"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

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29/03/2012

Anonymous: mouvement disséqué





Vidéo intéressante qui reprend, dans le plus pur style graphique du collectif d'hacktivistes, l'essai de Gabriella Coleman (traduction d'Elodie Chatelais), essai qui tente de comprendre le phénomène Anonymous.
Écoutez et faites-vous votre propre idée!




01/12/2011

Contribuons... il en sortira bien quelque chose



Wikileaks en partenariat avec - entre autre - le site d'info français Owni révèle l'ampleur du marché de la surveillance sur le net... mais pas des écoutes à petite échelle, à la "The Wire", mais un espionnage de masse. Un marché estimé à près de 5 Milliards de dollars!
Voilà l'adresse pour feuilleter le dossier d'Owni. Pour celles et ceux qui lisent l'anglais, vous pouvez faire un tour sur la page dédiée de Wikileaks.
Si plus que les mots vous avez besoin d'une carte pour matérialiser cette nouvelle grille de lecture, et d'écoute, celle concoctée par la "méta-rédaction" des partenaires de Wikileaks sur ce coup devrait vous plaire.

Intéressant aussi de lire ce qu'en disent les médias traditionnels:
Le Monde tout d'abord nous amène à ce monde de surveillance par notre caractère cocardier, puisque le quotidien du soir titre sur "une technologie française" ayant permis à Kadhafi d'espionner des opposants libyens jusqu'à l'étranger.
Libé titre sur Wikileaks s'attaquant à sa nouvelle cible: la surveillance des réseaux.
Au final Libé lance un cri d'alarme par l'entremise d'Olivier Laurelli, co-fondateur de reflets.info: "On présume toute une population coupable. Ce sont des armes de guerre !"
Le Figaro, comme Le Monde,  moins cri du cœur, semble déplorer le manque de "régulation international" de ce marché.


Sinon, comme je traînais sur Owni, j'ai lu "Vers une économie de la contribution", qui présente des piste de réflexions pour un dépassement du capitalisme grâce à l'apport en terme de pratiques des outils web et notamment des expériences de communautés nées autour de Wikipedia ou des logiciels libres, mais aussi des AMAP. Le philosophe Bernard Stiegler, fondateur d’Ars Industrialis, y décrit le consumérisme comme la deuxième phase de prolétarisation des peuples. Extrait:
"Au 20ème siècle, un nouveau modèle s’est substitué au capitalisme industriel et productiviste du 19ème : le consumérisme, qu’on assimile au Fordisme et qui a cimenté l’opposition producteur/consommateur. Le capitalisme productiviste supposait la prolétarisation des ouvriers. Ceux-ci perdaient tout leur savoir-faire qui était transféré aux machines. Avec le consumérisme, ce sont les consommateurs qui perdent leur savoir-vivre, ce qui constitue la deuxième phase de la prolétarisation."

 A ce vol des savoir-faire et des savoir-vivre, le philosophe oppose donc cette économie de la contribution, basée sur les savoirs de chacun comme nutriments et la passion, les projets comme le feu de cuisson.

Un autre projet évoluant dans cet esprit "contributionniste" - non évoqué dans l'article - serait bien les "#Op" des Anonymous. Au Mexique, les hacktivistes lancent une nouvelle opération: #OpCarreterasSeguras (Op routes sûres), comme l'annonce l'hebdo d'investigation mexicain Proceso.
 "Les passagers sont en constant danger d'être violés, recrutés par le crime organisé, assassinés et dépouillés de leurs biens. Beaucoup de ces passagers sont des migrants des pays d'Amérique centrale contraints de traverser le Mexique pour gagner les USA", dénonce Anonymous dans son message vidéo.



 

08/01/2011

Jouons à wikileaks

Qu'est-ce que Wikileaks Stories?
Wikileaks Stories est une initiative de fabrique de jeux lancé par Gnome's Lair. Le but de Wikileaks Stories est d'apporter son soutien à Wikileaks et faire connaître les informations contenues dans les fuites par le biais de médias interactif ; d'utiliser la puissance du jeux afin de se battre pour la démocratie et la liberté.
Pourquoi faites-vous cela?
Parce que nous croyons que l'art doit être plus qu'une abstraction et un engagement personnel. Parce aue nous croyons que l'artiste n'a pas une existence hors de l'histoire, et qu'il a une obligation envers la vérité. Parce que nous croyons en ces valeurs plus très à la mode telles que la démocratie, la transparence et la liberté.

Voici comment se présente les initiateurs de Wikileaks Stories sur le site dédié. Pour l'instant le projet en est encore à ses balbutiements puisqu'un seul jeu vient garnir la pages "games". Mais il y a fort à parier que les hacktivistes de la transparence sauront se saisir de l'offre pour donner aux fuites de Wikileaks une nouvelle forme plus ludique... à suivre donc.
En attendant n'hésitez pas à jeter un œil sur le jeu leakyworld, conçu par Paolo Pedercini du collectif "molle industria"... attention tout de même de pas vous faire trop de nœuds dans la tête ;)
Lisez l'interview de Pedercini parue dans la section Ecran de Libé.fr le 8 janvier:


«Le jeu est un aperçu étrange, abstrait et analytique du cerveau d’Assange»

par Marie Lechner

Paolo Pedercini, créateur de Molle Industria, explique ce qui a motivé sa participation à Wikileaks stories et la conception de son jeu Leaky World.

Traiter Wikileaks sous la forme d’un jeu relève du challenge ?

J’ai décidé de réaliser ce jeu comme contribution au projet Wikileaks Stories. C’est le seul effort activiste concerté dans le domaine du jeu à ce jour. Toutefois, je ne pense pas que les jeux sont particulièrement adaptés pour « raconter des histoires » et les histoires issues des cables diplomatiques sont certes intéressantes mais pas aussi cataclysmiques qu’annoncées. Et c’est pour cette raison que finalement tout le monde a fini par parler du préservatif cassé d’Assange: la chasse à l’homme et l’intrigue de ce double rendez vous était paradoxalement une histoire plus forte et plus passionnante à raconter et à consommer.

Par conséquent, j’ai pensé que la meilleure chose à faire était de dézoomer cette narration réductrice « États-Unis versus hackeur fou » et de favoriser une approche plus systémique. J’ai utilisé un texte d’Assange comme point de départ et le résultat est un aperçu étrange, abstrait, analytique (et évidemment spéculatif) du cerveau d’Assange.

Vous qualifiez Leaky World d’une théorie jouable. Quelles problématiques de Wikileaks souhaitiez vous véhiculez en priorité ?

Je pense que La conspiration comme gouvernance est une bonne description du conflit entre le pouvoir transnational et la multitude connectée de l’ère internet. Lorsque nous parlons de Wikileaks, nous avons tendance à focaliser sur les questions de la liberté de l’information et les limites du « whistleblowing » (1) mais Assange a une vision plus ambitieuse. L’objectif de Wikileaks n’est pas juste d’exposer des scandales occasionnels et de restaurer la légalité et la transparence mais d’affaiblir systématiquement un réseau en perpétuel évolution d’institutions militaires, politiques, économiques qui « conspirent » en permanence. La « conspiration » ici n’est pas un complot de dessin animé sur la domination mondiale, mais une façon d’opérer plus triviale et plus ubiquiste. La classe dirigeante a besoin d’opérer en secret simplement parce que sa suprématie se fait aux dépens de la liberté et la réalisation de soi de la majorité des gens. C’est une théorie et comme toute théorie, elle prête à débat, mais quoiqu’il en soit, elle jette une perspective intéressante sur toute l’affaire Wikileaks.

