"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

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20/04/2012

Sur les pas de Traven


Une nouvelle écrite pour le fanzine A bloc! #2, sorti en novembre 2011. C'est un hommage - à mon humble niveau - à un immense auteur: B. Traven.
La forme de la nouvelle a été librement inspiré par l'un des romans fondateur de la littérature moderne mexicaine: Pedro Páramo de Juan Rulfo.

J'espère à travers cette petite histoire vous donner envie de (re)découvrir cet écrivain qui fut, plus qu'un pont dans la jungle, un pont entre les peuples d'ici et là-bas... où que ce soit!

 
Bonne lecture



 

Une si longue nuit

La chaleur était accablante. Elle tombait sur la canopée comme les pluies le faisaient le reste de l'année. La jungle transpirait, bruissait. Le vent, les oiseaux, les singes l'emplissaient de leurs chants, de leurs respirations, de leurs mouvements. Gales marchait depuis de longues heures, s'enfonçant toujours plus profondément dans cette trame végétale. Des moustiques tourbillonnaient sans cesse autour de lui. La machette battait sa cuisse, marquant le rythme régulier de la marche. Il but une gorgée d'eau à la gourde, en versa un peu sur un madras, le noua sur sa tête puis recoiffa son chapeau. La forêt Lacandone était le reflet fidèle de ses souvenirs. Ou étaient-ce ceux de son père ?
A l'image de l'agitateur et rédacteur du Ziegelbrenner (1), anarchiste de la République des conseils fuyant Munich vaincue par la charge de l'Histoire, Gales erra dans une Europe que ses frontières labyrinthiques et sa bureaucratie étriquée claquemuraient dans une absurdité kafkaïenne. Il s'embarqua sur un vaisseau des morts (2) et fut bien près d'y laisser sa peau. Sur les pas de son père il débarqua au Mexique, travailla comme cueilleur de coton, foreur sur un champ de pétrole... A Tampico, il avait côtoyé les Wobblies (3), ces adeptes d'un syndicalisme nomade vivant au grès des emplois, suivant le mouvement des grèves. Père et fils vécurent longtemps dans de simples huttes, entourés d'Indiens, au milieu de la jungle.
Alors qu'au-dessus des arbres gigantesques le soleil déclinait, Gales gravit une petite butte et déboucha sur un vieux ranch abandonné. Mère nature avait repris dans ses bras l'éphémère vanité humaine. Les racines, les lianes, les branches avaient repoussé les murs, soulevé le toit. Gales attacha ses deux mulets et perçut dans le brouhaha de la forêt les gazouillis timides d'un cours d'eau. Plus bas, un pont de bois branlant enjambait le lit d'une rivière que la saison avait en partie asséchée. Il promenait son regard tout autour, contempla longuement cet océan de verdure. Il était venu retrouver la piste de l'auteur de ses jours. Mais dans la jungle les traces meurent plus vite encore que les hommes.
La nuit tombait moins qu'elle ne montait de la forêt. Les flammes arrachaient à l'épais mur d'obscurité quelques éclats de lumière. Gales avait fini son repas. La symphonie de la jungle jouait de ses tonalités nocturnes. Il alluma un cigare avec un tison tiré du feu. Il fumait avec délectation, souriait, regardait le trabuco rouler entre ses doigts. Parfois il soufflait sur le bout incandescent puis tirait une bouffée. Il était assis à même le sol, appuyant son dos sur la grosse racine qui serpentait derrière lui. Il ferma les yeux pour chasser la fatigue et se laissa aller. Il imaginait Ret Marut, ce père qui en débarquant au Mexique en 1924 avait écrit : "Le Bavarois de Munich est mort." Comme était mort à l'aube du XXe siècle le prolétaire vagabond, cédant sa place à l'homme de théâtre puis au révolutionnaire. Gales songeait aux cendres de son auteur, dispersées au-dessus de cette jungle qu'il avait tant aimée.


