabilisa à nouveau. Les autres se regardaient de leurs yeux multiples et globuleux. « Qu’est-ce que c’était qu’ça ? » Les couleurs qui explosaient indiquaient que la tempête ne s’était toujours pas calmée sous les crânes transparents et volumineux des céphalopodes. Puis d’un ton calme Arthur déclara : « Les gars, je crois qu’on vient de trouver ce qu’on cherchait. » Son avatar prit une forme plus humaine jusqu’à ressembler trait pour trait à celui qu’il était dans la réalité. « Je crois qu’il est temps qu’on se rencontre vraiment. » Arthur s’assit dans un fauteuil que ses formes dessinaient au fur et à mesure qu’elles s’y enfonçaient. Il monta le volume d’une radio d’info et toustes entendirent parler de l’annonce que ferait d’ici peu Shelley de BioNike.

Comme si la même idée traversait leurs esprits, après que la même expérience se soit jouée de leurs corps, chacun.e dans son coin se mit au travail. Iels n’avaient plus besoin de communiquer pour se comprendre. Edgar analysait les formes différentes qu’avait empruntées à la littérature l’étrange créature. Isidore tentait de déchiffrer les codes cachés, s’il y en avait, dans les paroles prononcées. Charles reliait la fenêtre qu’ils avaient tous vu s’ouvrir aux sensations qui avaient étreint leurs corps. Antonin cherchait le langage caché dans la mise en scène de l’apparition. Paul parcourait les mondes virtuels afin de découvrir si d’autres cybernautes avaient été victime de ce piratage hors norme. Arthur se projetait lui dans les visions que la voix avait provoquées. Il connaissait cette voix. Il lui avait fallu quelques secondes après le silence pour la reconnaître. Il savait qu’elle était la clef de la porte de sortie. Il lança aux autres : « Vous me suivez ? »


*


Avec l’accord sans réserve du CA de Paris-Cité-Bulle, Shelley de BioNike avait invité les médias du monde entier à sa conférence de presse et tous se pressaient maintenant devant de la table derrière laquelle se tenait la PDG de Paris-Cité-Bulle. Elle présenterait cette première numérisation d'une intelligence humaine comme le signe annonciateur de la Singularité... Cette réussite n'était qu'une première étape. Dans les mois à venir l'OMC devrait gérer les demandes de téléchargement. Et selon le plan prévu, on offrirait en premier lieu ces numérisations à des cobayes volontaires, choisis parmi les populations démunies. On leur avait promis le paradis virtuel... ils en seraient les pionniers.

Au pied de l’arcologie la foule se massait, bruissait des rumeurs les plus folles. Beaucoup s’étaient laissé dire que les premiers signes annonciateurs de la Singularité s’étaient manifestés et que la PDG elle-même n’était déjà plus humaine. Certains pensaient que la femme la plus puissante de Paris leur signifierait le début de la numérisation de l’humanité. Des prédicateurs prédisaient à qui voulaient bien les écouter, ceux qui élargissaient assez les mailles du filtre auditif, l’avènement du nouveau Dieu. « Car en vérité je vous le dit... ce soir c’est Dieu que nous fêtons. Ce soir Il descend sur terre et nous guidera vers le paradis virtuel. » Pour beaucoup de citoyens, la Singularité technologique se résumait à l’émergence d’une intelligence artificielle infinie, nouvel avatar des croyances divines, dont les futures PT seraient les interprètes. Toutes les enceintes de la ville, les baies-vitrées des arcologies, crachaient leurs écrans publicitaires à la face des citoyens. Les plus riches profitaient déjà du spectacle en immersion totale dans l’e-World.

Debout dans la rigidité de sa fonction, Shelley attendait le signal du canal officiel pour commencer son allocution. Elle prit une gorgée d’eau. Une eau cristalline qui aurait fait baver plus d’un concitoyen, trop habitués aux eaux troubles de leurs conditions économiques. Enfin la petite lumière rouge s’alluma sur la caméra fixe en face d’elle. Un technicien lui afficha sa main, doigts écartés. Sa voix retentit. 5… 4… 3… Seuls ses doigts continuèrent le décompte… 2… 1…

« Chers citoyens, chers concitoyens,

J’ai ce soir l’immense privilège, le bonheur même, d’être la voix qui annonce à l’humanité que le compte à rebours vers son propre dépassement est lancé. Demain, dans quelques jours, commencera la plus grande œuvre que l’humanité se soit jamais confier : auto-réalisé son évolution. Dans quelques semaines tout au plus, nous lancerons ici à Paris, mais très vite dans toute les Cités-Bulles, la numérisation de l’essence de l’humanité, de son esprit… de nos esprits. N’ayez pas peur! Nous allons enfin abandonner nos corps, cette vieille enveloppe qui ne sera bientôt plus qu’une relique… Vous ne devrez pas traîner le souvenir de l’homme comme un boulet. L’ère de l’humain de chair et d’os est révolu… voici venu le temps de l’humanité 2.0. »

Au pied de l’arcologie, la mère et le père scrutaient la multitude, tentaient d’apercevoir leur fils. Il leur avait envoyé un message pour leur dire qu’il arrivait. Le père et la mère se tenait par la main, perdu dans cette foule immense. La mère aurait aimé que son fils et sa fille soient avec eux. Le père malgré la fatigue d’une journée de travail avait le visage radieux d’une soirée de picole… Pourtant il n’avait rien bu. Le car de la compagnie de BTP l’avait déposé lui et son équipe directement ici. Exceptionnellement ils avaient pu terminer plus tôt afin de pouvoir assister en directe à l’évènement. La mère avait mis sa plus belle robe… pourtant trop vieille pour faire de l’effet, même à son mari. Lui portait son bleu de travail, noirci par la poussière du chantier. Il portait dans sa main laissée libre son casque et ses lunettes de protection. Des vendeurs ambulants proposaient des lunettes de plongées en milieu virtuel afin de vivre l’avènement en 3D. La mère supplia du regard son époux qui d’un signe de sa grosse main commanda 2 paires de lunettes. Le salaire d’une semaine de travail venait de disparaître… mais après tout ce n’était pas tous les jours qu’on fêtait l’arrivée de la Singularité. Ils levèrent les yeux au ciel et, sortant de la façade de l’arcologie, mesurant 20m, Shelley de BioNike s’adressa à eux… Ils en restèrent bouche-baie vitrée quand ils l’entendirent confirmer l’arrivée de la post-humanité.