(1) Le whistleblowing, déclenchement d’alerte, est le geste accompli par un individu qui est témoin, dans son activité professionnelle, d’actes illicites et qui, par civisme, décide d’alerter les autorités ayant le pouvoir d’y mettre fin.

Photo Régine Debatty, CC BY SA

06/01/2011

Réflexions autour de Wikileaks VII

Les vacances sont finies mais je tire encore un peu sur la corde de la facilité et vous propose pour clore ce tour de textes au sujet de Wikileaks deux articles. Le premier est à prendre pour ce qu'il est, une petite info rigolote, sans prétentions aucune, mais qui nous rappelle que l'art politique, si (peu) diplomatique soit-il n'est jamais vraiment éloigné de l'art poétique... Lisez donc l'article Des Haïkus cachés dans les mémos de Wikileaks sur le blog, hébergé par Le Monde, Big Browser.
Enfin je soumets à votre sagacité ce texte, lu en parcourant Le Monde, ainsi que ces liens tirés du site du même journal:




Haïkus tiré du site Haïkuleaks


WikiLeaks, au secret du commerce

par Jean Cattan, faculté de droit d'Aix-en-Provence, diplômé du Collège d'Europe



Les cables diplomatiques révélés par WikiLeaks ont emporté avec eux un morceau imposant de cette vaste barrière qui protégeait la terre du secret. Un morceau de plus tombé au son de la marche triomphante d'Internet. Un adultère, un mauvais mot, une conspiration ou un plagiat, Internet brasse tout. Comme dans Le Mot de Victor Hugo, chaque secret se voit pousser des ailes pour se répandre à la vitesse de la lumière. Jamais il n'a été aussi vrai que "Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes ; Tout, la haine et le deuil !"


Nos vies privées, nos vies publiques, nos vies partagées et nos vies cachées ; toutes sont concernées et ne font désormais plus qu'une : la vie d'un village. Un village avec ses cafés, plus ou moins fermés. Aujourd'hui, nous nous émouvons face à ce constat simple, brutal et finalement bien triste : le café de la diplomatie ne vaut guère plus que celui du commerce. Le café de la diplomatie, comptoir des rêves et de notre imaginaire. Tout au plus vaut-il le comptoir d'un bar-tabac. Changeons de maison, allons pour un autre café ? Que pensez-vous de celui du Goncourt ? Détrompez-vous, il se dit qu'il ne vaudrait pas mieux qu'une cafétéria étudiante. D'ailleurs, un autre Wiki y aurait aussi fait sa petite révolution. N'ayons pas là le moindre regret. Les cloisons tombent à la vitesse des mythes et c'en est pour le mieux.


Que l'on pense à ces diplomates que l'on aime pour leur élégance, leur savoir, leur jardin privé ou encore leur inaccessibilité. Derrière leur masque, ils sont l'incarnation d'une verticalité indue qui n'est décidément plus de mise. Le piètre écrivain s'excuse dans les remerciements de La carte et le territoire de ne pas pouvoir, faute de moyens, faire de recherches aussi importantes que celles d'un écrivain américain. Soit. Qu'il rende son prix et que l'on n'en parle plus.

TRANSPARENCE
Mais le diplomate, lui, a des privilèges : une valise diplomatique, un passeport, une fiscalité généreuse, des salaires au-dessus de tout et des administrations aux petits soins. Pourquoi ? Pour des banalités et une absence de discernement totale quant à la nécessité de veiller à ses conversations. La diplomatie mondiale est décidément surcotée. Le changement qu'elle va subir sera colossal. Il sera aussi douloureux si elle ne le prend pas elle-même en main. L'homme des révélations pourra être condamné, ses agissements conspués par les législateurs du monde entier, l'accès aux informations toujours plus sécurisé… Magie du numérique, tout cela sera vain. Le changement n'en sera alors que plus douloureux si on lui résiste.


Pour autant, le changement ne doit pas nécessairement aller vers la transparence absolue. La transparence entraîne inévitablement la constitution de nouvelles parcelles de secrets. Le secret est en nous. Nous le cultivons et le chérissons parce que nous en avons besoin.
On se souviendra de cette photographie des grands chefs d'Etats réunis autour d'une table microscopique lors du sommet de Copenhague. L'exposition toujours plus pressante au public pousse les tenants de la verticalité à se retrouver en marge de la foule là où la foule était à la marge. Et ce, au prix d'une inefficacité certaine.

Si le secret doit être gardé, lui ne pourra plus garder nos hontes, nos archaïsmes et nos hiérarchies absurdes. Le respect du secret s'imposera là où le secret garde ce qui doit être respecté. Jusqu'à présent, le seul secret qui soit tombé est celui de cette identité entre les craintes et le savoir de tous et la prétendue expertise de quelques-uns. Plus jamais le secret ne pourra déguiser ces inégalités et incivilités ignorantes de notre démocratie.

03/01/2011

Réflexions autour de Wikileaks VI

Pour bien commencer l'année 2011 je vous propose un texte en espagnol, tiré de la revue en ligne Rebelion, ainsi que quelques liens, toujours en espagnol et toujours autour de Wikileaks. Vous y trouverez, malgré son peu d'intérêt, la réflexion du camarade Fidel (Castro, évidemment) qui relève tout de même que ce n'est pas une puissance équivalente qui met à genoux l'empire américain. Malheureusement sa rhétorique lui fait voir Assange comme un nouveau leader alors qu'il me semble n'être que la figure de proue d'une équipe - Wikileaks - et que les véritables héros sont celles et ceux qui prennent les risques en envoyant des documents confidentiels.



Para empezar este ano nuevo les propongo un texto en español, leído en la revista en linea Rebelion, y algunos otros vínculos, sobre Wikileaks, también en español. Podrán leer, al pesar del poco de interés que tiene, la crónica del compañero Fidel (Castro por supuesto) que nota que no es una potencia equivalente que puso al imperio gringo de rodilla. Desfortunadamente ve a Assange como nuevo líder... pero se me hace que no es nada mas que la cara de todo un equipo - Wikileaks - y que los verdaderos héroes son los que toman riesgos para enviar documentos clasificados.