Il fut sorti de sa torpeur par le crin-crin lancinant d'un violon. Devant lui, enveloppée de voiles de brume, se dressait une jolie petite brune. Il reconnut Irène Mermet, compagne de route de Marut sur les chemins de la révolution allemande. "Je ne l'ai jamais trahi." Elle s'assit tout près de lui. "Avec ma jeunesse j'ai perdu mes convictions, c'est vrai, mais j'ai toujours préservé le secret de ton père. Je l'ai tellement aimé !" Comme nimbée d'une aura d'éternité, Rosa Elena Lujan sortit des ténèbres à son tour. "C'est moi qui ai confirmé suivant ses dernières volontés, qu'il avait été Ret Marut." "Ce qui ne signifie en rien qu'il soit né sous cette identité !", trancha sèchement Esperanza Lopez Mateos. Elle éprouvait pour Rosa Elena une grande admiration mais dédaignait le charme paisible de celle qu'elle considérait comme sa rivale. Celle qui après son suicide en 1951 avait pris sa place auprès de l'écrivain. Celle qui était parvenue à toucher l'homme et qui l'avait épousé six ans plus tard.
"Mesdames, voyons !" Diego Rivera et Frida Kahlo entrèrent en scène hilares, sortant bras dessus bras dessous de la petite bâtisse de bois. "Pour les autorités mexicaines, il était Traven Torsvan, né le 3 mai 1890 à Chicago." L'imposant muraliste de la révolution mexicaine poursuivit. "Selon d'autres sources il serait né en 1882 à Schwiebus en Allemagne et se serait appelé Otto Albert Max Feige." La frêle Frida, grande artiste au corps tourmenté enchaîna, "Selon les autorités de résidence de Munich, Ret Marut serait né le 25 février 1882 à San Francisco. Mais le tremblement de terre de 1906 a englouti les archives de la ville. Son bulletin de naissance a été avalé par la Terre !" Diego ajouta : "Au cours de sa vie il aura utilisé plus d'une vingtaine d'identités, dont Hal Croves..." Humphrey Bogart hocha la tête en vidant sa coupe de champagne. Frida rappela un sourire aux lèvres que la rumeur avait fait de leur ami le fils caché de l'empereur Guillaume II, Jack London ou encore un groupe de scénaristes hollywoodiens. John Huston évoqua sa rencontre avec l'écrivain sur le tournage du Trésor de la Sierra Madre. "J'étais fasciné par le roman et par l'auteur. En 1946 j'ai rencontré Croves, son soi-disant imprésario. Un homme rugueux. J'ai encore du mal à croire qu'ils n'aient été qu'une seule et même personne." Le cinéaste Gabriel Figueroa se tourna vers Gales : "La seule chose dont on est sûr, c'est de la date de sa mort... Le 26 mars 1969 ! La veille il m'avait demandé du cyanure. Mais la Mort a été plus rapide que moi."
La jungle sous son lustre d'étoiles prenait des allures de salon mondain. Le vieux rancho, d'un jeux d'ombres et de lumières se parait des ors verts et des boiseries cuivrées de la jeune république mexicaine. Protagonistes et figurants d'un soir palabraient, plaisantaient, riaient en glissant dans le halo des flammes. Esperanza, femme d'une grande culture au sourire orgueilleux avait suspendu Gales aux commissures de ses lèvres carmin. "J'avais approché ses éditeurs dès 1939. Je voulais l'autorisation de traduire Le pont dans la jungle pour que Gabriel l'adapte au cinéma. J'ai essuyé un refus mais je l'ai tout de même traduit. Ma version lui a tellement plu qu'il m'a engagée comme agent littéraire et traductrice."
Gales reconnut Ernst Preczang, le premier directeur de la Guilde du livre Gutenberg et son successeur, Josef Wieder. Ce dernier évoquait le malin plaisir qu'avait pris l'écrivain à brouiller les pistes. "En 1951, alors qu'il obtient la nationalité mexicaine, nous publions le premier numéro des BT-Mitteilungen, un bulletin photocopié d'information ou plutôt de désinformation adressé aux agences littéraires. Ce petit jeu dura jusqu'en 1960 ! Marut savait aussi se montrer fidèle. Lorsqu'en 1933 la Guilde tomba entre les mains des nazis, il transféra ses droits à la filiale de Zurich que je dirigeais."
Preczang se vantait quant à lui d'avoir fait du rebelle un écrivain. "La Guilde n'en était qu'à ses débuts et nous étions à la recherche d'auteurs neufs et sociaux. Nous n'avions pas identifié derrière le pseudonyme le responsable de la presse de Munich insurgée. Son Baumwollpflücker (4) au ton anarcho-syndicaliste marqué, publié en épisodes l'année précédente, en 1924, avait attiré mon attention. Je lui ai proposé de publier ce qu'il écrirait, il a accepté. Mais lorsque nous lui avons demandé de nous fournir une photo, des éléments de biographie, il a répondu que sa vie ne regardait que lui. Il avait écrit, je cite de mémoire : Si on ne reconnaît pas l'homme à ses œuvres, de deux choses l'une, soit c'est l'homme qui ne vaut rien, soit ce sont ses ouvrages."
