"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

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22/03/2012

Le journalisme libre de Camus

Le manifeste censuré de Camus

Texte publié sur le site du Monde.fr le


"L'article que nous publions devait paraître le 25 novembre 1939 dans "Le Soir républicain", un quotidien limité à une feuille recto verso que Camus codirige à Alger. L'écrivain y définit "les quatre commandements du journaliste libre" : lucidité, refus, ironie et obstination. Notre collaboratrice Macha Séry a retrouvé ce texte aux Archives nationales d'outre-mer, à Aix-en-Provence (lire son enquête page 2). Camus dénonce ici la désinformation qui gangrène déjà la France en 1939. Son manifeste va plus loin. Il est une réflexion sur le journalisme en temps de guerre. Et, plus largement, sur le choix de chacun, plus que celui de la collectivité, de se construire en homme libre".

Il est difficile aujourd'hui d'évoquer la liberté de la presse sans être taxé d'extravagance, accusé d'être Mata-Hari, de se voir convaincre d'être le neveu de Staline.
Pourtant cette liberté parmi d'autres n'est qu'un des visages de la liberté tout court et l'on comprendra notre obstination à la défendre si l'on veut bien admettre qu'il n'y a point d'autre façon de gagner réellement la guerre.
Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu'elles soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés aujourd'hui à la liberté de pensée, nous avons d'ailleurs dit tout ce que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce qu'il nous sera possible de dire. En particulier, nous ne nous étonnerons jamais assez, le principe de la censure une fois imposé, que la reproduction des textes publiés en France et visés par les censeurs métropolitains soit interdite au Soir républicain (le journal, publié à Alger, dont Albert Camus était rédacteur en chef à l'époque), par exemple. Le fait qu'à cet égard un journal dépend de l'humeur ou de la compétence d'un homme démontre mieux qu'autre chose le degré d'inconscience où nous sommes parvenus.
Un des bons préceptes d'une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d'un état de fait qui ne peut plus être évité. La question en France n'est plus aujourd'hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un journaliste peut rester libre. Le problème n'intéresse plus la collectivité. Il concerne l'individu.
Et justement ce qu'il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l'ironie et l'obstination. La lucidité suppose la résistance aux entraînements de la haine et au culte de la fatalité. Dans le monde de notre expérience, il est certain que tout peut être évité. La guerre elle-même, qui est un phénomène humain, peut être à tous les moments évitée ou arrêtée par des moyens humains. Il suffit de connaître l'histoire des dernières années de la politique européenne pour être certains que la guerre, quelle qu'elle soit, a des causes évidentes. Cette vue claire des choses exclut la haine aveugle et le désespoir qui laisse faire. Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et lutte pour ce qu'il croit vrai comme si son action pouvait influer sur le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exciter à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.
En face de la marée montante de la bêtise, il est nécessaire également d'opposer quelques refus. Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu'un esprit un peu propre accepte d'être malhonnête. Or, et pour peu qu'on connaisse le mécanisme des informations, il est facile de s'assurer de l'authenticité d'une nouvelle. C'est à cela qu'un journaliste libre doit donner toute son attention. Car, s'il ne peut dire tout ce qu'il pense, il lui est possible de ne pas dire ce qu'il ne pense pas ou qu'il croit faux. Et c'est ainsi qu'un journal libre se mesure autant à ce qu'il dit qu'à ce qu'il ne dit pas. Cette liberté toute négative est, de loin, la plus importante de toutes, si l'on sait la maintenir. Car elle prépare l'avènement de la vraie liberté. En conséquence, un journal indépendant donne l'origine de ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives, pallie par des commentaires l'uniformisation des informations et, en bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces. Cette mesure, si relative qu'elle soit, lui permet du moins de refuser ce qu'aucune force au monde ne pourrait lui faire accepter : servir le mensonge.
Nous en venons ainsi à l'ironie. On peut poser en principe qu'un esprit qui a le goût et les moyens d'imposer la contrainte est imperméable à l'ironie. On ne voit pas Hitler, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres, utiliser l'ironie socratique. Il reste donc que l'ironie demeure une arme sans précédent contre les trop puissants. Elle complète le refus en ce sens qu'elle permet, non plus de rejeter ce qui est faux, mais de dire souvent ce qui est vrai. Un journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d'illusions sur l'intelligence de ceux qui l'oppriment. Il est pessimiste en ce qui regarde l'homme. Une vérité énoncée sur un ton dogmatique est censurée neuf fois sur dix. La même vérité dite plaisamment ne l'est que cinq fois sur dix. Cette disposition figure assez exactement les possibilités de l'intelligence humaine. Elle explique également que des journaux français comme Le Merle ou Le Canard enchaîné puissent publier régulièrement les courageux articles que l'on sait. Un journaliste libre, en 1939, est donc nécessairement ironique, encore que ce soit souvent à son corps défendant. Mais la vérité et la liberté sont des maîtresses exigeantes puisqu'elles ont peu d'amants.
Cette attitude d'esprit brièvement définie, il est évident qu'elle ne saurait se soutenir efficacement sans un minimum d'obstination. Bien des obstacles sont mis à la liberté d'expression. Ce ne sont pas les plus sévères qui peuvent décourager un esprit. Car les menaces, les suspensions, les poursuites obtiennent généralement en France l'effet contraire à celui qu'on se propose. Mais il faut convenir qu'il est des obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie organisée, l'inintelligence agressive, et nous en passons. Là est le grand obstacle dont il faut triompher. L'obstination est ici vertu cardinale. Par un paradoxe curieux mais évident, elle se met alors au service de l'objectivité et de la tolérance.
Voici donc un ensemble de règles pour préserver la liberté jusqu'au sein de la servitude. Et après ?, dira-t-on. Après ? Ne soyons pas trop pressés. Si seulement chaque Français voulait bien maintenir dans sa sphère tout ce qu'il croit vrai et juste, s'il voulait aider pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l'abandon et faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait gagnée, au sens profond du mot.
Oui, c'est souvent à son corps défendant qu'un esprit libre de ce siècle fait sentir son ironie. Que trouver de plaisant dans ce monde enflammé ? Mais la vertu de l'homme est de se maintenir en face de tout ce qui le nie. Personne ne veut recommencer dans vingt-cinq ans la double expérience de 1914 et de 1939. Il faut donc essayer une méthode encore toute nouvelle qui serait la justice et la générosité. Mais celles-ci ne s'expriment que dans des coeurs déjà libres et dans les esprits encore clairvoyants. Former ces cœurs et ces esprits, les réveiller plutôt, c'est la tâche à la fois modeste et ambitieuse qui revient à l'homme indépendant. Il faut s'y tenir sans voir plus avant. L'histoire tiendra ou ne tiendra pas compte de ces efforts. Mais ils auront été faits.