Quien esta detras de Wikileaks - primera parte

Quien esta detras de Wikileaks - parte 2

Del companero Fidel

Wikileaks esta pensado para hacer el capitalismo mas libre y etico




El reto de Wikileaks
Juan Carlos Monedero


Algo olía a podrido al sur de Dinamarca cuando las últimas filtraciones de Wikileaks fueron a parar a los medios que precisamente llevaron, por el ocultamiento obstinado de informaciones comprometidas, al nacimiento de la propia Wikileaks. Las repentinas conversiones, incluidas las de la prensa libre, no siempre responden al llamado de la fe. La información que se está brindando de los 250.000 cables refuerza las líneas editoriales tradicionales, más allá de algunos regalos que permiten pelear con más fuerza frente a alguna tropelía (Guantánamo o Couso, pruebas de la sumisión de las autoridades españolas a Estados Unidos). Los borrones de la mucha tinta están pudiendo a las letras. Wikileaks, que se significó y adquirió credibilidad por sus informaciones sobre Kenia, Timor, Irak o Afganistán, se ponía ahora en manos de un neocártel informativo (Der Spiegel, The New York Times, The Guardian, Le Monde, El País) que compartía secretos, reglas y tamices. Si de las filtraciones del Watergate salieron los fontaneros políticos, en el neocártel, la fontanería es tarea de los propios medios.
El eco de los grillos aturde: que EEUU mantiene sus redes por el planeta; que los gobiernos latinoamericanos son, de una manera u otra, sospechosos; que los países árabes, aliados o no, sólo son tratables bajo el choque de civilizaciones; que los terroristas siguen conspirando; que Europa oscila entre el ridículo y la sumisión; y que Israel no aparece por ningún lado, aunque todo lo filtrado refuerza su peculiar manera de leer el mundo. En un curioso bucle, el poder imperial ha logrado poner en el planeta el más importante altavoz de sus interesados puntos de vista. No por culpa de Wikileaks, sino merced a la fontanería de ese neocártel que está elevando a verdad mundial las opiniones de embajadores, y también las del sastre de Panamá, de Tintín o del atribulado Cónsul Honorario de Graham Greene.
No conviene leer los cables filtrados como chismes o señal de la mala información de la diplomacia. Todo lo contrario. Los análisis serios no se hacen in situ. La inteligencia está en los servicios de estudios, universidades y fundaciones del país investigador, no del investigado. La tarea de las embajadas, por el contrario, consiste en captar informantes, espías y agentes, algo que se logra no con inteligencia, sino con dinero, chantaje, sexo, concesión de estatus o invitaciones a un rancho, una cacería, una intermediación o un desayuno con vistas. No es que los cables sean chuscos, es que la diplomacia es así. Y pese a su ridículo, al igual que los anuncios de detergentes, es útil. La sumisión de judicaturas, bancas, fiscalías y ejecutivos (los parlamentos, impotentes, ni aparecen) demuestra que esa diplomacia vulgar y anecdótica, como las monarquías campechanas, es profundamente eficaz.
Pero Wikileaks no debe confundirse con la espuma de los cables estadounidenses. La reclamación de una red libre y la exigencia de una información veraz y transparente ha roto uno de los principales requisitos del modelo neoliberal: presentar los privilegios como premisa del interés general. Las respuestas en la red ante esas empresas, a las que no les molesta el Ku Klux Klan pero sí el presupuesto kantiano de la publicidad de las normas, señala una nueva pelea. Se ha empezado a hablar de la primera ciberguerra mundial. Al tiempo, el terrorismo de Estado apunta con convertirse en ciberterrorismo de Estado (incluidas detenciones sobre la base de acusaciones fabricadas). Wiklileaks y los voluntarios que comparten una nueva forma de compromiso en el éter de las redes representan un internacionalismo de nuevo perfil, alejado de las internacionales socialistas, comunistas o trotskistas, y también de ese germen de V Internacional que pretendía constituirse con los descolgados de las anteriores y los movimientos sociales. Esta VI Internacional no tiene sujeto, programa ni centro, moviliza puntualmente a brigadas o pelotones, es líquida, cambiante, dispersa y está conectada como la propia sociedad en la que opera. Por vez primera en la etapa del capitalismo de los últimos 60 años, la sociedad puede ir tan deprisa como las estructuras económicas del sistema. Si la bolsa se mueve por Twitter, los activistas también. No es extraño predecir que la inmediata gran batalla, derrotada por el momento la clase obrera por su nostalgia del bienestar perdido, el miedo a descender en la escala social, la televisión anestesiante y la falta de alternativas, tenga lugar en internet. Su trinchera será su democratización o su control. Wikileaks ha señalado la puerta del ágora mundial. ¿Quién tiene la llave?
Dice Slavoj Zizek que la filosofía germana, el utilitarismo inglés y la diplomacia francesa se expresan en sus retretes. El alemán deja las deyecciones patentes para su oportuno análisis. Los anglosajones evacúan en el agua para, según convenga, inspeccionar o eliminar los detritos. Los franceses mandan directamente las deposiciones a un agujero, lejos de la vista, lo que permite, diplomáticamente, negar cualquier relación del interfecto con las heces. Wikileaks nos ha hecho a todos guardianes de la mierda. Puede mirarse a otro lado, pero ahí está. Se trata de ver si, con las manos y la conciencia manchadas, pasamos a corresponsabilizarnos y romper el circuito perverso que confunde soberanía con privilegios. Como a aquel polluelo caído del nido en el invierno, el estiércol diplomático puede hacernos revivir y también atraer al gato con nuestro restablecido piar. Pese a las dudas del pájaro, el gato dudará menos cuando, satisfecho, se lo esté comiendo.

31/12/2010

Réflexions autour de Wikileaks V

Pour éviter les maux de tête dus à des réflexions trop intenses en cette dernière journée de l'année (pour les maux de tête dus à un réveillon arrosé je ne peux rien), je vous propose un dessin, publié sur rue89 le 25 décembre dernier. Comme la série de textes piochés dans la presse, les traits d'Hervé Baudry esquissent, ici avec humour, les contours de ce nouvel Objet Virtuel Non Identifié qu'est Wikileaks.
Bonne année!



28/12/2010

Réflexions autour de Wikileaks IV

Après la pause de Noël, on retourne à nos réflexions sur Wikileaks, avec un article de rue89 traitant du manifeste de Julian Assange. Indispensable pour comprendre le phénomène Wikileaks.

Bonne lecture

" Aveugler la conspiration " : dès 2006, la conception de WikiLeaks


Photo : Julian Assange lors d'une conférence de presse à Genève, le 4 novembre 2010 (Valentin Flauraud/Reuters).


En 2006, alors qu'il s'apprêtait à lancer WikiLeaks, Julian Assange avait déjà théorisé sur son blog sa conception de la transparence, et l'importance de prendre le contrôle de l'information contre le pouvoir. Extraits de ce manifeste toujours d'actualité.
Le blog personnel de Julian Assange, Iq.org, n'est plus en ligne, mais il reste accessible via le site internet Archive. On y trouve notamment un texte daté du 3 décembre 2006, intitulé « De la conspiration comme mode de gouvernance ». Un manifeste annonçant les actions d'éclat de WikiLeaks, jusqu'à la révélation dimanche soir de milliers de documents sur les secrets de la diplomatie américaine.

Dans ce texte, Julian Assange estime que les régimes politiques « autoritaires » reposent sur des conspirations, et que ces conspirations tirent elles-mêmes leurs forces des informations dont elles disposent. Pour affaiblir ces régimes, il faudrait donc manipuler ces informations ou limiter leur circulation.

Avec WikiLeaks, Julian Assange est passé à la pratique. En allant plus loin : prendre le contrôle de l'information, ce n'est plus la manipuler pour tromper le pouvoir, mais la diffuser au plus grand nombre. F.K.