Esperanza profita du passage d'un ange pour reprendre la parole. "Neuf ans de silence entre ma mort et son ultime Aslan Norval... C'est long ! Suffisamment pour nourrir la légende. Sans œuvre, pas d’auteur !" Elle décrivit en détails la conférence de presse au cours de laquelle son frère Adolfo, alors président du Mexique, nia qu'elle fut le mystérieux écrivain. "Il réfuta également l'être lui-même." ajouta Rivera, balançant sa flûte de champagne d'une main à l'autre. "Le Chiapas, la forêt Lacandona, los indios, voilà ce qui le définissait. Il suffit de le lire pour s'en persuader. La terre des anciens Mayas le fascinait littéralement. Il admirait ces peuples capables de forger un mot, multepal, pour dire "gouverner ensemble" et de reléguer temples et palais à l'état de vestiges du passé. C'est d'ailleurs son journal de voyage au Pays du printemps, qui l'imposa à l'intelligentsia que nous formions dans ce Mexique des années 30. Beaucoup d'entre nous y décelèrent la profondeur du regard porté sur l'histoire de notre pays"
La nuit avançait à pas de félin et la fraîcheur couvrait de rebozos les épaules des femmes. Des lambeaux de chair, flammèches consumées par l'obscurité, s'élevaient des corps, asséchaient la bonhomie d'un Diego Rivera. Ses yeux ronds n'étaient plus ceux d'un batracien bon vivant mais un regard vide au fond d'orbites creuses. La stupeur avait jeté son masque sur le visage de Gales et les corps désincarnés des invités dansaient joyeusement dans des vêtements devenus trop amples. Frida Kahlo figurait, elle, une exquise Catrina.
Venant d'au-delà du pont, une indienne au visage raviné s'approcha de Gales. "Ton père et moi nous sommes rencontrés en 1926. Il se faisait appeler Torsvan. Il s'était joint comme photographe à l'expédition archéologique du docteur Palacios. Fin juin, il avait laissé ses compagnons à San Cristobal de las Casas pour s'enfoncer seul sur nos terres. C'est alors que je l'ai connu. Ensuite nous ne nous sommes plus vraiment quittés. Il est toujours revenu ici, vers cette terre, cette jungle, vers nous, Indiens qui y vivons." Elle rajeunissait et son teint de bronze, ses cheveux épais et noirs, la dignité de son regard s'effaçaient derrière le voile de nuit enveloppant ses traits et la lune. "Il a cherché dans les livres l'histoire de nos peuples, de nos cultures mais surtout il a posé sur nous, hommes et femmes sans visages, morts au monde, un regard dénué de préjugés. Nous étions ses frères de cœur, prolétariat inconnu de l'Europe, en lutte pour sa libération, pour accéder à la lumière du soleil." La femme posa sur Gales un regard que la passion ravivait. "Tu cherches à savoir qui était ton père ? Regarde au fond de ton cœur. Il y a autant de lui en toi, qu'il y avait de toi en lui. Vois tes frères, Andres, Candido, Celso... Regarde Juan Mendez, Martin Trinidad. Vois tous ces Indiens avec leurs charrettes et leurs bœufs, ceux qui vivent de l'acajou, des troncs qu'ils abattent. Vois celles et ceux qui ne possèdent rien, pas même leur propre vie. Regarde-nous ! Nous sommes nés de la nuit, nous vivons en elle. Et en elle nous mourrons !"
Pendant qu'elle parlait, fière, un groupe d'Indiens s'était assis autour du feu. Gales ne les avait pas vus sortir des ténèbres et pourtant ils étaient là, accroupis, vêtus de misère, le chapeau à la main. Les femmes portaient à leurs robes des fleurs sauvages, les hommes des machettes. L'un d'eux un violon. Tous et toutes dissimulaient leurs faces sous des passe-montagnes tissés d'obscurité. Une rumeur enflait. i Tierra y Libertad ! i Abajo la dictadura ! La mémoire du fils effeuillait La Rosa Blanca, soufflait les mots du père : "Mais lorsque les indiens s’éveillèrent de leur torpeur, qu’ils rejetèrent les petites habitudes qui pesaient sur eux depuis des temps immémoriaux, ils reconnurent qu’à la place de leur petite patrie étriquée, ils en avaient acquis une plus vaste qui avait elle aussi sa beauté. Et tandis que la petite patrie semblait toujours rester ce qu’elle était, la nouvelle patrie se développait de jour en jour avec leurs connaissances. Elle semblait n’avoir plus de limites et englobait tous les hommes, tous les pays, toutes les pensées que l’on pouvait concevoir." Macchabées en révolte et squelettes esthètes dessinaient une fresque passée au vitriol de Posada, une toile nocturne peuplée de ses calaveras. L'indienne tourna vers Gales un visage qui n'en était plus un ; ses traits était ceux de la Mort elle-même : "Tu es toi aussi né de cette si longue nuit "
Le jour naissant dissipait les dernières perles de rosée quand deux cavaliers débouchèrent devant l'ancien bungalow. L'un fumait tranquillement la pipe, les bras croisés sur le pommeau de sa selle. L'autre, don Durito, un étrange petit scarabée, avait mis pied à terre et examinait la figure chiffonnée de Gales. "Aucune nuit n'est si longue qu'elle ne finisse par reculer devant le jour", marmonna-t-il en guise de prière. El Sup, son fidèle écuyer, lui demanda s'il connaissait le gringo couché-là. Il acquiesça. "Gales est un personnage de roman, une identité de papier, le rejeton littéraire d'un vieil ami... Le fils de B. Traven."