Arthur reconnu sans mal Paul... Zorra de son vrai nom. Ils se retrouvèrent aux abords de la place qui s’étalait au pied de l’arcologie. Leurs quatre camarades ne seraient pas physiquement là... mais ils veilleraient sur eux depuis le cyberespace. Ils s’enfoncèrent tous les deux dans la foule qui grossissait toujours plus. On aurait dit que le monde entier s’était donné rendez-vous à Paris. Et c’était un peu le cas. Entre les personnes physiques, les avatars virtuels, les robots manœuvrés à distances… c’était bien toute la citoyenneté qui piétiner d’impatience face à Shelley.

Les deux hackers activèrent leurs appli anti-pub, poussèrent leurs filtres auditifs au maximum et rayèrent de leurs vue les avatars et autres robots virtuels venus rendre compte de l’ambiance pour quelques riches citoyens d’autres cités. Ils se frayaient un chemin avec difficulté mais approchaient de la porte de l’arcologie Est. A dix mètres, la milice citoyenne avait dressait un barrage. Derrières, quelques petits blindés pointaient leurs canons à eaux, à ondes et à feu sur la foule.

Le père et la mère reconnurent leur fils. « Et mon grand! » gueula le père de sa voix forte. Arthur se retourna et leur fit signe. Ils leur présenta en vitesse Zorra et leur tendit deux petites pilules. « Prenez ça! » lâcha-t-il. « C'est quoi? » grogna le père. « Ça les empêchera de prendre le contrôle de vos implants quand nous serons à l'intérieur. ». « Quoi? A l'intérieur de quoi? » « Écoute papa, on a pas le temps. » Arthur se tourna vers sa mère: « Maman, c'est peut-être notre dernière chance de revoir ma sœur. » Elle vit pour la première fois dans les yeux de son geek de fils, une intensité dont elle ne l’avait jamais cru capable, elle se tourna vers son mari: « Fais confiance à ton fils... avale! » Et, comme pour lui montrer l'exemple, elle jeta dans sa gorge la gélule. Les deux hackers et les parents enfilèrent ensuite quelques tenus virtuelles qui leurs ouvrirent une brèche dans le pare-feu réel. Un officier les salua même. Ils entendirent alors les mots de la Présidente Directrice Générale résonner dans le hall d’accueil.

Shelley de BioNike continuait à balancer son discours stéréotypé, écrit par son chargé de com’ en quelques heures… mais elle ne cessait de pensé en son fort intérieur à sa fille. Toutes les recherches qu’elle avait menées depuis des dizaines d’années et qui trouvaient aujourd’hui leur aboutissement, elle les mettrait en premier lieu au service de son ange, de sa tendre petite crevette. Le retour image lui laissait deviner l’ampleur de ce qu’elle vivait… l’incroyable audience cumulée qui la suivait : les citoyens des arcologies branchées sur les canaux de l’e-World, les concitoyens parisiens massés au pied de sa tour, les citoyens des autres bulles qui pilotaient sur la place parisienne leurs avatars… Tout ce que la planète comptait de citoyens, ou presque, assistait à son discours. Et elle n’arrivait qu’avec peine à lire ce que son prompteur virtuel déroulait devant elle. Elle repensait à la visite qu’elle avait effectué dans l’après-midi auprès de la fille que l’équipe du docteur Victor était parvenu à télécharger. Elle avait vu ces traits si épais, ces cheveux gras de citoyenne de la ville basse. Elle avait parcouru en toute hâte le résumé que lui avait préparé le docteur. La fille avait été conçue sans l’assistance de la génétique et était née par césarienne. Elle avait un frère qui était lui aussi né, deux ans plus tard, de manière naturelle. Son père travaillait comme beaucoup sur les chantiers de construction de la bulle et la mère s’occupait du foyer et, pour arrondir les fins de mois et les angles, jouait les médiatrices dans un centre social de son quartier. Le fils de la famille était un minable étudiant, qui ne semblait jamais devoir sortir du lot.

Zorra, Arthur et ses parents rejoignaient le salon privé d'où émettait Shelley. Iels entrèrent dans la foule des gens biens pincés qui écoutaient avec attention la PDG. Comme par magie... une magie noire qu'Arthur et Zorra savaient devoir à leurs amis, quatre shamans des mondes numériques qui leur avaient ouvert les portes de la réception. Zorra embrassa Arthur et le quitta. La mère décocha à son fils un sourire qui en disait long. Zorra regagna l'ascenseur Ouest de l'arcologie et montait maintenant au cœur de la cité… ou plutôt son cerveau. A côté d'elle apparut l'étrange créature qui l'avait tant effrayé quelques heures plus tôt. « Prends bien soins de mon frère... ne t'inquiète pas, je suis là... personne ne pourra t'arrêter. » Le ghost l'enveloppa de son aura. Zorra eut chaud et froid, puis se sentit totalement apaisé. Le stress qu'elle ressentait il y a encore quelques secondes s'était complètement estompé, comme le brouillard dispersé par le soleil. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et elle marcha au milieu des gardes armés sans que ceux-ci ne puissent la voir. Elle arriva devant les portes du sas qui isolait BHL du monde réel. Elle sentit sa main se lever malgré elle et se poser sur le scanner de sécurité. Lorsque les lourdes s'écartèrent, Zorra se retourna et vit le marbre impassible des gardes se fissurer et courir les veines de l'affolement. Ils regardaient en tous sens mais ne la voyait pas.


Shelley avait presque fini de présenter le plan d'action de l'OMC lorsque Arthur prit la parole. « Mensonge! La singularité ne viendra pas. Vous vous servez, vous et tous les dirigeants du monde citoyen de la crédulité du peuple pour l'utiliser comme cobaye de vos expériences. Vous nous dites de ne pas traîner le souvenir de l'homme comme un boulet, mais ce boulet n'est pas le corps mais votre mode de penser. L'évolution se fera en changeant nos mentalité, pas en troquant nos corps charnels pour des corps de donnés. Votre paradis virtuel n'est rien de plus que l'actualisation moderne des paradis antérieur... paradis catholique, artificiel, cathodique ou numérique ne sont que des leurres après lesquels vous faites courir le peuple, tel un hamster dans la roue de son infortune, roue dont vous vous servez pour avancer dans la pseudo linéarité de votre histoire. Nous, maudits hackers, sommes là pour vous faire dérailler. Les roues vont cesser de tourner. »

Sur les écrans et toutes les sources haut-débits du réseau, Antonin, Edgar, Isidore et Charles maniaient maintenant les flux et diffusaient les images qu'ils avaient volé aux services de sécurité de la PDG parisienne. Images qui la donnait à voir en plein CA, planifiant en concertation avec la gouvernance de l'OMC le mensonge qu'elle servirait aux citoyens.

Soudain, les images en directe montrèrent à nouveau le visage de la sexagénaire à la tête de Paris... Mais se tête était maintenant celle d'une furie. Puis par un morphing grossier ses traits laissèrent la place à ceux de la jeune fille numérisé. Son enveloppe charnelle était allongée sur une table d'opération métallique... Shelley eut l'impression de voir sa propre fille puis comprit.