Lisez ici le document complet, en anglais, et un extrait en français ci-dessous:

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Pour changer radicalement le comportement d'un régime, nous devons penser avec clarté et audace, car si nous avons appris une chose, c'est que les régimes ne veulent pas être changés. Nous devons aller plus loin que ceux qui nous ont précédés et découvrir des technologies fournissant des moyens d'action dont nos prédécesseurs ne disposaient pas. […]

Des « conspirations » basées sur le secret

Lorsque nous disposons de détails sur le fonctionnement interne des régimes autoritaires, nous observons des interactions « conspirationnelles » au sein de l'élite politique, pas seulement destinées à obtenir des faveurs au sein du régime, mais constituant la principale méthode de planification pour maintenir ou renforcer le pouvoir autoritaire.

Les régimes autoritaires créent des forces qui s'opposent à eux, en repoussant les désirs de vérité, d'amour et d'accomplissement du peuple. Les plans destinés à préserver le régime autoritaire, lorsqu'ils sont dévoilés, suscitent encore davantage de résistance.

Le succès des pouvoirs autoritaires repose donc sur la dissimulation de ces procédés. […] Ce secret collaboratif, au détriment de la population, suffit à définir leur attitude comme celle de conspirateurs. […]

L'information circule d'un conspirateur à l'autre. Tous les conspirateurs ne se connaissent pas ou ne se font pas confiance, même s'ils sont tous connectés. Certains sont à la marge de la conspiration, d'autres sont au centre et communiquent avec beaucoup de conspirateurs, et d'autres ne peuvent connaître que deux conspirateurs mais constituer un lien entre des sections ou des groupes importants au sein de la conspiration. […]

Les conspirations utilisent des informations sur le monde dans lequel elles opèrent (l'environnement « conspirationnel »), les transmettent aux conspirateurs et ensuite agissent sur le résultat. Nous pouvons considérer les conspirations comme une machine dotée d'entrées (les informations sur l'environnement), d'un processeur (les conspirateurs et leurs liens les uns avec les autres) et de sorties (les actions destinées à changer ou à préserver l'environnement).

« Tromper ou aveugler les conspirations »

Puisqu'une conspiration est une sorte d'appareil cognitif qui agit sur des informations acquises dans son environnement, déformer ou restreindre ces données entrantes signifie que les actions basées sur celles-ci risquent de se révéler déplacées. Les programmeurs appellent cet effet le « garbage in, garbage out » [en français, « déchets à l'entrée, déchets à la sortie » : l'idée qu'introduire une donnée erronée risque d'aboutir à un résultat lui aussi erroné, ndlr]. […]

Un homme enchaîné comprend qu'il aurait dû agir plus vite, car sa capacité à influencer les actions de l'état s'est épuisée. Pour faire face aux actions « conspirationnelles » les plus puissantes, nous devons penser par anticipation et attaquer le processus qui conduit vers elles, puisque nous ne pouvons rien faire contre ces actions elles-mêmes.

Nous pouvons tromper ou aveugler une conspiration en déformant ou en restreignant l'information à laquelle elle a accès. […]

Une conspiration autoritaire qui ne peut pas penser n'a pas le pouvoir de se préserver contre les opposants qu'elle a elle-même générés.

Quand nous observons une conspiration autoritaire dans son ensemble, nous voyons un système d'organes qui interagissent, une bête avec des artères et des veines dont le sang peut être épaissi et ralenti jusqu'à ce qu'elle chute, frappée de stupeur, incapable de comprendre suffisamment et de contrôler les forces présentes dans son environnement. […]

Le 31 décembre 2006, Julian Assange revient sur le sujet avec un nouveau billet. Et, cette fois-ci, il souligne les « effets des fuites sur les systèmes de gouvernance injustes » :

Plus une organisation est secrète ou injuste, plus des fuites peuvent susciter la peur et la paranoïa au sein de ses dirigeants. […] Puisque les systèmes injustes, par leur nature même, génèrent des opposants, et peinent souvent à garder le contrôle de la situation, des fuites de masse les rendent extrêmement vulnérables. […]


Sur rue89 vous pouvez lire aussi:

Représailles de l'empire et contre-offensive des barbares

Wikileaks, la pire agence de renseignement du peuple

24/12/2010

Réflexions autour de Wikileaks III

Allez, aujourd'hui pas de prise de tête et on rigole un peu avec Wikileaks!
Voici un dessin de Martin Vidberg, dessinateur du Monde, auteur de la série l'actu en patates... chaudes!
Alors Wikileaks est-il dangereux?



23/12/2010

Réflexions autour de Wikileaks II

Troisième texte pour essayer de réfléchir autour des questions soulevées par Wikileaks, ses méthodes et cette transparence qui déchire, entre partisans et détracteurs... après avoir lever un coin du rideau derrière lequel les puissants tirent les ficelles d'un spectacle qui déplaît de plus en plus aux citoyens de moins en moins enclins à rester simple spectateurs de leur vie et de celle du monde.
Aujourd'hui je vous propose un texte d'Umberto Eco, paru dans le Libé des philosophes du 2 décembre. Dans le même numéro de Libé, lisez ou relisez:

La dictature de la transparence par Elisabeth Roudinesco

Ogre Internet et journalistes, un nouveau rapport de force par Jean-Claude Monod

Quand le citoyen se complaît dans le complot
par Françoise Gaillard


Bonne lecture...


Hackers vengeurs et espions en diligence

Umberto Eco


L’affaire WikiLeaks a une double valeur. D’un côté, elle se révèle un scandale apparent, un scandale qui n’apparaît comme scandale que devant l’hypocrisie qui régit les rapports entre les Etats, les citoyens et la presse. De l’autre, elle annonce de profonds changements au niveau international, et préfigure un futur dominé par la régression.