1 : Le Fondeur de briques, journal radical où Marut exprimait son pacifisme et son anarchisme proche des thèses de Stirner.
2 : Le vaisseau des morts, premier roman de Traven, évoque ces navires voués au naufrage avec leur équipage afin que l'armateur empoche la prime d'assurance.
3 : Surnom donné aux membre du syndicat Industrial Worker of the World. http://www.iww.org/fr
4 : Les cueilleurs de coton fut publié en épisodes par le Vorwärts (En avant !), journal progressiste allemand de l'époque. Une version augmentée sera publiée par la Guilde Gutenberg sous le nom Der Wobbly.

La Guilde du livre Gutenberg : La maison d’édition Büchergilde Gutenberg est fondée en août 1924 à la Maison du peuple de Leipzig. Son but avoué est d'offrir une littérature de qualité, à petit prix aux travailleurs. Un an plus tard, à la recherche d’auteurs, son directeur Ernst Preczang sollicite Traven. Ce dernier publia tous ses romans à la Guilde Gutenberg.

Les journées révolutionnaires de Bavière commencent, comme ailleurs en Allemagne, le 7 novembre 1918 lorsqu’on proclame la République à Munich. Le Président du Gouvernement est l’écrivain berlinois Kurt Eisner, un leader du Parti social-démocrate indépendant. Il s’appuie sur des conseils d’ouvriers, de soldats et de paysans. Mais son parti essuie une énorme défaite aux élections de janvier 1919. Et, au moment même où il se rend à l’Assemblée pour présenter sa démission, le 21 février 1919, il est tué dans un attentat (Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht avaient déjà été assassinés à Berlin en janvier de la même année). Le 18 mars l’Assemblée choisit un gouvernement de coalition dont le Président est un Social-Démocrate, Johannes Hoffmann (qui était ministre dans le gouvernement de Eisner). Pendant tout ce temps les radicaux préparent le renversement violent du Gouvernement Hoffmann. Les principaux conjurés: Erich Mühsam, Landauer, Levien, Leviné, Toller, et probablement Marut. Ils proclament la République des Conseils (sorte de Soviets) le 7 avril. Le Gouvernement Hoffmann se réfugie à Bamberg. Dès le 13 avril la garde républicaine arrête les membres (principalement anarchistes) de la République des Conseils. Un nouveau gouvernement des Conseils est formé immédiatement par les communistes (avec l’assentiment des anarchistes). Il se prépare à proclamer la dictature du prolétariat. Cette fois-ci le Gouvernement Hoffmann avec l’aide de Berlin va rétablir l’ordre dans le sang (...) La deuxième République des Conseils tombera le 1er mai.