« Ma fille! » cria la mère. Le père retient sa femme dans sa chute. « Qu'est-ce que... ». Arthur reprit: « Voici les parents d'une jeune fille partie il y quelques semaines pour participer à la PT Academy... Elle a été sacrifiée sur l'autel de la numérisation. Elle, au moins, a vu son téléchargement s'accomplir. Mais pour cette réussite, combien de morte dans l'anonymat de disparitions inexpliqués? Mais on ne sait encore quel sera le prix à payer de cette réussite. Pour la jeune fille, évidemment, mais pour nous tous et toutes. »

Au pied de la Tour, dont la couleur d'ivoire prenait de plus en plus les tons rougeâtre des méfaits des puissants qui y étaient installés, la masse amorphe se changeait en multitude excédée puis en peuple en colère.

Un coup de feu retentit. Un garde sortit de sa torpeur venait d'abattre le jeune Arthur. À ce moment précis une explosion se fit entendre depuis la chambre de BHL... L'Intelligence artificielle de Paris venait d'être victime d'une attaque cérébrale. Le cerveau de synthèse perdait sa mémoire vive et Zorra s'en prenait maintenant à la mémoire morte du cerveau superficiel. Shelley pleurait, elle comprenait que les machines qui maintenait sa fille dans une illusion de vie s'éteignaient une à une, avant qu’elle n’ait pu lancer le processus de numérisation. « Soyez maudits! »

La sœur, dont l'avatar multiformes s'était matérialisé aux côté de sa mère disparaissait maintenant dans un sourire, un soupire binaire. Zorra arriva en courant dans la confusion et la cohue. Elle s'approcha d'Arthur... « Je t'aime. Ne chausse pas encore tes semelles de vent, je t’en prie. Ne t'en va pas, reste avec moi! S'il te plaît... » Elle sentit un courant d'air courir sur son épine dorsale puis le visage d'Arthur s'éteignit.

10/10/2013

Reflets abîmés


Paris respirait mal sous son ciel de plomb. La neige tombait à gros flocons et la ville revêtait son manteau d'hiver. Les feux régulaient les flots nerveux, les néons guidant les passants comme la nouvelle cartographie des nuits humaines. Les gens couraient à découvert ou sous le paradis d'un parapluie pour deux. Dans le ronronnement de la ville assoupie des sirènes de police zébraient la nuit et les gyrophares des véhicules hurlaient l'urgence sous les flocons tourbillonnants. La station Filles du Calvaire était bouclée. La neige épaisse donnait au Cirque d'Hiver un air triste que les premières lueurs du jour ne parvenaient à dissiper.
Le corps avait été découvert par l'employé qui levait le rideau de la station. Comme pour les victimes précédentes, la jeune fille était blanche, cheveux noirs. Comme les autres, elle n'avait plus de visage, remplacé par un masque de Blanche-Neige. Ses seins avaient été tailladés, sa poitrine ouverte, le cœur arraché. Son thorax tout entier n'était plus qu'une plaie béante, mais les meurtrissures étaient propres. La robe que portait la victime était vierge de toute goutte de sang. Une pomme à l'arsenic avait roulé au bas de l'escalier.
Les légistes s'affairaient et les agents fourmillaient sur la scène de crime, comme autant de larves se gavant des tissus morts de la défunte. C'était la quatrième victime en trois mois attribuée au « tueur de Blanche-Neige », comme l'avait surnommé la presse. L'inspecteur dégueula toute la bile de sa nuit blanche lorsque le doc releva le masque sur les chairs à vif du cadavre. Son regard noir et mort fixait la toile percée des étoiles de la nuit.
- Bordel, que quelqu'un lui couvre les yeux !