Mais procédons par ordre. Le premier aspect de WikiLeaks, c’est la confirmation du fait que chaque dossier constitué par un service secret (de quelque nation que ce soit) est composé exclusivement de coupures de presse. Les «extraordinaires» révélations américaines sur les habitudes sexuelles de Berlusconi ne font que rapporter ce qui depuis des mois pouvait se lire dans n’importe quel journal (sauf ceux dont Berlusconi est propriétaire), et le profil sinistrement caricatural de Khadafi était depuis longtemps pour les artistes de cabaret matière à sketch.
La règle selon laquelle les dossiers secrets ne doivent être composés que de nouvelles déjà connues est essentielle à la dynamique des services secrets, et pas seulement en ce siècle. Si vous allez dans une librairie consacrée à des publications ésotériques, vous verrez que chaque ouvrage répète (sur le Graal, le mystère de Rennes-le-Château, les Templiers ou les Rose-Croix) exactement ce qui était déjà écrit dans les ouvrages antérieurs. Et ce non seulement parce que l’auteur de textes occultes n’aime pas faire des recherches inédites (ni ne sait où chercher des nouvelles sur l’inexistant), mais parce que ceux qui se vouent à l’occultisme ne croient qu’à ce qu’ils savent déjà, et qui reconfirme ce qu’ils avaient déjà appris. C’est le mécanisme du succès de Dan Brown. Idem pour les dossiers secrets. L’informateur est paresseux, et paresseux (ou d’esprit limité) le chef des services secrets (sinon il pourrait être, que sais-je, rédacteur à Libération), qui ne retient comme vrai que ce qu’il reconnaît. Les informations top secret sur Berlusconi que l’ambassade américaine de Rome envoyait au Département d’Etat étaient les mêmes que celles que Newsweek publiait la semaine d’avant.
Alors pourquoi les révélations sur ces dossiers ont-elles fait tant de bruit ? D’un côté, elles disent ce que toute personne cultivée sait déjà, à savoir que les ambassades, au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et depuis que les chefs d’Etats peuvent se téléphoner ou prendre un avion pour se rencontrer à dîner, ont perdu leur fonction diplomatique et, exception faite de quelques petits exercices de représentation, se sont transformées en centres d’espionnage. N’importe quel spectateur de films d’enquête sait très bien cela, et ce n’est que par hypocrisie que l’on fait semblant de l’ignorer. Toutefois, le fait de le répéter publiquement viole le devoir d’hypocrisie, et sert à placer sous une mauvaise lumière la diplomatie américaine. En second lieu, l’idée qu’un hacker quelconque puisse capter les secrets les plus secrets du pays le plus puissant du monde porte un coup non négligeable au prestige du département d’Etat. Aussi le scandale ne met-il pas tant en crise les victimes que les «bourreaux».
Mais venons-en à la nature profonde de ce qui est arrivé. Jadis, au temps d’Orwell, on pouvait concevoir tout pouvoir comme un Big Brother qui contrôlait chaque geste de ses sujets. La prophétie orwellienne s’était complètement avérée depuis que, pouvant contrôler chaque mouvement grâce au téléphone, chaque transaction effectuée, l’hôtel visité, l’autoroute empruntée et ainsi de suite, le citoyen devenait la victime totale de l’œil du pouvoir. Mais lorsque l’on démontre, comme ça arrive maintenant, que même les cryptes des secrets du pouvoir ne peuvent échapper au contrôle d’un hacker, le rapport de contrôle cesse d’être unidirectionnel et devient circulaire. Le pouvoir contrôle chaque citoyen, mais chaque citoyen, ou du moins le hacker - élu comme vengeur du citoyen -, peut connaître tous les secrets du pouvoir.
Comment un pouvoir qui n’a plus la possibilité de conserver ses propres secrets peut-il tenir ? Il est vrai, Georg Simmel le disait déjà, qu’un vrai secret est un secret vide (et secret vide ne pourra jamais être dévoilé) ; il est vrai, aussi, que tout savoir sur le caractère de Berlusconi ou de Merkel est effectivement un secret vide de secret, parce que relevant du domaine public ; mais révéler, comme l’a fait WikiLeaks, que les secrets de Hillary Clinton étaient des secrets vides signifie lui enlever tout pouvoir. WikiLeaks n’a fait aucun tort à Sarkozy ou à Merkel, mais en a fait un trop grand à Clinton et à Obama. Quelles seront les conséquences de cette blessure infligée à un pouvoir très puissant ? Il est évident que dans le futur, les Etats ne pourront plus mettre en ligne aucune information réservée - cela reviendrait à la publier sur une affiche collée au coin de la rue. Mais il est tout aussi évident qu’avec les technologies actuelles, il est vain d’espérer pouvoir entretenir des rapports confidentiels par téléphone. Rien de plus facile que de découvrir si et quand un chef d’Etat s’est déplacé en avion et a contacté l’un de ses collègues. Comment pourront être entretenus dans le futur les rapports privés et réservés ? Je sais bien que, pour l’instant, ma prévision relève de la science-fiction et est donc romanesque, mais je suis obligé d’imaginer des agents du gouvernement qui se déplacent de façon discrète dans des diligences aux itinéraires incontrôlables, en n’étant porteurs que de messages appris par cœur ou, tout au plus, en cachant les rares informations écrites dans le talon d’une chaussure. Les informations seront conservées en copie unique dans des tiroirs fermés à clef : au fond, la tentative d’espionnage du Watergate a eu moins de succès que WikiLeaks.
J’ai eu l’occasion d’écrire que la technologie avance maintenant en crabe, c’est-à-dire à reculons. Un siècle après que le télégraphe sans fil a révolutionné les communications, Internet a rétabli un télégraphe sur fils (téléphoniques). Les vidéocassettes (analogiques) avaient permis aux chercheurs en cinéma d’explorer un film pas à pas, en allant en avant et en arrière et en en découvrant tous les secrets du montage, alors que maintenant les CD (numériques) ne permettent que de sauter de chapitre en chapitre, c’est-à-dire par macroportions. Avec les trains à grande vitesse, on va de Rome à Milan en trois heures, alors qu’en avion, et les déplacements qu’il inclut, il faut trois heures et demie. Il n’est donc pas extraordinaire que la politique et les techniques de communications en reviennent aux voitures à cheval.
Une dernière observation. Autrefois, la presse essayait de comprendre ce qui se tramait dans le secret des ambassades. A présent, ce sont les ambassades qui demandent les informations confidentielles à la presse.


Traduit de l’italien par Robert Maggiori
Umberto Eco est titulaire de la chaire de sémiotique de l’université de Bologne. «De l’arbre au labyrinthe : Etudes historiques sur le signe et l’interprétation», Grasset, 2010. «Il Cimitero di Praga», Bompiani, 2010.

22/12/2010

Réflexions autour de Wikileaks

Avec ses fuites en séries, ses révélations qui parfois n'en sont pas vraiment, Wikileaks bouleverse les États, les démocraties et force la réflexion sur les notions de secret, de transparence.
La divulgation de documents sert-elle les citoyens ou au contraire renforce-t-elle en eux le sentiment de complots? Jusqu'à quel point ces divulgations ne sont-elles pas elles-mêmes des poisons (ou virus, terme plus adéquat) distillés par les États eux-mêmes? Wikileaks, en offrant l'anonymat à ses sources peut aussi devenir, dans un futur plus ou moins proche, un nouveau média manipulable par d'autres puissances que celles de citoyens luttant contre les abus d'états plus ou moins dictatoriaux ou démocratiques. Wikileaks est-il l'outil des citoyens pour "casser" les codes des élites et empêche-t-il alors les États, les dirigeants de plonger dans l'ombre une partie de ses agissements? La transparence est un absolu indépassable? Un absolu forcément opposé au secret? Ou transparence et ombre ne sont-ils que les faces opposées d'une même médaille?

Après le texte de Luis de Miranda "Qui règne par le code tombera par le code", je vous propose une série de textes piochés sur Libé, Le Monde, Rue89, ou d'autres... afin de voir plus clair dans cet afflux de lumières et éviter les dictatures du secrets ou celles de la transparence.
Commençons donc avec un article de Jean-Christophe Rufin: "Wikileaks ou la troisième révolte" Le texte d'un des co-fondateur de Médecins sans-frontières ne cherche pas à juger les agissements de Wikileaks, mais tente de l'inscrire dans le mouvements des organisations citoyennes qui décident de ne pas jouer le jeu des États et de leurs lois...

Bonne lecture



WikiLeaks ou la troisième révolte


Médecins sans frontières-WikiLeaks : mêmes méthodes, même combat ? Le rapprochement des deux mouvements peut choquer. Le premier est une association respectable et reconnue, saluée comme utile à l'humanité ; l'autre est un site Internet quasi clandestin, considéré, à la suite de ses dernières révélations, comme irresponsable.