05/09/2011

Lancement du Prix Lucas Dolega



Le 17 janvier 2011 à Tunis, le photographe Lucas Dolega nous quittait, alors qu’il couvrait la « Révolution du Jasmin». Pour rendre hommage à Lucas, et, à travers lui, à tous les photojournalistes qui risquent leur vie pour la liberté d’informer, sa famille, ses proches, ses amis, décident de créer une association Lucas Dolega et de lancer un prix photographique.
Destiné à soutenir les photographes qui exercent leur activité dans des conditions souvent difficiles et sur des zones pouvant comporter des risques pour assurer la diffusion d’une information libre et indépendante, ce prix a pour essence de récompenser un photographe qui par son engagement personnel, son implication sur le terrain, ses prises de position et la qualité de son travail, aura su témoigner de son attachement à la liberté de l’information.
Les participants devront présenter un reportage ayant pour sujet un conflit (guerres civiles ou militaires, émeutes, attentats ou manifestations publiques), une révolution, une catastrophe naturelle, ou de leurs conséquences pour les populations civiles.
Organisé en partenariat avec la Mairie De Paris et avec le soutien de Reporters sans frontières, le prix Lucas Dolega récompensera chaque année un photographe d’un prix de 10.000 euros, d’une exposition à Paris et d’une parution dans l’album de RSF.

Modalités et informations :
Le règlement complet du Prix et la fiche de participation seront consultables et téléchargeables sur le site du Prix Lucas Dolega début septembre.

