… l'UMP ressemble désormais à une armée mexicaine, sans véritable chef. Tout ce beau monde va se marcher sur les pieds. (1)
Christian Estrosi
Deux ans plus tôt, Maximilien avait été jugé et fusillé… avec les rêves américains de Napoléon III.
… l'UMP ressemble désormais à une armée mexicaine, sans véritable chef. Tout ce beau monde va se marcher sur les pieds. (1)
Christian Estrosi
C’est un lutteur populaire, un héros mexicain mondialement connu !Un justicier masqué sorti de l’anonymat en occultant son visage. Ce n’est pas Zorro, il n’existe pas sans son masque. Ce n’est pas Marcos, son combat est solitaire! C’est…
El Santo apparaît pour la première fois sur un ring le 26 juin 1942 à l’Arena México. L’homme au masque d’argent fait ses débuts parmi les mauvais garçons de la lucha libre (2), los rudos (3). Il changera bien vite de camp, rejoignant celui des bons, los técnicos (4). Huit mois plus tard, il gagne son premier titre en poids welter NWA. En 20 ans de carrière, il remportera 5 titres mondiaux et 3 nationaux. Mais son ascension, avant tout cinématographique, va métamorphoser le lutteur en icône populaire. En 1948, Santo débute sa carrière de super-héros dans les pages d’un comic. Il y amorce sa lutte contre le mal, les assassins déments et les créatures sataniques. Le vent qui souffle alors au nord du Mexique y amène la culture de masse, la BD et les séries Z ou B. Des millions de Mexicains allaient bientôt pouvoir suivre ses exploits sur les rings, dans les cases dessinées ou sur grand écran … 52 films, ou 53 si on compte la première apparition de l’homme au masque d’argent. Santo y est interprété par un autre catcheur, el Médico Asesino. Ce n’est que 6 ans plus tard, en 1958, que le véritable Santo fera ses débuts dans le 7e art. Un ciné sans moyens, où le kitch tient lieu d’esthétique mais qui donna naissance à ce super-héros du tiers-monde.
El Santo, drapé dans son impeccable cape rouge et argent, évolue au milieu de décors de carton-pâte, de maquettes de châteaux gothiques, de laboratoires remplis d’éprouvettes fumantes et de monstres épouvantables qui fondent au soleil. A eux seuls les titres révèlent l’intrigue : Santo contre le Cerveau du Mal, Santo contre les zombies, contre les femmes vampires ou contre les momies de Guanajuato. Le mythe le désigne comme le descendant d'une longue lignée de héros qui affrontent les forces du mal depuis des siècles… et qui continueront encore après sa fin. Ses films devinrent des succès commerciaux grâce à la bonté et l’altruisme du personnage… Et à son humilité. Une fois les méchants hors d’état de nuire, le héro sautait dans sa Jaguar décapotable et mettait les gaz.
1 : Tape, tape, tape, ne perd pas la tête, parce que si tu la perds, tu perds le chemin. Tape, tape, tape, tape et il l’a pas eu, enlevez-lui le bâton parce c’est moi qui suis. T’as tapé une fois, t’as tapé deux fois, t’as tapé trois fois et ton temps est écoulé.
Histoires de bus
La doyenne de l’Etat d’Aguascalientes allait fêter ses 107 ans dans trois semaines et espérait devenir la doyenne des Mexicains. Elle a été renversée et tuée par un autobus qui roulait trop vite. (1)

La nuit est déjà tombée. Un bus arrive… trop tard pour le chopper à l’arrêt. Je marche jusqu’au bord de la route et lève le bras. Le bus vient se garer devant moi. Je souffle une dernière taffe de la cigarette à peine allumée, et grimpe à bord. Un mec est assis sur une caisse, à coté du chauffeur. Leurs chemises sont ouvertes. Un rideau bleu à liseré blanc descend sur la moitié du pare-brise. Une forte odeur d’encens me prend aux nez. Je donne 5 pesos. Gracias. Les veilleuses aussi sont bleues. Quelques volutes montent des clopes des deux compères. Je m’assois juste derrière. La paroi métallique qui cache le chauffeur est ornée d’une vierge de Guadalupe. Au dessus est replié un hamac coloré. La cumbia (5) se faufile jusqu’aux rares passagers. Un peu plus loin le pote du chauffeur se retourne : "Y’en a qui vont à droite ?" Personne ne réagit et le bus continue droit devant, évitant la boucle de la ligne 6, dans un crissement mécanique. Le bus bleu ne passe pas pour tout le monde.