A y regarder de plus près, il existe pourtant une parenté, voire une filiation, entre les deux démarches. L'une et l'autre se veulent l'émanation de citoyens refusant la raison d'Etat. L'une et l'autre ont pour ennemi la guerre et ses victimes car WikiLeaks, par-delà le sensationnalisme de ses dernières productions, est avant tout un site militant dont l'objectif est de mettre fin aux engagements militaires américains. L'une et l'autre enfin ont été créées sur l'idée que la justice est un impératif supérieur au droit, si bien qu'une juste cause rendrait licite l'usage de tout moyen d'action, fût-il illégal. Cette parenté n'est pas une coïncidence.
Elle est le fruit d'une histoire, la nôtre, depuis le sursaut libertaire de Mai 68 et la fin des grandes idéologies qui plaçaient l'intérêt de l'Etat au-dessus de celui des individus. L'âge des droits de l'homme est celui de la revanche du citoyen, dressé contre l'Etat et défendant, face à lui, ses libertés et ses droits. Ce mouvement citoyen a connu, depuis le début des années 1970, trois étapes successives. Chacune d'elles procède de l'échec de la précédente, échec réel ou supposé, mais qui nourrit la conviction que quelque chose de nouveau doit être inventé et tenté.


Manifestation en faveur de Julian Assange, fondateur de Wikileaks





LE PREMIER ÂGE FUT DOMINÉ PAR L'HUMANITAIRE
Il s'est construit sur une critique radicale du système caritatif en vigueur depuis le XIXe siècle et symbolisé par la Croix-Rouge. Le mouvement créé par Henri Dunant se caractérise par son respect des Etats, son désir de fonder et de garantir un droit dans la guerre, et enfin, une stricte neutralité. Cette méthode connaîtra à ses débuts de grands succès. Elle va toutefois être mise en échec tout au long du XXe siècle. Les Etats totalitaires se montrent inaccessibles à toute démarche d'humanité, la neutralité peut conduire, à l'extrême, à secourir le bourreau tout autant que la victime. Enfin, la guerre du Biafra montrera que le droit peut constituer non pas un outil pour soulager les souffrances mais au contraire un moyen pour empêcher les secours (au nom de la "souveraineté nationale").
De ces échecs va naître l'impulsion "sans-frontièriste". L'idée est simple : des citoyens libres, armés de leur seule conscience morale et des moyens que leur donnent d'autres citoyens informés par la presse, peuvent aller secourir des victimes où qu'elles se trouvent. On connaît l'immense fortune de cette démarche pendant les deux dernières décennies du siècle passé. La mobilisation humanitaire a changé le visage des conflits. Elle a élaboré des méthodes d'action que les autres, y compris la Croix-Rouge, se sont ensuite efforcés d'imiter. Elle a accompagné la généralisation du témoignage, formant avec la presse un couple efficace, permettant de faire connaître au monde le sort de ceux que l'on assassine, de l'Ethiopie au Cambodge, de l'Afghanistan à l'Amérique centrale.
Ce premier âge du mouvement citoyen est parvenu à son apogée au tournant du millénaire. Il reste vivant et actif. Pourtant, on ne peut s'empêcher de remarquer qu'il connaît depuis quelques années une crise profonde. Crise paradoxale, d'ailleurs, qui procède plutôt d'un énorme succès. Car les associations "sans-frontièristes", après la mobilisation plus ou moins improvisée des débuts, sont devenues pour la plupart des organisations structurées et professionnelles. Robin des bois a de la graisse autour du ventre. L'humanitaire aujourd'hui est riche, et cette prospérité provient en grande partie des bailleurs de fonds internationaux. Certes, ces bailleurs ne sont pas des Etats mais néanmoins des institutions émanant d'eux, comme l'Union européenne, ce qui pose inévitablement le problème de l'indépendance, voire de la neutralité.
Les ONG fondées sur l'idée de la transgression du droit n'hésitent pas aujourd'hui à se placer elles-mêmes sous la protection de ce droit. Et paradoxalement, ce sont les Etats, en particulier le plus actif d'entre eux sur la scène internationale, les Etats-Unis, qui ont récupéré le thème de la transgression, retournant à leur profit l'idée d'un droit d'ingérence. On a ainsi vu des Etats invoquer des motifs humanitaires pour violer la souveraineté des autres, tandis que dans le même temps les ONG se montraient de plus en plus soucieuses de respecter la légalité internationale...
A cela s'ajoute le principal grief que les pacifistes ont toujours adressé aux humanitaires : leurs efforts pour humaniser la guerre n'ont aucun effet sur le déclenchement et la prolongation des conflits eux-mêmes. Jamais les organisations humanitaires ne sont parvenues à apporter la paix, elles ne contribuent pas non plus à réduire les inégalités entre riches et pauvres qui constituent le principal défi du sous-développement en marche ; elles n'ont aucune action sur la dégradation de l'environnement et son cortège de famines, d'exode rural et de menaces sur la santé. Bref, l'humanitaire n'est pas efficace sur le fond des problèmes. Peu importe que ce ne soit ni sa vocation ni son mandat : les espoirs qu'il a suscités ont généré des attentes auxquelles il est incapable de répondre.




DEUXIÈME ÂGE : L'ALTERMONDIALISME
Une deuxième génération de mouvements citoyens est contemporaine de ce constat d'échec. Elle est symbolisée par des groupes comme Attac, qui lutte contre les inégalités économiques, Greenpeace, dans le domaine écologique ou, en ce qui concerne la prévention des conflits, International Crisis Group ou la communauté Sant'Egidio. A leur manière différente, chacune de ces associations se fixe pour objectif d'agir sur les causes et non sur les effets, de se situer à la racine des problèmes et non à la surface des choses.
Mais, à cette différence près, le principe d'action reste le même : ces mouvements prétendent s'affranchir des règles de droit ou des contraintes politiques qui caractérisent les Etats et ils leur opposent la force et la liberté de la mobilisation citoyenne. Quand des faucheurs d'OGM pénètrent sur une propriété privée, quand Greenpeace fait naviguer ses bateaux dans des zones interdites par les militaires, quand la communauté Sant'Egidio fait voyager clandestinement des chefs de guerre recherchés par toutes les polices pour leur permettre de négocier avec leurs adversaires, le mouvement citoyen s'affranchit des règles, au nom de l'intérêt supérieur du but moral qu'il poursuit.
Ce type d'action a connu de grands succès. Cependant, la deuxième génération du mouvement citoyen marque elle aussi le pas. L'altermondialisme s'est fragmenté et affaibli, en jouant le jeu institutionnel. Entre, d'un côté, une écologie de gouvernement défendue par des partis politiques de plus en plus classiques et, d'un autre, un activisme antiétatique qui affirme sa volonté de prêcher la "décroissance", l'équilibre est de plus en plus difficile à trouver. Les contradictions sont profondes et nuisent à la cohérence du mouvement.
Enfin, dans le domaine de la prévention des conflits, si quelques succès ont pu être obtenus sur des guerres "périphériques", l'action citoyenne n'a pas trouvé le moyen de s'opposer efficacement aux guerres menées par les grandes puissances (Chine au Tibet, Russie dans le Caucase et Etats-Unis en Irak et en Afghanistan).