Traven sur la toile :
en français :
Deux articles de CQFD reviennent aussi sur l’œuvre et la vie de Traven : http://www.cequilfautdetruire.org/spip.php?article1353 et http://www.cequilfautdetruire.org/spip.php?article1923
A lire aussi la très bonne biographie de Golo, en BD et en français : B. Traven, portrait d'un anonyme célèbre
En espagnol :

03/02/2012

Archipel pirate


On a tous en mémoire cette image du jeune chinois face au tank sur la place Tian'anmen. De même que des photos du mur de Berlin ou du premier pas de l'humanité sur la Lune. Mais aujourd'hui, le porte-voix a changé de sens. Il ne porte plus la parole d'en haut vers le bas. L'Histoire ne reflète plus l'éclat des puissants, elle conte la vie de la multitude. Le mégaphone ne porte plus même la voix du bas vers le haut, mais horizontalement. L'utilisation des réseaux sociaux comme outil de mobilisation est un bon exemple de hack réussi. Dans sons sens premier, le hack est le détournement de la fonction de l'objet qu'on nous vend. Ni Facebook, ni Twitter n'ont été créés pour fomenter les révolutions arabes, pour permettre aux indignés d'occuper le haut du pavé ou pour faciliter l'organisation d'#Op anonymes. Pourtant, le rôle des réseaux sociaux a été déterminant.
Le problème relève dès cet instant du droit d'auteur. C'est à dire qu'en nous vendant des objets, ils nous vendent un fonction, un concept. Car si on veut l'appareil qui fait ce qu'on fait faire à l'objet inapproprié, il existe et si par mésaventure il n'existait pas encore, les pourvoyeurs de nos désirs se feraient un plaisir de nous en pondre un. ACTA et toutes les lois similaires à travers le globe ne sont rien d'autre qu'une surveillance du Net pour que les grandes entreprises puissent s'assurer que nous utilisions les objets dans leur juste fonction et que nous ne n'utilisions pas les objets qu'ils nous vendent à des fins qui pourraient aller à l'encontre de leur économie moribonde. Dans le monde réel (semences, médicaments génériques...) aussi bien que dans le monde virtuel (criminalisation du partage de l'information...).