Les portes s'ouvrirent sur la cour intérieure. La voiture s'engouffra dans l'étroit passage. Les pneus crissaient sur le gravier enneigé et s'immobilisèrent. La neige tombait toujours au petit jour et Ellen courut jusqu'aux escaliers, son manteau tenu à bout de bras au-dessus d'elle. Elle enjamba les quelques marches et fixa son regard noir dans l’œil froid de la caméra. La porte s'ouvrit. Elle entra.
Ses talons claquaient sur la vieille pierre. La fée électricité embrasa les chandeliers et la silhouette d'Ellen se dessina sur le miroir mural qui ornait le vestibule. L'éclairage s'intensifiait et ses traits se dévoilaient en reflets sur la surface lisse de la glace. Elle admira cette jeunesse étalée à la une de la psyché, sa peau dorée, sa chevelure mordorée qui descendaient à la conquête de sa nuque et rebondissaient sur ses épaules, ses lignes parfaites, tranchantes comme une lame dans le fourreau de sa robe.
Elle monta les larges escaliers qui menaient à l'étage. Elle avait retiré ses chaussures et ses pas s'enfonçaient dans l'épaisse moquette rouge. Elle entra dans le petit salon, les lampes s'allumèrent mais d'un claquement de doigts elle replongea la pièce dans la lumière magique du jour naissant. Elle jeta négligemment ses gants sur le dossier de la chaise du bureau, se dirigea vers le bar, se servit un grand verre de vodka qu'elle avala d'une traite avant de se servir un nouveau verre. Elle marcha vers la fenêtre qui donnait sur le jardin, l'ouvrit malgré le froid et fuma une cigarette. Assise sur le rebord, savourant sa vodka à petites gorgées, elle était une ombre découpée sur le monde extérieur.
  • Ils ont retrouvé le corps !
  • Je sais ma Reine.
Ellen se leva et s'installa au bureau. Elle saisit la tablette numérique et l'installa sur un pied en cuivre finement ciselé qui lui donnait l'apparence d'un miroir ancien. Au bout d'un instant son reflet apparut sur l'écran. Une légère fêlure zébrait le coin gauche en haut du visage.
  • Nelle, montre-la moi, elle ! je veux la voir, plonger mon regard dans son image.
Le reflet d'Ellen se brouilla et, encadré par une épaisse chevelure noire, apparut le visage un peu grave d'une jeune fille à la peau extrêmement pâle et aux lèvres écarlates. « Blanche ! »
Le reflet extrapolé à partir de la photo d'une petite fille de douze ans. Ellen fixa son joli minois de longues minutes pendant que ses doigts parcouraient son propre visage. Elle pouvait sentir les premières rides sur son front ; du pouce elle palpa le léger renflement sous ses yeux. Elle caressait ce que sa vue lui occultait. La jeunesse qui avait déployé ses ailes en elle, s'était envolée ne laissant qu'un cocon vide pris dans l'ambre du temps.
Elle caressa lentement ses lèvres chargées de rouge. Ses doigts descendirent, jusqu'au menton, puis le long de son cou, jusqu'à la naissance des seins. Elle pouvait sentir les distorsions du temps dans le relâchement de la peau. Elle se leva et fit pivoter le grand miroir sur son châssis en fer forgé. L'espace d'un instant elle crut voir les outrages du temps faits à sa beauté, ses cheveux devenus blancs, avant que la surface ne polisse son reflet.
Ellen alluma une cigarette qu'elle posa dans le cendrier et demanda à l’Intelligence Artificielle de lancer Nach-6. Elle avait conçu ce programme il y a presque un an. C'était une appli pour tablette, smartphone qui transformait les écrans en miroir, où les reflets pouvaient être retouchés en temps réel. Un énorme succès commercial. Elle laissa son regard vagabonder vers le feu de cheminée. Il y a trois mois elle avait injecté dans le code source quelques lignes qui changeaient les écrans en glaces sans tain. L'ombre d'Ellen, déformée par le mouvement incessant des flammes, dansait sur le vaste plafond orné de stucs dorés et de fleurs d'humidité.
  • Miroir, miroir magique, dis-moi qui est la plus belle d'entre toutes les Parisiennes ?
  • Ma Reine, tu es très belle, mais Blanche est la plus belle en ce royaume.
Sur la psyché pivotante, l'image d'Ellen se brouilla et apparurent les traits délicats d'une jeune femme de dix-huit ans à la peau blanche et aux cheveux noirs.
  • Sait-elle seulement que son père est mort ? Lorsqu'il est parti avec elle dans l'ambulance... je savais que je ne le reverrais plus ! Il aimait sa fille et elle le lui rendait bien. Il s'était occupé d'elle à la mort de sa mère, quelques semaines après l'accouchement. Elle avait cinq ans quand je suis entrée dans leur vie. J'ai cru trouver ma place, mais cette petite pimbêche occupait de plus en plus d'espace.
Ellen se retourna vers la tablette et fixa le regard inexpressif de l'I.A.
  • Je n'ai pas revu John pendant six longues années. Puis, il y a un peu plus de trois mois, quelques jours seulement avant sa mort, il... Il n'avait jamais répondu à mes courriers. Mais ce jour-là, de passage à Paris, il accepta de me voir.
  • Il vous a fait du mal, ma Reine.
  • Il m'a dit que j'étais folle... Il a osé dire que Blanche était morte ! Je sais qu'elle est vivante, qu'à l'époque il est parti pour s'occuper d'elle. Et trois jours après notre entrevue, le jour anniversaire de la soi-disant mort de sa fille, il se suicidait.
Ellen tira la chaise du bureau devant le grand miroir de façon à pouvoir s'asseoir en s'accoudant sur le dossier. Elle sentait la chaleur des larmes dans le sillon de sa détresse, mais son reflet, lui, ne connaissait pas la tristesse. Elle étira la photo pour qu'elle occupe les trois-quarts de la surface réfléchissante. Le portrait vieilli de Blanche n'était plus qu'une vignette collée sous la fiche de Zoé Valdèz. Étudiante en philologie, elle vivait seule dans un petit studio près de République. Ellen parcourut en diagonale quelques pages du dossier constitué par Nelle, visionna quelques-unes de ses vidéos. Elle la regardait évoluer, parler, rire, chanter. Elle se leva, approcha du miroir, fixa attentivement le visage de Zoé. C'était Blanche, il n'y avait aucun doute.
Nelle s'était connecté à tous les comptes de Zoé. Il avait parcouru son agenda afin de connaître ses habitudes. Pour financer ses études, elle travaillait chez un fleuriste près de la gare Montparnasse. Une chaîne de magasins de fleurs ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les mardis et jeudis, elle quittait le magasin peu avant le dernier métro. Seul le compositeur automatique offrait alors aux amants de la nuit quelques bouquets personnalisés. Ellen but un dernier verre de vodka et fuma encore. Il était presque dix heures du matin ce dimanche, le chant de la circulation n'était qu'un murmure de l'autre côté des murs de la propriété, lorsqu'elle tira le lourd rideau de la fenêtre et fit pivoter le miroir pour effacer le reflet de Zoé de sa psyché.
Le mardi suivant la neige semblait tomber au ralenti. Paris grelottait et Zoé somnolait. Il était minuit et elle commençait à mettre en ordre le magasin sous l’œil de la caméra de surveillance. Nelle la regardait faire dans le silence de la vidéo. Zoé se dirigea vers la porte pour tirer le rideau lorsqu'apparut dans la vitrine la silhouette svelte d'une femme qui frappa à la porte. Zoé lui fit signe d'utiliser l'automate. La femme portait un châle sur la tête, un manteau au col en fourrure et des talons hauts qui avaient cliqué sur les pavés numériques de la carte graphique de Nelle au moment où Ellen introduisit sa CB. L'I.A. pénétra le système du fleuriste robotisé. Sur l'écran auquel faisait face Ellen, les traits de Nelle apparurent. Un clin d’œil et sur l'écran noir ne clignotaient plus que les mots « hors service ».
Zoé, s'apprêtant à sortir, entendit jurer la cliente qui se planta devant elle. Elle lui expliqua qu'elle venait d'arriver à Paris, qu'elle rejoignait un homme qu'elle avait beaucoup aimé et qu'elle n'avait pas revu depuis six ans. Elle avait vraiment besoin d'un beau bouquet. « S'il vous plaît mademoiselle. » soupira Ellen en retirant dans un geste de star hollywoodienne d'un autre siècle ses lunettes noires. La cliente proposa de jeter un œil à l'automate pendant que Zoé ferait son bouquet. Ensuite elle la déposerait chez elle en taxi. La jeune fille réfléchissait en se tordant les lèvres. « Vous vous y connaissez en automates de ce genre ? » La cliente esquissa un grand sourire. « Ne vous inquiétez pas. Je suis ingénieur en sciences cognitives, spécialisée en systèmes artificiels intelligents. Ce joujou ne me posera aucun problème. » Zoé se mit au travail et Ellen ouvrit le capot du fleuriste robotisé. « Il fait chaud ici, dites-moi. Comment vous appelez-vous, » « Zoé, répondit la jeune fille. Oui j'ai eu chaud toute la soirée. Ce putain de chauffage doit encore déconner. Oh ! excusez mon langage. » Dans le reflet de ses verres fumés la Reine aperçut l'éclat du sourire de Nelle. « Ce n'est rien. Vous voulez un jus de fruit ? J'ai toujours une petite brique sur moi. » Zoé acquiesça et Ellen farfouilla dans son sac à main. « Ah, qu'est-ce que je disais... un jus de pomme. »