TROISIÈME ÂGE : ÉCOLOGIE RADICALE ET MILITANTISME VIRTUEL

C'est là qu'intervient la troisième génération des mouvements citoyens, celle que nous découvrons aujourd'hui par ses actions spectaculaires. L'écologie radicale avait déjà donné l'exemple. Des groupes militants défendant la cause animale ou l'intérêt de la planète se sont déjà illustrés, aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, par des actions spectaculaires et totalement illégales. S'appuyant sur une philosophie élaborée (l'écologie dite "profonde"), ces mouvements n'hésitent pas à s'en prendre à l'homme en tant que représentant d'une espèce honnie, responsable à leurs yeux de tous les maux. Ils sont de plus en plus portés à l'action violente et attentent régulièrement à la sécurité des personnes ou des biens.
Dans les autres domaines, lutte contre les inégalités et prévention des conflits, une évolution analogue est perceptible. L'actualité de ces dernières semaines nous en a fourni plusieurs exemples qui vont du tragique au ridicule. Deux héros se sont partagé l'attention des médias : Julian Assange, d'un côté, avec sa fuite au retentissement planétaire ; Eric Cantona, de l'autre, avec une initiative dérisoire, mal préparée et mal pensée mais qui visait explicitement à démontrer la toute-puissance du citoyen face au "système" financier.
L'idée centrale de WikiLeaks appartient tout à fait à la logique du marketing. Il s'agit de donner à une activité jusque-là artisanale une dimension industrielle. Cette activité, c'est la fuite de documents sensibles ou de témoignages confidentiels. Elle a toujours été pratiquée, à petite échelle, par les journaux, certains s'en faisant une spécialité comme Le Canard enchaîné. Avec WikiLeaks, on change de dimension. La fuite porte sur des quantités de documents gigantesques et leur diffusion est assurée par le puissant relais de journaux de premier plan. La transgression, dans ce cas, change de nature. De moyen, elle devient une fin et constitue le coeur même de l'action. L'illégalité, la provocation, voire la clandestinité deviennent alors la règle et la méthode d'action. Vol de matériel, cyberattaques, témoignages de personnels soumis au devoir de réserve, tout est légitime, si c'est pour la cause.
Ce nouvel âge de l'action citoyenne est fortement marqué par l'influence croissante des réseaux virtuels. Ce n'est peut-être pas l'une des moindres causes de cette tendance à la transgression que sa dématérialisation dans l'espace cybernétique. Un vol réel par effraction, la destruction effective d'un bien appartenant à autrui sont des actes lourds et qui supposent une part difficile à assumer de violence physique. Au contraire, les aventuriers du Net se présentent volontiers comme des "doux".
Leur violence se déploie dans un espace proche de celui des jeux vidéo, espace où rien n'est vraiment grave, où le joueur dispose de plusieurs vies, où le désir de gagner écarte toute préoccupation morale.
Reste que si les méthodes sont nouvelles, les motivations, elles, restent classiques et placent ces nouvelles formes d'action dans la continuité de l'histoire de la révolte citoyenne commencée quarante ans plus tôt. Les ambitions de Julian Assange telles qu'on peut les comprendre sont de type altruiste (sans préjuger de la part trouble de manipulation qu'elles peuvent dissimuler). Il se revendique comme "militant". Ses premières actions avaient clairement pour but de discréditer dans l'opinion les opérations militaires américaines et de mettre un terme aux guerres dans lesquelles elles s'inscrivent. Dans son dernier "coup", spectaculaire, l'ambition s'est élargie. D'après un des correspondants français de WikiLeaks, Julian Assange aurait avoué vouloir "rendre le système meilleur". Ses prochaines cibles seraient d'ailleurs les institutions financières.
Qui a vécu, à trente ans de distance, la naissance de la première génération des mouvements citoyens sous la forme de l'action humanitaire reconnaîtra aisément dans cette rhétorique le même idéalisme qui sous-tendait la création des organisations "sans frontières". Voilà pourquoi j'ai la conviction qu'existe entre ces différentes démarches, malgré de profondes différences de culture, de moyens et surtout de génération, une profonde parenté.
Parenté ne veut pas dire adoption. Reconnaître la continuité de la démarche ne signifie pas y adhérer. Au contraire, les excès actuels de la révolte citoyenne font apparaître des contradictions que d'autres formes d'action plus consensuelles - en particulier l'humanitaire - laissaient dans l'ombre. Le problème de principe que pose ce type d'initiative est clairement celui des limites.
Quand la révolte citoyenne s'applique à un Etat totalitaire, sa légitimité est difficilement contestable, quelle que soit la forme que prend l'action. Il en va tout autrement dans les Etats démocratiques. La question de l'équilibre entre pouvoir d'Etat et contre-pouvoir citoyen est alors posée dans toute son acuité. Peut-on mettre en balance les institutions démocratiques, issues de la libre expression de la volonté populaire, et l'activisme d'un nombre, fût-il élevé, de protestataires. Un slogan, lu pendant les manifestations contre les retraites, résumait bien le problème : "Ce que 500 députés ont fait, trois millions de manifestants peuvent le défaire."


L'initiative citoyenne sous toutes ses formes, en particulier les centaines de milliers d'associations qui couvrent tous les champs d'activité, s'est à l'évidence constituée aujourd'hui en cinquième pouvoir dans les démocraties. La dernière génération de mouvements citoyens que symbolise WikiLeaks a le mérite de présenter de ce cinquième pouvoir un visage extrême et inquiétant qui interroge sur ses limites. Rétif par nature à tout contrôle, multiple, insaisissable, impossible à unifier et sans doute à réguler, ce cinquième pouvoir est en train d'acquérir une puissance qui menace tous les autres. En poussant sa logique au plus loin, il est possible d'imaginer que l'activité de ce cinquième pouvoir peut, à terme, rendre les démocraties impossibles à réformer et peut-être même à gouverner, les secrets impossibles à protéger, l'autorité, même émanant de la loi et garantie par la justice, impossible à exercer.

Par-delà l'intérêt de ses révélations, le mérite de WikiLeaks est de rendre ce débat nécessaire. Jusqu'où le citoyen est-il fondé à aller contre l'Etat dans un régime démocratique ? A partir de quel seuil passe-t-on de la mobilisation utile à la menace contre le contrat social ? Toutes ces questions étaient contenues en germe dans les formes d'action plus consensuelles. Elles sont dévoilées aujourd'hui par l'action désinhibée des petits-enfants de Mai 68.