1 : Brève lue dans les DNA (Dernières Nouvelles d'Alsace!) fin novembre
1 : Les deux rives de Carlos Fuentes, folio bilingue, Editions gallimard
Bonne après-midi à tous. Nous sommes un peu en retard et nous vous demandons de bien vouloir nous excuser mais nous nous sommes heurtés à des géants multinationaux qui voulaient nous empêcher d’arriver. Le major Moisés nous dit que ce sont des moulins à vent, le commandant Tacho que ce sont des hélicoptères. Moi je vous dis que vous ne devez pas les croire : c’étaient des géants. (1)

Le théâtre de l’opprimé est un système d’exercices physiques, de jeux esthétiques, de techniques d’images et d’improvisations spéciales, dont le but est de sauvegarder, développer et redimensionner cette vocation humaine, en faisant de l’activité théâtrale un outil efficace pour la compréhension et la recherche de solutions à des problèmes sociaux et personnels. (1)
Il fait encore chaud ce 24 août lorsque la voiture de patrouille emmène Lupita au commissariat San Pablo. Quelques minutes plus tôt, à deux pas de la cathédrale, autour de la table de l’association Gays en acción positiva, quelques préservatifs ont volé. Lupita s’indignait de ce déballage honteux en public. Elle défendait avec conviction la foi et la fidélité contre le Sida, seule contre l’avis des passants. Un père, avec son jeune fils, tentait de lui expliquer le bien-fondé de la démarche militante. Lorsqu’elle a jeté les capotes et les tracts, la police l’a embarquée. Problème ! Lupita fait partie de notre groupe de théâtre de l’invisible… Bien que ce jeu de rue suppose qu’on ne dévoile jamais sa face cachée, nous en avons informé les policiers. Pour préserver leur masque d’autorité ils embarquèrent tout de même Lupita, avant de la relâcher peu après.
Le théâtre de l’invisible est l’une des techniques du théâtre de l’opprimé décrites par Boal dans les années 70. Pour lui, Aristote a étouffé la vocation présente en chacun de nous. En séparant le peuple-spectateur et l’aristocrate-acteur, le tragédien de l’antiquité a fait du théâtre une catharsis, un moyen de purger le spectateur de ses mauvais penchants. Pour Aristote l’art, comme la science, doivent suppléer la nature dans son mouvement vers l’idéal.
Boal, lui, a créé la scène d’un contexte révolutionnaire… Un théâtre conçu pour ces périodes où les repères moraux s’effritent, à la recherche d’une nouvelle culture. Un théâtre qui redescend dans la rue ou fait monter le spectateur sur scène. Théâtre-.journal, théâtre-image, forum ou de l’invisible… en sont des déclinaisons.
L’un des groupes du stage avait choisi le thème du Sida pour parler de ce qui d’ordinaire est tu. L’Etat d’Aguascalientes se targue d’être la terre des bonnes gens. Mais c’est aussi l’un des plus réactionnaires. Pourtant, loin des discours convenus de la masse, des médias, les hydrocalidos se sont montrés solidaires des gays et lesbiennes. La plupart des participants à l’atelier, comme les militants associatifs qui ont joué le jeu, ont été surpris par leurs concitoyens… Le théâtre de l’invisible ne cherche pas à vérifier la prévisibilité des gens. Les acteurs et le public vivent une situation imaginée, mais inspirée de la réalité. L’expérience est riche pour les spectateurs qui deviennent, un instant, acteurs de la vie, comme pour les acteurs parfois embarqués au bout d’eux-mêmes… et de leur personnage.
A Ciudad Juarez dans l’Etat de Chihuahua, depuis 1993, plus de 400 femmes ont été torturées, violées puis sauvagement assassinées. Le nombre des disparues s’élève à plus de 600! Malgré la mobilisation nationale et internationale, les gouvernements de l’Etat et du Mexique ne semblent toujours pas pressés d’élucider les meurtres. Il y a quelques années un politicien n’hésitait pas à fustiger les tenues indécentes des victimes.