Jusqu'à présent le hack consistait donc à détourner le concept, pas l'objet lui-même. Maintenant imaginez un monde où les imprimantes 3D sont capables de reproduire couche à couche un objet scanné. Dès aujourd'hui, The Pirate Bay (*) a commencé à mettre à disposition les données d'objets numérisés en 3D. Imaginez, à terme, la révolution que cela peut représenter en terme d'auto-organisation de la production. Imaginez comment réagiront les gouvernements et leurs lobbys si le moyen de reproduire un objet du quotidien était à portée de la main. Imaginez les problèmes de propriété intellectuel. C'est à dire que l'un des levier de l'économie capitaliste peut tomber. Si la satisfaction de nos besoin matériel peut s'autonomiser de « l'offre » du patronat, en organisant pourquoi pas des labos municipaux pour les besoins communs, un peu à la manière des fours des villages du Moyen-Âge, des lieux où chacun pourrait venir reproduire un objet. Adapter en temps réel l'offre à la demande... et pas cette concurrence faussée par le fric. Un échange, un potlach de l'ère numérique. La propriété c'est le vol : propriété intellectuelle, propriété industrielle, propriété des moyens de productions.
Ce ne sont plus seulement les intermédiaires de l'industrie du divertissement – ciné, musique – qui voient leur rôle remis en cause. Avec cet outil formidable d'auto-organisation qu'est l'Internet, c'est une économie qui peut naître. Une économie dans le sens noble du terme, c'est à dire non pas le gaspillage dangereux de l'ère industrielle et de la consommation de masse, l'ère de l'offre avec son flux constant de publicité pour écouler leur came dans les veines de la société. La consommation va tendre à ne plus être de masse, mais au contraire individualisé, une ère de la demande. Ce changement de paradigme de la consommation tient son pendant dans la production, avec la possibilité de faire appel à la communauté pour travailler sur un projet. A l'image du Chaos Computer Club de lancer des satellites pirates pour accéder sans censure au réseau. A l'image aussi de Pirate Bay qui en offrant à la communauté ses scannes 3D espère bien stimuler la participation et développer le concept. A l'image de Wikipedia. A l'image dont "vivent" les logiciels libres, toujours améliorable par la communauté. A l'image du CopyLeft ou des licences Creative Commons...
Pas facile de se reconnaître dans toutes ses images. Parfois certaines facettes semblent même incompatibles. Mais on en revient là, à cette diversité foisonnante. Internet est une communauté, le fameux village global. Ce village s'est construit autour du partage. Partage des connaissances. Partage du divertissement. Les jeux en réseau évidemment, le partage de fichiers. Partage de talent. Jetez un œil ou deux sur des sites de photos. Le talent n'est pas l'apanage d'une élite. L'exposition médiatique d'un travail donnait l'illusion de la rareté. Mais quand on voit certaines photo "d'amateurs", elle n'ont souvent rien à envier à celles de professionnels. Internet révèle la multitude des talents. Ce qui ne signifie en rien que par la magie du réseau chacun peut prétendre à posséder tous les talent. Non, mais il permet l'exposition médiatique qui jusqu'alors était aux mains d'une caste – ah tiens ça me rappelle un certain Gutenberg. Encore un intermédiaire qui saute. Comme dans les Amaps. Du producteur au consommateur. C'est tout le système économique qui est à revoir. Passer à une économie de la participation, en faisant l'économie des intermédiaires. Cette économie existe en petits îlots. Interconnectons les initiatives et une nouvelle économie pourrait apparaître.
Anonymous ne fait pas de politique partisane. Ils défendent les droits sur Internet, ce qui permet la cohabitation, le temps d'une TAZ sur le réseau. De la même manière, le mouvement des indignés a mis en avant sa non appartenance à la politique partisane. C'est un retour de boomerang du monde virtuel. On ne cherche pas à se mettre d'accord ici et maintenant sur les solutions qu'apportent socialistes ou libéraux. Anonymous, comme les Occupy ou les internautes tunisiens remettent en cause une fois de plus l'intermédiaire, cette fois dans la vie politique : l'homme et la femme politique. Ou plutôt sa définition. On réagit ensuite au besoins. En cela, cette révolution pourrait être bien plus puissante qu'une révolution partisane. Elle se rapproche de 1789. Elle n'est pas le fruit du passé, elle est la graine du rhizome de demain. Cette révolution, ou peut-être évolution, ne cherche pas à esquiver le débat, au contraire, elle veut le créer dans des conditions démocratiques réelles. On change le système d'exploitation, on passe en libre. On change d'échelle. On se dirige vers une démocratie globale et décentralisée. Mais nos données personnelles sont préservées. Nous gardons nos opinions, nos favoris. Simplement, n'attendez plus d'ordres d'un chef ni l'obéissance des employés. Des anonymes qui apprennent à se connaître. Loin de la politique politicienne. Mais des anonymes qui savent qu'ils ne veulent pas qu'on touche à la liberté qu'offre internet. Ils ont appris à cohabiter au-delà des apparences. Qui s'intéresse à la couleur politique du gars, ou de la fille avec qui on butte des aliens dans un jeu en réseau ? Qui s'intéresse à la couleur politique du blogueur de Marmiton.org ? Quelle importance ont le sexe ou les préférences sexuelles de celles et ceux avec qui on participe à une attaque en déni de service ? Internet n'est pas le monde. Il en est une extension. Ce territoire s'est construit sur certaines bases : liberté d'expression, neutralité du réseau, décentralisation et participation. Ajoutons comme règle, le respect de la diversité et de la vie privée.