Contact association Lucas Dolega
Ludivine Gaudry
Tél : +33 616664319
E-mail : ludivinegaudry@lucasdolega.com

18/01/2011

Un regard s'est éteint

Le photojournaliste Lucas Mebrouk Dolega est décédé à Tunis des suites de ses blessures lundi matin. Il avait été grièvement blessé le 14 janvier par un tir tendu de grenade lacrymogène devant le ministère de l'Intérieur tunisien. Il avait 32 ans et il est le premier journaliste français mort dans l'exercice de sa profession depuis 1985 selon RSF. Il travaillait depuis 2006 pour l'EPA (European Press Agency). Sa passion l'a amené à rendre compte de la révolution tunisienne, une révolution réprimée dans le sang par un régime dont la censure de la presse était l'une des clefs de voûte.

Je l'avais connu durant ma formation au CFPJ. Pendant deux ans, tout en nous formant, nous avions appris à nous connaître. Nous avions partagé notre passion de l'information et même un peu plus... Il n'était pas qu'un confrère, il était aussi un pote. La vie nous a ensuite menés sur des voies différentes, des chemins qui au fil du hasard se sont parfois croisés sur Paris.

A l'époque j'avais pris la petite graine qui poussait en lui pour de l'inconscience, celle de la jeunesse. Mais lorsque cette graine est nourrie de passion et de talent, elle mûrit et laisse alors éclore la fleur du courage. Lucas avait l'œil du photographe, le regard du journaliste ; aujourd'hui ces yeux où brûlait tant de passions se sont éteints.

Repose en paix!


Lisez l'article de Paris Match, celui du Point et regardez ci-dessous la vidéo de BFM Tv:




28/10/2010

Encuentros con Pedro Miguel en Aguascalientes



En los próximos días estará en Aguascalientes Pedro Miguel, editorialista de La Jornada (nacional) y Premio Nacional de periodismo. Dará una conferencia en la Universidad Autónoma de Aguascalientes este jueves (hoy); partcipará en un encuentro con la Sociedad Civil que tendrá lugar en Los Arquitos el sábado 30.





27/10/2010

Ne pas confondre communication et information

Salariés en grève à la raffinerie de Reichstett dans le Bas-Rhin. Vincent Kessler / Reuters


Depuis le début de la semaine, le gouvernement annonce dans les médias l'essoufflement du mouvement sur les retraites, la fin du conflit, etc. Il nous annonce notamment la levée des blocages de certaines raffineries. Étant donné l'importance, tant symbolique qu'effective, de ces piquet de grèves, qui ont servit de point de ralliement pour de nombreux manifestants, l'annonce de la reprise du travail dans ces raffineries sonnait comme un coup de massue pour beaucoup d'opposants à la réforme.

Tout paraît simple, clair et beau comme un ciel azur... Mais voilà, depuis qu'on nous sature d'information, le ciel n'est jamais azur que derrière un voile de matière bien trop grise.

Voici un texte trouvé sur Indymedia Nantes qui prend le contre-pied de la communication gouvernementale:

Les raffineries ne redémarreront pas !!!

Quelle surprise d'entendre sur France Inter : «Trois raffineries ont suspendu le mouvement et vont reprendre de l'activité». Alors que la veille, lors d'une visite aux grévistes de la raffinerie de Donges, la détermination était là, et aussi pour toutes les autres. Renseignement pris auprès d'un délégué CGT de la raffinerie de Donges, il s'avère que ça n'est pas prêt de repartir.

Petite explication… Il y en effet trois raffineries qui ont suspendu le mouvement. La raffinerie de Reichstett (Bas-Rhin), de la compagnie helvétique Petroplus, qui venait d’annoncer sa volonté de fermer définitivement le site pour le transformer en simple terminal pétrolier, supprimant au passage 253 emplois sur 255. Le mouvement a été suspendu suite à la garantie de la part de la direction de ne plus fermer le site ! La raffinerie est alimentée en pétrole brut par un pipeline qui vient du port pétrolier de Fos-sur-Mer, qui lui est en grève et ne lâche rien. La raffinerie ne peut donc pas redémarrer !