Elles avaient entre 12 et 29 ans. Elles étaient pour la plupart ouvrières dans les nombreuses maquiladoras. Ces usines de production, attirant une main-d’œuvre aussi inépuisable que les profits des transnationales, ont fait de la ville l’une des plus peuplées du pays. Située à la frontière avec les USA, Ciudad Juarez est un pont entre deux mondes.
Il y a dans le sort des femmes de Juarez un peu de la malédiction de La Malinche.
Le mythe véhicule l'opinion contradictoire du peuple mexicain sur la condition de la femme. Pour certains
Une autre figure féminine de l’imaginaire mexicain peuple la frontière de deux mondes. Celle de
De la conquête espagnole à l’esclavage industriel, demeure cette culpabilisation de la femme. La mère de tous les maux, la catin vendue à l’étranger. Pourtant de Chihuahua au Chiapas des femmes se lèvent pour leurs droits. Pour effacer ces images qui parfois peuvent tuer… des salles d’avortement clandestin aux ruelles sombres de la cité des mortes. Ecoutez ! des pleurs résonnent encore cette nuit. Ce sont les larmes de Juarez.
Photos: Hélène Michoux
Les élégantes ne déambulent plus depuis longtemps dans les rues de Mexico. Les scènes d’exécutions et d’émeutes populaires qui hantaient le Mexique au passage du XXe siècle, ont cédé la rue aux automobiles, à la pollution et aux hommes pressés. Pourtant il reste de cette époque des images encore vivantes, palpitantes : les gravures de José Guadalupe Posada.1 : Têtes de mort et par extension les squelettes
1 : Je suis comme le piment vert, pleureuse, piquant mais savoureux. Extrait de Llorona, chanson traditionnelle ranchera.
En ce début de saison sèche, la chaude lumière du soleil s’infiltre partout dans les rues, rehausse les couleurs des façades et réchauffe l’atmosphère d’Aguascalientes. Le dimanche, les hommes portent souvent santiags, stetson et ceinturon.
En arrivant, à part l’image d’un désert peuplé de cactus, serpents et bandits aux cartouchières et moustaches bien fournies, j’ignorais tout du passé indigène de la région. Un passé effacé de l’Histoire et du quotidien.
Le nord du Mexique accueillait pourtant de multiples peuples : Pames, Guachichiles, Zacatecos et ici, à Aguascalientes, Caxcanes. Le nom générique de Chichimecas s’apparenterait aux barbares de nos contrées. Un terme péjoratif, emprunt de récits sanglants, qu’utilisaient les Espagnols et leurs alliés indigènes pour justifier les massacres. Pourtant l’image tutélaire qu’avaient ces peuples du guerrier, à la fois chasseur et gardien de son clan, était bien éloignée de l’organisation de puissantes armées.
À présent, de ces peuples nomades qui habitaient la région, il ne reste rien… à peine quelques pointes de leurs flèches meurtrières. Ils n’ont pas légué au présent les temples de leurs démons. Ils dormaient souvent où la nuit les cueillait, dans des cavernes ou de sommaires habitations. On en trouve parfois l’évocation au détour d’un poème de Juan Pablo de Avíla (1) :
Leurs légendes leur ont survécu. Des récits qui prêtent vie au Cerro del Muerto, la colline aux lignes cadavériques qui dort au sud-ouest d’Aguascalientes. Refuges des gardiens indigènes de la ville, corps d’un prêtre Chichimecas… les rumeurs courent telles les sources d’eau chaude de la région.
Ces « chiens sans colliers » (l’une des interprétations du nom) ont résisté deux siècles durant à la colonisation. Cet esprit de révolte a depuis attiré l’attention de celles et ceux qui luttent pour rendre leur dignité aux peuples oubliés. L’idée « romantique » de tribus réfractaires au centralisme de la civilisation aztèque rejoint ici une théorie anthropologique. L’autonomie des campagnes serait l’une des causes du déclin des empires précolombiens, comme celui des Mayas. À l’arrivée des Espagnols le nomadisme des Chichimecas, qui avait décliné au contact des peuples mésoaméricains, retrouvait alors un nouvel essor. Mobiles et habiles guerriers, ils furent longs à accepter la fin de leur monde.
Ce passé indigène peut alors devenir une empreinte sur la terre rougeâtre de la colline du Mort, un pas hors des sentiers battus et asphaltés de la globalisation culturelle.