Si Internet est une extension du monde, il n'en est pas déconnecté et les deux mondes interagissent. Voilà peut-être une réponse à la morosité des milieux militants ces dernières années. Une explication plausible à l'abstention, au désintérêt apparent des jeunes pour la politique. Ils redéfinissaient - à leur propre insu - La Politique. Ces gamins bidouilleurs ne se forgent pas seulement une Histoire commune – avec des figures et des évènements de portée mondiale – mais ils se sont construit un présent commun. Un présent où la libre association est la règle. Un présent débarrassé de frontières, un monde où de chez soi on peut partager avec le monde entier. Un lieux où il n'y a plus ni peuples ni dirigeants, mais une multitude en interconnexion. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas de règle ou de cultures. Forums, commentaires de bas d'articles, salon de chat de jeux en réseau suivent des codes de bonnes conduites. Mais le réseau est moins un continent virtuel qu'un archipel numérique. Un monde, comme dirait les zapatistes, qui contienne tous les mondes.
La mutation d'Anonymous pose en ce sens un problème éthique, comme on l'a vu avec l'attaque du site de l'Expresse. Anonymous ne s'attaque pas à la presse et l'a rappelé après que le site ait été mis hors service. Les valeurs primordiales du vivre ensemble sur Internet doivent être transmises. L'absence de hiérarchie n'est pas l'absence de règles communes. Mais des règles discutées et acceptées, pas des lois édictées par des intermédiaires plus ou moins démocratiques. Si on peut se mettre d'accord là-dessus, on aura franchi un cap. Après, que le débat démocratique de chaque communauté – virtuelles ou réelles – ait lieu. Chacun défendra ses positions, mais au moins le débat ne sera plus faussé. Le village possède les défauts de tous villages. Tout le monde se connaît et il est bien difficile de passer inaperçu lorsqu'on va acheter ses premières capotes dans la pharmacie du village ou des longues OCB chez le buraliste où votre Big Brother achète son quotidien préféré. Mais la "petitesse" du village - Internet aboli la distance - facilite aussi les solidarités. Et si l'anonymat peut être une réponse aux inconvénients, elle n'entrave en rien la solidarité. L'anonymat n'est ici qu'un masque, tandis que pour nos intermédiaires en sursis le masque est celui des apparences. Nous, nous savons ce qui se cache derrière le masque de notre anonymat... Si le cerveau est une interface entre l'être et l'avoir, c'est à dire entre le monde intérieur et le monde extérieur, avec Internet, ce monde immatériel, le cerveau est aussi devenu l'interface être / savoir. Heureusement pour nous, ils ne nous vendent pas nos cerveaux, il n'est pas encore interdit de détourner notre cerveau du droit chemin, de la fonction que nos dirigeants nous aimeraient lui voir attribuer... vendu à la pub. De cette bataille du net, par effet de miroir entre les facettes de nos cerveaux, dépendront les interconnexions entre l'être, l'avoir et le savoir... entre nos mondes intimes, les mondes virtuels et le monde réel.
Les capitalistes ont fini par confondre leurs images avec la réalité. Par confondre l'être et l'avoir en oubliant le savoir. Leur masque de rigueur n'est plus que triste figure.
Bas les masques !

el portaplumas


* Le site Pirate Bay semble ne plus être disponible, ou partiellement. Ses fondateurs ont été condamnés. Suivez les infos sur twitter : #PirateBay


Pour revenir à du concret une vidéo de mobilisation des Anonymous pour des manifestations "physiques" samedi prochain, le 11 février. Cliquez ---> ici <--- pour la page "Face de book" de l'évènement. Et ici celle du site ---> <---





Allez pour finir, vous l'avez certainement lu sur Le Monde, ou sur Numerama, mais c'est tellement bon de le dire: Anonymous a publié une vidéo de 17 minutes d'une visioconférence entre le FBI et Scotland Yard concernant les activités de groupes d'hacktivistes. Voilà c'est dit ;))