Jean-Christophe Rufin, médecin, écrivain et diplomate. Né en 1952, il a été l'un des pionniers de Médecins sans frontières. De 2007 à 2010, Jean-Christophe Rufin a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie. Membre de l'Académie française depuis 2008, il est l'auteur de nombreux romans dont "Rouge Brésil" (Gallimard, 2001), qui lui a valu le prix Goncourt, et "Katiba" (Flammarion, 392 p., 20 €). Jean-Christophe Rufin, médecin, écrivain et diplomate


Article paru dans l'édition du Monde du 21.12.10

15/12/2010

WikiLeaks : qui règne par le code tombera par le code

par Luis de Miranda






























L’être humain est un animal protocolaire. Nos comportements obéissent, consciemment ou non, à des codes. Jusqu’à une époque récente, le protocole était un instrument de pouvoir hégémonique. Plus on maîtrisait les règles et leur construction, plus on contrôlait la population. L’écriture et la police des protocoles étaient le privilège des élites. Internet est aujourd’hui le lieu par lequel l’humanité est en train de prendre conscience que la liberté passe par la reprise en main collective de la construction et de la réinvention des protocoles. Le nom de WikiLeaks restera comme l’un des jalons de cette démocratisation. Dans le mot « WikiLeaks », « Leaks » est important : ce sont les « fuites » grâce auxquelles les cercles décideurs qui jadis apparaissaient solides comme le roc se liquéfient et perdent de leur superbe. Mais « Wiki » est tout aussi signifiant : cela veut dire que tout un chacun peut contribuer à cette démystification active des protocoles.

Quel est le point commun entre Internet et les cercles diplomatiques ? Ce sont deux mondes régis par des protocoles très stricts, mais de manière inversée. La rigueur diplomatique est un vernis de surface qui permet toutes les hypocrisies, les coups bas et trahisons. Le protocole est mis en scène, tandis que les manœuvres restent dans l’ombre. La rigueur d’Internet se trouve au contraire dans tout ce que l’on ne voit pas : dans ses codes sources, dans ses standards universels d’écriture des programmes et de traitement des informations (par exemple, sur Internet, les standards RFC, TCP/IP ou HTML). Ce qui est visible immédiatement, sur le Net, c’est un joyeux chaos, la turpitude, la liberté d’expression, toutes les manifestations du kaléidoscope humain. Nous sommes depuis longtemps vaguement familiers des codes qui régissent la vie plus ou moins feutrée des ambassades, ces règles plus ou moins tacites d’étiquette, de préséance et de relations entre les Etats et leurs émissaires. Nous connaissons moins bien la récente logique opératoire de la technologie numérique.

Wikileaks est le produit de la culture hacker. Un hacker, ce n’est pas un méchant boutonneux qui provoque la troisième guerre mondiale en bidouillant des computeurs. Un hacker est un acteur du réel : sa pratique repose sur le reverse engineering, ou rétroconception. Qu’est-ce à dire ? Il s’agit de déconstruire les programmes, les règles ou les protocoles construits par des groupes à vocation monopolistique pour comprendre comment ils sont bâtis à la source, afin de les modifier et de devenir acteur de ses propres instruments de communication, si possible en open source, c’est-à-dire conformément à l’esprit des logiciels libres, modifiables par tous ceux qui se donnent la peine de connaître la logique numérique des protocoles. Mais cette manière de faire, les hackers ne la limitent pas aux programmes numériques : à force de passer le plus clair de leur temps sur Internet, les jeunes générations ont désormais l’algorithme dans la peau : elles comprennent à quel point nos protocoles mondains, nos règles politiques et sociales, nos comportements, nos goûts, nos croyances, nos identités ont été construites et sont des instruments de contrôle.

Le monde diplomatique, celui des dirigeants, n’est certes pas sacré. Beaucoup l’ont répété dans leurs analyses, les fuites de WikiLeaks ne sont pas très surprenantes dans le contenu. Mais n’oublions pas que « le message, c’est le médium », selon la fameuse et toujours éclairante formule de Marshall McLuhan. La force de l’événement historique en cours réside dans la forme plutôt que dans le fond. Cet événement se dit ainsi : le « numérisme », à savoir la codification globale de nos représentations en suites électroniques binaires est un nouvel ADN universel. Ce numérisme, par effet de contraste, met de plus en plus à jour une tendance humaine complémentaire, le « créalisme », volonté de s’autonomiser, de se maintenir librement à l’écart des automatismes, tout en reprenant en main une recréation démocratique des protocoles. En anglais, cela se dit empowerment ; en français, capacitation.

Les vieux mondes analogiques élitistes du double langage et du bluff, ceux notamment de la politique, ne peuvent qu’être ébranlés. Le message qu’envoie WikiLeaks à ceux qui gouvernent est le suivant : à présent que vous avez recours à la logique numérique pour organiser le monde et contrôler les masses, sachez que les masses pourront avoir accès, comme vous, à ce protocole universel pour le détourner ou en démasquer les usages hégémoniques. Une démocratisation inévitable, sauf à mettre en prison tous ceux qui connaîtraient la programmation informatique, tentation qui semble démanger certains dirigeants, y compris en France.

Celui qui règne par le code tombera par le code. Ceux qui entendent contrôler les masses par la biométrie, le contrôle électronique, doivent s’attendre à voir les protocoles numériques se retourner contre eux grâce à la vigilance de quelques-uns, pourvu qu’Internet et la presse restent libres. Une liberté qui ne doit pas être que technique, mais critique et constructive. Car n’oublions jamais, avec Orwell, que le numérisme seul, sans créalisme collectif, ne mènera pas à plus de démocratie, mais seulement au meilleur des mondes.


Dernier ouvrage paru : « De l’art d’être libres au temps des automates » (Max Milo, 2010).

Paru dans Libération du 14/12/2010
Comme l'a fait remarqué un lecteur du site de Libé, Le meilleur des mondes est un roman de Huxley et non d'Orwell... mais ça n'enlève rien à la pertinence de l'article.

07/12/2010

Mais où est donc passé Wikileaks ?

Comme moi, vous avez certainement eu la mauvaise surprise ces derniers jours en essayant de vous rendre sur la page de Wikileaks de vous retrouver avec un message d'erreur...
Suite aux dernières publications du site, Wikileaks a été la cible de très nombreuses attaques contre ses serveurs et a également du faire avec les défections de ses prestataires (Amazon, EveryDNS, Paypal).
Une chaîne de solidarité s'est alors mise en place sur Internet afin que Wikileaks soit partout, grâce à des centaines de serveurs miroirs dans le monde entier, ou disponible en téléchargement sur les réseaux P2P.
En France, et malgré le regard critique qu'il peut porté sur le travail et la stratégie de Wikileaks, Samizdat a décidé de s'associer à cette insurrection de l'information libre, afin de ne pas laisser les États ni les grandes multinationales décider de ce qu'il est possible de publier sur leurs agissements.
Vous pouvez donc retrouver Wikileaks à cette adresse:
http://wikileaks.samizdat.net/

Mexileaks

Wikileaks ha publicado unos cables diplomaticos de los Estados Unidos. Unos nos dan a conocer el punto de vista de los gringos sobre Mexico y su lucha en contra del narcotrafico.
Aqui les pongo los vinculos de los cables:
http://wikileaks.samizdat.net/tag/MX_0.html

Para l@s que leen el frances, pueden tambien ir a esta pagina del periodico "Le Monde" que ha publicado un articulo sobre las informaciones de estos cables:
http://www.lemonde.fr/documents-wikileaks/article/2010/12/02/les-americains-critiquent-les-mexicains-dans-la-guerre-contre-la-drogue_1448256_1446239.html
La publicacion de estas informaciones diplomaticas trae muchos problemas a Wikileaks. Tuvieron que cambiar su direccion. Pueden encontrar a las paginas Wikileaks en http://www.wikileaks.ch/ o en http://wikileaks.samizdat.net/