La cave de l'hôtel particulier d'Ellen. La terre battue, des murs blanchis à la chaux. Un vieil atelier de bricolage en bois épais. Un étau. Des néons bleutés baignaient la pièce d'un halo irréel. Elle ouvrit les yeux. Le sol tanguait, sa tête dodelinait. Zoé se réveillait à peine, son cerveau battait la chamade. Après quelques minutes, elle parvint à redresser la tête. Sur le mur face à elle, un miroir, immense. Et dans le reflet, il y avait cette femme, poignets et chevilles enchaînés au mur. Zoé sentit qu'elle était entravée. Elle se voyait bouger mais... Mais ce visage ! Ce visage ne pouvait être le sien. Pas déjà. Pourtant sous le calque des années c'était bien sa figure. Elle poussa un cri que réfléchit son image flétrie. Zoé pleurait, tremblait.
La voix basse et métallique de Nelle résonna sous la voûte du caveau. « Calmez-vous, mademoiselle. » Zoé fit un bond, immédiatement arrêtée par ses chaînes. Elle se blottit contre le mur. Ses yeux cherchaient de tous côtés. « Écoutez-moi ! » Zoé frissonnait de tout son être. « Vous allez mourir. » Zoé esquissa un nouveau bond, mais se retint. Elle éclata en sanglots. Elle tressaillit, puis ses jambes et ses bras se relâchèrent. « Calmez-vous. » Elle s'enfonçait dans le sol, comme avalée par la terre.
La porte métallique claqua et Ellen fit son entrée. Elle portait ses lunettes de soleil et une longue robe noire. « Arrête de chialer, petite salope ! » Sa main fine et baguée fit un aller-retour sur les joues de la jeune femme, puis la saisit par le col de son uniforme. Les chaînes tiraient sur ses membres. « Pourquoi tu m'as volé John, hein, petite pute ! Tu vas crever, sale chienne ! » Elle la rejeta au sol. Zoé était tétanisée. Elle parvint à bredouiller quelques mots au milieu de sanglots. « John ? Qui ? Connais pas. Je. Je sais pas. Je pas, comprends pas. » « Ta gueule ! Tu m'as volé le seul homme que j'ai jamais aimé ! Nous formions un beau couple. Des petits génies des systèmes intelligents. Mais quand tu as commencé à grandir, il a retrouvé dans tes traits ceux de ta mère. Il s'est éloigné de moi. Il s'est désengagé de notre projet... notre bébé ! Il voulait profiter de sa fille. Et moi je n'avais plus qu'à le regarder te regarder grandir ? Oh non ! Un des week-ends où il donnait une conférence, tu avais 12 ans, je t'ai tuée. J'ai cru t'avoir tuée. Je t'ai empoisonnée et j'ai maquillé ça en accident. Je t'ai laissée tomber du balcon de ta chambre. John est arrivé quelques minutes seulement après les pompiers. Il est parti avec toi en ambulance. Après ça, il m'a appelée une fois, pour me dire qu'il ne pouvait plus rester ici, qu'il ne pouvait plus rester avec moi. Il ne savait pas ce que j'avais fait, mais il me reprochait de ne pas avoir empêché ta chute. Je ne l'ai plus revu, jusqu'à... Mais je sais que tu as survécu et qu'il n'a vécu que pour toi... tu me l'as enlevé. Et maintenant il est mort ! »
Zoé regardait Ellen avec des yeux emplis de terreur. Sur ses pupilles dilatées se lisait toute l'étendue de sa détresse, de son incompréhension. Sa tête était agitée de petits mouvement saccadés et son visage se crispait par intermittence. Son ventre était noué et elle s'était fait dessus à plusieurs reprises déjà. Elle avait froid, elle avait peur. Pourtant elle leva le regard vers sa tortionnaire : « Je ne comprends rien à ce que vous dites. C'est pas moi ! Je suis pas celle que vous croyez ! Je vous l'jure. Vous vous trompez. » Zoé la suppliait de l'écouter. Ellen lui avait tourné le dos et marchait d'un pas chaloupé vers la sortie. Elle se retourna dans l'encadrement de la porte et lui cracha : « Ta gueule, Blanche ! Ferme ta putain de gueule ! Très vite tu me supplieras de mettre fin à tes souffrances. Très vite ! » Elle claqua la porte.
La solitude glaciale de sa geôle imprégnait les vêtements, la peau et les os de Zoé. Les moments de solitude et de terreur intérieure étaient entrecoupés par la furie de la cinglée distinguée. Zoé baignait dans sa merde, sa pisse et son sang. Sa veste était trempée et lui glaçait le corps. Il n'y avait plus ni nuit ni jour. Elle répétait en boucle qu'elle n'était pas Blanche. Parfois elle le hurlait, d'autres elle le susurrait. Quelques fois Nelle lui répondait. L'intelligence artificielle le savait mais ne pouvait aller contre la volonté de sa conceptrice, contre l'instruction d'Ellen. Lorsque John était parti, il n'était qu'une œuvre inachevée à laquelle la Reine avait ensuite transmis ses propres fêlures. Zoé avait faim et soif.

Après des jours de cet enfer Ellen parut une nouvelle fois. Mais cette fois-ci nulle robe habillée ni même de verres fumés. Elle portait une blouse blanche, un masque de chirurgien lui barrait le bas du visage et de larges lunettes en plastique lui masquaient le regard. Zoé hurla en la voyant. Ses jambes et ses bras tiraient de toutes leurs faibles forces sur les chaînes. Elle ne distinguait que les yeux cernés de rides de la marâtre qui sortit de sa blouse une seringue et la piqua. L'engourdissement qui étreignait Zoé devint plus intense, à tel point qu'elle ne savait plus si elle avait chaud ou froid. Ellen l'installa dans un fauteuil, lui attacha les poignets aux accoudoirs et les chevilles aux pieds du siège. Toujours face au miroir.
Les bruits résonnaient étrangement à la conscience de Zoé. Chaque mouvement de sa geôlière traînait dans le temps et l'espace. Une fenêtre s'ouvrit à la surface de la psyché et le visage de Nelle se matérialisa. Celui d'Ellen emplit le champ de vision de Zoé. Sa voix lointaine parvenait en écho à la jeune femme. « Blanche ! Oh, tu m'écoutes ? Tu vas souffrir ! » Elle avait décollé son visage de celui de sa victime, tapait du bout de l'index sur son crâne. Zoé vit un éclair argenté scintiller devant son regard brumeux. Une lame ! La Reine s'écarta un peu sur sa droite pour que la jeune fille puisse admirer son reflet. Elle la vit enfoncer la lame dans son sternum. Zoé ne sentait rien, son corps dormait profondément. Cependant elle voyait son reflet fané être torturé. La Reine lui tailla les tétons, lui saigna les seins. Les reflets, l'I.A. en diffusait des ralentis, des gros plans en petits montages à la cruauté mise en scène. Zoé défaillit.
« La mort de John l'a profondément ébranlée. Elle l'aimait toujours. Et elle continue de l'aimer. Elle a besoin de tuer Blanche encore et encore. Si elle ne le fait pas, elle finira par se supprimer. Moi, je suis là pour la sauvegarder. Je crois que si je pouvais ressentir ce que vous nommez l'amour, le mien lui serait à jamais voué. » La voix inhumaine de Nelle se répétait, comme l'écho d'une condamnation. Zoé ne dormait pas vraiment, ses fers l'en empêchaient, mais elle errait dans une demie-conscience déchirée de décharges de peur et de douleur. La plupart du temps elle était seule face au reflet de sa vieillesse qui ne viendrait jamais.