Deux raffineries du groupe Exon, une à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et une à Port-Jérôme (Seine-Maritime). Elles ont toutes les deux suspendu le mouvement après que la direction ait mis le paquet sur la table et leur ait proposé le paiement intégral des jours de grève !! Tout en sachant qu'elles ne pourraient pas redémarrer aussi. En effet celle de Fos est alimentée par le même terminal pétrolier de Fos-sur-Mer. Celle de Normandie est alimentée par l'entreprise SIM qui est également en grève et ne lâche rien!!

Les neuf autres raffineries (six du groupe Total, une Petroplus, deux Basell) sont toujours dans le mouvement contre la mise en place de la réforme des retraites !! La pénurie de pétrole ne s'éloigne pas. L'approvisionnement par bateau ne suffira pas à couvrir les besoins quotidiens. Ce n'est pas le moment de se faire duper par une presse mal renseignée et démobilisatrice !! Continuons à généraliser la grève, à durcir le ton et à soutenir les grévistes. Des caisses de solidarité circulent un peu partout, pour celle de Donges on en est à 30.000 €.

Méfiant de nature, surtout en ces temps où l'information (propagande/communication) est essentielle, j'ai rapidement fait un tour de la toile pour savoir où en était la reprise du travail à la raffinerie de Reichstett (racines alsaciennes obligent!). Le résultat est que selon le site de L'Usine nouvelle, si le mouvement a bien été suspendu, la raffinerie ne pourra pas redémarrer avant la fin de la semaine ou le début de la semaine prochaine. De plus, les salariés précisent qu'ils reprendront le mouvement, et de manière plus dure encore, si la direction revenait sur sa décision de ne pas fermer le site. Sur le site de L'Expansion, là aussi la date de reprise de l'activité évoquée est la semaine prochaine. L'article insiste également sur la spécificité du mouvement qui a touché Reichstett, puisque les salariés n'étaient pas en grève par rapport au projet de loi sur les retraites mais à cause de l'annonce de Petroplus de fermer le site.

Si le site a repris la distribution de produit depuis lundi, les activités de raffinage sont bel et bien encore arrêtées. On apprend toute fois dans Le Parisien et Le Figaro qu'aujourd'hui (27 octobre) des militants CGT de la raffinerie de Reichstett ont brièvement bloqué le site vers 8h30 dans le cadre de la mobilisation contre la réforme des retraites. Durant près de trois heures, ils ont empêché le va et vient des camions de livraison de produit raffiné. Maintenant qu'ils sont (un peu) rassurés sur l'avenir du site, les salariés de la raffinerie alsacienne entrent dans le mouvement contre la réforme des retraites. La reprise du raffinage ne semble pas encore pour demain.

En temps de crise l'information est un produit aussi explosif que l'essence...

Trop d'info peut aveugler... mais recouper, sélectionner peut éclairer!

19/10/2010

Huelgas en Francia

Lyon. Cientos de miles de trabajadores y estudiantes franceses protagonizan una jornada más de protestas y huelga en todo el país contra la reforma a las jubilaciones del gobierno de Nicolas Sarkozy. Ap


Para entender mejor lo que pasa en Francia, leen este articulo de La Jornada:

Crecen las protestas en Francia; Sarkozy dice usará fuerza ante caos

Siguen sumándose estudiantes en todo el país a las movilizaciones. Diez universidades están cerradas.

Agencias
Publicado: 19/10/2010 10:01

París. Francia vive este martes una nueva y más fuerte jornada de huelgas y protestas contra la reforma de la jubilación impulsada por el presidente Nicolas Sarkozy, quien anunció medidas para enfrentar la escasez de combustible y amenazó con recurrir a las fuerzas del orden para evitar "desbordamientos" (leer lo que sigue)...


Les recomiendo también estos artículos en Rebelión:

La huelga general no son las huelgas "reconducibles". Texto de Jean Puyade, militante del Nuevo Partido Anticapitalista (NPA)

Batalla final contra la reforma de Sarko. Texto de Eduardo Febbro

Si leen el francés encontraran todo en Le Monde, Libération, Rue89, y para escuchar los gritos de terror de los conservadores Le Figaro.