Un jour, après l'avoir attachée à la chaise, Ellen badigeonna son visage avec un produit qui lui glaça la peau. Ellen recula, pencha la tête sur le côté, comme pour trouver l'angle qui mettrait le mieux en valeur son œuvre. Elle se dirigea ensuite d'un pas léger vers le rideau au fond du caveau. Elle claqua des doigts et une symphonie introduisit son premier mouvement. « Il faut que je te présente quelqu'un. » Elle tira sur une cordelette et le voile tomba au pied d'un androïde. « Laisse-moi te présenter ton frère, Nelle ! » Elle se retourna vers l'androïde. « Nelle, ta sœur Blanche. » Les yeux du robot s'allumèrent. D'un pas souple il s'avança vers Zoé. Ellen sangla le front et le cou de la jeune femme. Nelle prit un scalpel et commença à lui décoller la peau du visage. Cette fois-ci elle sentit quelque chose, comme l'écho d'une lointaine griffure sur sa face.
Lorsqu'elle retrouva ses esprits Zoé était seule. Son regard tanguait entre ses seins. Les entailles avaient été nettoyées et elles ne saignaient plus. Elle leva difficilement sa tête et son regard sur la psyché face à elle. Elle poussa un cri d'effroi. Son visage n'était plus même celui vieilli auquel elle avait fini par s'habituer. Le haut de son visage était recouvert d'un masque pour enfant, la figure plastifiée de Blanche-Neige. Le masque laissait apparaître la bouche et le menton, dont les chairs étaient à vif. La voix dans sa tête hurla si fort en elle qu'elle finit par réveiller la douleur. Zoé sentait les morsures sur sa poitrine et les déchirures de son visage. La douleur gagnait son esprit, desséchait sa volonté. Ellen entra dans la pièce. Le visage de Nelle papillotait à la surface de la psyché, là où se refléterait la dernière scène. La Reine s'avança vers Zoé et vrilla ses yeux d'un bleu glaçant dans la coquille noisette vide du regard de sa proie. « Blanche ! » Zoé releva la tête. « L'heure est venue ! » Elle fixait droit devant elle, les traits de Nelle dans la glace. Ellen évoqua le suicide de John, la voie de chemin de fer, le train percutant sa voiture. Zoé aperçut l'I.A. lui décocher un clin d’œil.
La Reine s'approcha du petit plateau sur lequel elle avait disposé une belle pomme rouge, juteuse et une seringue. « Tu veux croquer dans cette pomme ? » Zoé salivait sans s'en rendre compte et croqua à pleines dents le fruit empoisonné. Très vite elle se mit à convulser et à vomir. Puis des diarrhées sanguinolentes lui déchirèrent les entrailles. Alors que Zoé agonisait, Ellen lui ouvrit la cage thoracique, en sortit le cœur et sectionna les artères. Le cœur pompa encore un peu, crachant puis crachotant le sang qu'il avait encore en lui. Le corps de Zoé fut secoué de mouvements réflexes puis s'affaissa.
Ellen plongea son regard dans celui de Nelle, dans son illusion glacé. Ils se réfléchissaient l'un l'autre à la surface de la psyché, comme les réverbérations de leur dualité. Elle était resplendissante dans sa blouse blanche maculée de sang, tendant dans la lumière du petit jour filtrée par d'étroites ouvertures le cœur de Zoé dans son poing rageur. Nelle sentit dans son cerveau une décharge électrique, comme la vague artificielle de la satisfaction. L'I.A. recherchait cet écho dans chacune des mises à mort, ce frisson ressenti lorsqu'il avait immobilisé la voiture de John sur le passage du train. Ce même vertige qui avait fissuré l'âme de la Reine six ans auparavant.

31/01/2012

Déclaration d’indépendance du Cyberespace




Seule l’erreur a besoin du soutien du gouvernement. La vérité peut se débrouiller toute seule.
—Thomas Jefferson, Notes on Virginia
Gouvernements du monde industriel, vous géants fatigués de chair et d’acier, je viens du Cyberespace, le nouveau domicile de l’esprit. Au nom du futur, je vous demande à vous du passé de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez pas de souveraineté où nous nous rassemblons.
Nous n’avons pas de gouvernement élu, et il est improbable que nous en ayons un jour, aussi je ne m’adresse à vous avec aucune autre autorité que celle avec laquelle la liberté s’exprime. Je déclare l’espace social global que nous construisons naturellement indépendant des tyrannies que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez aucun droit moral de dicter chez nous votre loi et vous ne possédez aucun moyen de nous contraindre que nous ayons à redouter.
Les gouvernements tiennent leur juste pouvoir du consentement de ceux qu’ils gouvernent. Vous n’avez ni sollicité ni reçu le nôtre. Nous ne vous avons pas invités. Vous ne nous connaissez pas, et vous ne connaissez pas notre monde. Le Cyberespace ne se situe pas dans vos frontières. Ne pensez pas que vous pouvez le construire, comme si c’était un projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. C’est un produit naturel, et il croît par notre action collective.
Vous n’avez pas participé à notre grande conversation, vous n’avez pas non plus créé la richesse de notre marché. Vous ne connaissez pas notre culture, notre éthique, ni les règles tacites qui suscitent plus d’ordre que ce qui pourrait être obtenu par aucune de vos ingérences.
Vous prétendez qu’il y a chez nous des problèmes que vous devez résoudre. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre enceinte. Beaucoup de ces problèmes n’existent pas. Où il y a des conflits réels, où des dommages sont injustement causés, nous les identifierons et les traiterons avec nos propres moyens. Nous sommes en train de former notre propre Contrat Social. Cette manière de gouverner émergera selon les conditions de notre monde, pas du vôtre. Notre monde est différent.
Le Cyberespace est fait de transactions, de relations, et de la pensée elle-même, formant comme une onde stationnaire dans la toile de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas où vivent les corps.
Nous sommes en train de créer un monde où tous peuvent entrer sans privilège et sans être victimes de préjugés découlant de la race, du pouvoir économique, de la force militaire ou de la naissance.
Nous sommes en train de créer un monde où n’importe qui, n’importe où, peut exprimer ses croyances, aussi singulières qu’elles soient, sans peur d’être réduit au silence ou à la conformité.
Vos concepts légaux de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement, de contexte, ne s’appliquent pas à nous. Ils sont basés sur la matière, et il n’y a pas ici de matière.
Nos identités n’ont pas de corps, c’est pourquoi, contrairement à ce qui se passe chez vous, il ne peut pas, chez nous, y avoir d’ordre accompagné de contrainte physique. Nous croyons que c’est de l’éthique, de la défense éclairée de l’intérêt propre et de l’intérêt commun, que notre ordre émergera. Nos identités peuvent être distribuées à travers beaucoup de vos juridictions. La seule loi que toute nos cultures constituantes pourraient reconnaître généralement est la règle d’or [« Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’ils te fassent », NdT]. Nous espérons pouvoir bâtir nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.
Aux Etats-Unis, vous avez aujourd’hui créé une loi, le Telecommunications Reform Act, qui répudie votre propre Constitution et insulte les rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent maintenant renaître en nous.
Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce qu’ils sont natifs dans un monde où vous serez toujours des immigrants. Parce que vous les craignez, vous confiez à vos bureaucraties les responsabilités de parents auxquelles vous êtes trop lâches pour faire face. Dans notre monde, tous les sentiments et expressions d’humanité, dégradants ou angéliques, font partie d’un monde unique, sans discontinuité, d’une conversation globale de bits. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui étouffe de l’air où battent les ailes.
En Chine, en Allemagne, en France, à Singapour, en Italie et aux Etats-Unis, vous essayez de confiner le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du Cyberespace. Il se peut que ceux-ci contiennent la contagion quelque temps, mais ils ne fonctionneront pas dans un monde qui sera bientôt couvert de médias numériques.
Vos industries de plus en plus obsolètes se perpétueraient en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent décider de la parole elle-même dans le monde entier… Ces lois déclareraient que les idées sont un produit industriel comme un autre, pas plus noble que de la fonte brute… Dans notre monde, quoi que l’esprit humain crée peut être reproduit et distribué à l’infini pour un coût nul. L’acheminement global de la pensée n’a plus besoin de vos usines.
Ces mesures de plus en plus hostiles et coloniales nous placent dans la même situation que ces amoureux de la liberté et de l’autodétermination qui durent rejeter les autorités de pouvoirs éloignés et mal informés. Nous devons déclarer nos personnalités virtuelles exemptes de votre souveraineté, même lorsque nous continuons à accepter votre loi pour ce qui est de notre corps. Nous nous répandrons à travers la planète de façon à ce que personne puisse stopper nos pensées.
Nous créerons une civilisation de l’esprit dans le Cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde issu de vos gouvernements.

Davos, Suisse
8 février 1996



1996! Non, ce texte ne date pas d'aujourd'hui, tout juste d'hier... et n'est pas l’œuvre d'un "anonyme" mais a été repris par Anonymous en espagnol - comme plus haut. Il pourrait avoir été écrit en réaction aux lois SOPA, PIPA, ACTA, DORING... Cette déclaration d'indépendance du cyberespace était une réaction au Telecom "Reform" Act en 1996. Voici le préambule publié originellement en introduction:




février 1996
Texte original sur le site web de l’EFF, 9 février 1996. Traduction : Hache, février 1996

Hier, l’autre grand invertébré à la Maison Blanche a signé le Telecom « Reform » Act of 1996, tandis que Tipper Gore prenait des photos numériques de l’événement pour les inclure dans un livre appelé 24 heures dans le Cyberespace [24 Hours in Cyberspace].
On m’avait aussi demandé de participer à la création de ce livre en écrivant quelque chose d’approprié à la circonstance. Étant donné l’horreur que serait cette législation pour l’Internet, j’ai jugé que le moment était bien choisi pour faire acte de résistance.
Après tout, le Telecom « Reform » Act, qui est passé au Sénat avec seulement 4 votes contre, rend illégal, et punissable d’une amende de 250 000 dollars, de dire « shit » en ligne. Comme de dire l’un des 7 mots interdits dans les médias de diffusion grand public. Ou de discuter l’avortement d’une façon ouverte. Ou de parler des fonctions physiques autrement que dans des termes purement cliniques.
Cette législation cherche à imposer des contraintes sur la conversation dans le Cyberespace plus fortes que celles qui existent aujourd’hui dans la cafétéria du Sénat, où j’ai entendu des indécences colorées dites par des sénateurs des États-Unis à chaque fois que j’y ai dîné.
Cette loi a été mise en oeuvre contre nous par des gens qui n’ont pas la moindre idée de qui nous sommes, ni où notre conversation est conduite. C’est, comme l’a dit mon ami et rédacteur en chef de Wired Louis Rosseto, comme si « les analphabètes pouvaient vous dire quoi lire ».
Eh bien, qu’ils aillent se faire foutre.
Ou, de façon plus pertinente, prenons maintenant congé d’eux. Ils ont déclaré la guerre au Réseau. Montrons-leur combien rusés, déroutants et puissants nous pouvons être pour nous défendre.
J’ai écrit quelque chose (avec toute la pompe appropriée) qui je l’espère deviendra un des moyens dans ce but. Si vous le trouvez utile, j’espère que vous le ferez passer aussi largement que possible. Vous pouvez omettre mon nom si vous voulez, parce que je ne me soucie pas qu’on me crédite du texte. Vraiment pas.
Mais ce que j’espère, c’est que ce cri trouvera un écho dans le Réseau, changeant et croissant et se multipliant, jusqu’à devenir un grand hurlement égal au crétinisme qui vient de nous être infligé.
Voici donc…
 

02/01/2012

Satellite pirate

Comme dans certains bouquins de cyberpunks, les hackers du Chaos Computer Club ont lancé l'idée de créer un réseau de satellites pirates afin d'accéder au net sans contrôle. Au-delà de la SF, c'est donc bien dans l'espace que risque de se jouer la survie de l'Internet libre que nous connaissons. De plus en plus l'accès au réseau se fait par l'intermédiaire d'applications, notamment sur les téléphones portables. Et il y a fort à parier que la tendance risque de gagner nos bons vieux PC, tant les potentiels de contrôle et de pognon semblent ouvrir de nouvelles perspectives aux vendeurs de paradis artificiels. Or ces applis ne constituent pour la plus part que des fenêtres ouvertes sur le réseau, mais dont les murs qui les encadrent empêchent l'accès au continent virtuel. Ces fenêtres ne sont souvent qu'écrans de pub et cachent le foisonnement d'un réseau libre et vivant. Face à ce nouveau mode d'accès au réseau, l'internaute n'est plus un surfer sur la vague numérique mais un zappeur, passif devant son écran pourtant tactile.
L'article trouvé sur le blog segu-info, qui l'a lui-même repris du CSO Espagne, site d'information pour responsable de la sécurité, évoque les craintes d'attaques rendues plus dangereuses par la possibilité de ces accès réseau sans contrôle. Mais ce découpage du réseau en applis, le contrôle croissant du réseau par les législations répressives des états ne constituent-ils pas une attaque massive contre une partie non rentable, une partie libre et collaborative du réseau? N'est-il pas temps que la résistance s'organise? Si comme les zapatistes nous pensons que dans le monde à construire doivent cohabiter toutes les visions du monde, alors il est urgent de lier cette offensive contre l'internet libre à toutes les vagues de régression sociale qui submergent les cinq continents... une vague sur laquelle nous aurions tout intérêt à apprendre à surfer si nous ne voulons pas nous réveiller un matin avec pour tout horizon une fenêtre ouverte sur un panneau de pub et des postes frontières à chaque nœuds de communication.




J'ai trouvé cet article sur le tweet de


En voici une traduction personnelle. Vous trouverez la version espagnole plus bas. Bonne lecture

Le CCC se propose de lancer des satellites pour créer un réseau sans censure


Le groupe de hackers Chaos Computer Club (CCC) travail à un projet pour lequel il espère lever des fonds afin d'envoyer un satellite dans l'espace à partir duquel ils pourraient opérer sans contrôle ni censure pour leurs activités. Les hackers assurent qu'il s'agit d'une manière d'éviter les moyens de contrôle et de censure qui existent sur Internet.

Le projet est connu sous le nom de Red Global Hackerspace et a comme objectif le lancement dans l'espace de satellites libres de contrôle et de la possible censure d'organisations mondiales. Il s'agit d'un projet ayant commencé il y a plusieurs mois et qui a été présenté officiellement lors du Chaos Communication Congress de Berlin, l'une des rencontres de hackers les plus fameuses du monde.

Durant l’événement, l'approbation de la loi SOPA aux États-Unis fut l'un des thèmes les plus débattus. Les hackers ont réaffirmé leur totale opposition à ce contrôle du réseau. Ce qui pour certains est un outil de protection des droits de propriété, est pour d'autres un moyen de censure et de répression des droits des internautes.

Afin de lutter contre ce contrôle du réseau et pouvoir réaliser leurs activités librement, les hackers ont proposé de créer son propre réseau de satellites dans l'espace. S'ils parviennent à envoyer dans l'espace les satellites, les hackers compteront sur l'actuel défaut de législation en vigueur pouvant interdire leur utilisation. Le résultat en serait la constitution d'un réseau de connexion libre de tout type de contrôle, au sein duquel les hackers pourront réaliser leurs activités sans que n'existe aucun agent de supervision des activités.

Selon la BBC, les hackers ont déjà mené des expériences de lancement de satellites, avec des moyens réduits n'ayant abouti à aucun succè tangible. L'objectif des hackers à l'origine du projet du Chaos Communication Congress a été de mobiliser la communauté et tenter de trouver des financements. L'argent et les connaissances techniques sont les principaux problèmes de l'initiative, au demeurant ambitieuse, a également émis la possibilité dans le future, d'ici 23 ans, d'envoyer un homme dans l'espace.

Les implications d'un succès du projet seraient que les hackers posséderaient un réseau d'accès à Internet sans contrôle. D'un côté ce réseau serait libre et personne ne pourrait le censurer, mais le revers de la médaille est que le manque de contrôle pourrait favoriser le lancement d'attaques plus dangereuses et sophistiquées que celles d'aujourd'hui. Pour le moment les hackers continuent à chercher des financements et l'appui logistique nécessaire à la réalisation du projet, mais il semble que le futur du réseau et sa sécurité se jouera dans l'espace.


El grupo de hackers Chaos Communication Club (CCC) está realizando un proyecto con el que esperan conseguir fondos para enviar un satélite al espacio desde el que poder operar sin control ni censura para realizar sus actividades. Los hackers aseguran que es una forma de evitar las medidas de control y censura que hay en Internet.

El proyecto se identifica como Red Global Hackerspace y tiene como objetivo el lanzamiento al espacio de satélites que libres del control y la posible censura de ningún órgano mundial. Se trata de un proyecto con meses de desarrollo, pero que ha sido presentado de forma oficial en el Chaos Communication Congress de Berlín, uno de los encuentros de hackers más conocidos en todo el mundo.

Durante el evento, la aprobación de la regulación SOPA en Estados Unidos ha sido una de las cuestiones más debatidas. Los hackers se han mostrado totalmente en contra de esa regulación de la Red. Lo que para algunos es una herramienta para la protección de los derechos de propiedad, para otros es una forma de censura y represión de los derechos de los internautas.

Para luchar contra ese control de la Red y poder realizar sus actividades libremente, los hackers han propuesto crear su propia red de satélites espaciales. En caso de conseguir enviar al espacio los satélites, los hackers cuentan con que actualmente no hay una legislación vigente que pudiese impedir su utilización. El resultado sería una red de conexión sin ningún tipo de control, en el que los hackers podrían realizar sus actividades sin que haya agentes de supervisión de las actividades.

Según la BBC, los hackers ya han realizado experimentos para el envío de satélites, utilizando medios discretos que no han conseguido un éxito concreto. El objetivo de los hackers que han planteado el proyecto en el Chaos Communication Congress ha sido el de movilizar a la comunidad e intentar encontrar financiación. El dinero y los conocimientos técnicos son los principales problemas de la iniciativa, que siendo ambiciosa, también plantea la posibilidad en el futuro, en unos 23 años, de mandar a un hombre al espacio.

Las implicaciones del éxito del proyecto son que los hackers conseguirían una red de acceso a Internet sin control. Por una parte, esa red sería libre y nadie podría censurarla, pero en el lado negativo, la falta de control podría propiciar el lanzamiento de ataques más peligrosos y sofisticados de los que hay actualmente. Por el momento los hackers continúan buscando financiación y apoyo logístico para hacer realidad el proyecto, pero parece que el futuro de la red y su seguridad pasará por el espacio.

Fuente: CSO Spain


Leer mas : Segu-Info: CCC proponen lanzar satélites para crear una red sin censura http://blog.segu-info.com.ar/2012/01/ccc-proponen-lanzar-satelites-para.html#ixzz1iKldLJwB
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