02/01/2012

Satellite pirate

Comme dans certains bouquins de cyberpunks, les hackers du Chaos Computer Club ont lancé l'idée de créer un réseau de satellites pirates afin d'accéder au net sans contrôle. Au-delà de la SF, c'est donc bien dans l'espace que risque de se jouer la survie de l'Internet libre que nous connaissons. De plus en plus l'accès au réseau se fait par l'intermédiaire d'applications, notamment sur les téléphones portables. Et il y a fort à parier que la tendance risque de gagner nos bons vieux PC, tant les potentiels de contrôle et de pognon semblent ouvrir de nouvelles perspectives aux vendeurs de paradis artificiels. Or ces applis ne constituent pour la plus part que des fenêtres ouvertes sur le réseau, mais dont les murs qui les encadrent empêchent l'accès au continent virtuel. Ces fenêtres ne sont souvent qu'écrans de pub et cachent le foisonnement d'un réseau libre et vivant. Face à ce nouveau mode d'accès au réseau, l'internaute n'est plus un surfer sur la vague numérique mais un zappeur, passif devant son écran pourtant tactile.
L'article trouvé sur le blog segu-info, qui l'a lui-même repris du CSO Espagne, site d'information pour responsable de la sécurité, évoque les craintes d'attaques rendues plus dangereuses par la possibilité de ces accès réseau sans contrôle. Mais ce découpage du réseau en applis, le contrôle croissant du réseau par les législations répressives des états ne constituent-ils pas une attaque massive contre une partie non rentable, une partie libre et collaborative du réseau? N'est-il pas temps que la résistance s'organise? Si comme les zapatistes nous pensons que dans le monde à construire doivent cohabiter toutes les visions du monde, alors il est urgent de lier cette offensive contre l'internet libre à toutes les vagues de régression sociale qui submergent les cinq continents... une vague sur laquelle nous aurions tout intérêt à apprendre à surfer si nous ne voulons pas nous réveiller un matin avec pour tout horizon une fenêtre ouverte sur un panneau de pub et des postes frontières à chaque nœuds de communication.




J'ai trouvé cet article sur le tweet de


En voici une traduction personnelle. Vous trouverez la version espagnole plus bas. Bonne lecture

Le CCC se propose de lancer des satellites pour créer un réseau sans censure


Le groupe de hackers Chaos Computer Club (CCC) travail à un projet pour lequel il espère lever des fonds afin d'envoyer un satellite dans l'espace à partir duquel ils pourraient opérer sans contrôle ni censure pour leurs activités. Les hackers assurent qu'il s'agit d'une manière d'éviter les moyens de contrôle et de censure qui existent sur Internet.

Le projet est connu sous le nom de Red Global Hackerspace et a comme objectif le lancement dans l'espace de satellites libres de contrôle et de la possible censure d'organisations mondiales. Il s'agit d'un projet ayant commencé il y a plusieurs mois et qui a été présenté officiellement lors du Chaos Communication Congress de Berlin, l'une des rencontres de hackers les plus fameuses du monde.

Durant l’événement, l'approbation de la loi SOPA aux États-Unis fut l'un des thèmes les plus débattus. Les hackers ont réaffirmé leur totale opposition à ce contrôle du réseau. Ce qui pour certains est un outil de protection des droits de propriété, est pour d'autres un moyen de censure et de répression des droits des internautes.

Afin de lutter contre ce contrôle du réseau et pouvoir réaliser leurs activités librement, les hackers ont proposé de créer son propre réseau de satellites dans l'espace. S'ils parviennent à envoyer dans l'espace les satellites, les hackers compteront sur l'actuel défaut de législation en vigueur pouvant interdire leur utilisation. Le résultat en serait la constitution d'un réseau de connexion libre de tout type de contrôle, au sein duquel les hackers pourront réaliser leurs activités sans que n'existe aucun agent de supervision des activités.

Selon la BBC, les hackers ont déjà mené des expériences de lancement de satellites, avec des moyens réduits n'ayant abouti à aucun succè tangible. L'objectif des hackers à l'origine du projet du Chaos Communication Congress a été de mobiliser la communauté et tenter de trouver des financements. L'argent et les connaissances techniques sont les principaux problèmes de l'initiative, au demeurant ambitieuse, a également émis la possibilité dans le future, d'ici 23 ans, d'envoyer un homme dans l'espace.

Les implications d'un succès du projet seraient que les hackers posséderaient un réseau d'accès à Internet sans contrôle. D'un côté ce réseau serait libre et personne ne pourrait le censurer, mais le revers de la médaille est que le manque de contrôle pourrait favoriser le lancement d'attaques plus dangereuses et sophistiquées que celles d'aujourd'hui. Pour le moment les hackers continuent à chercher des financements et l'appui logistique nécessaire à la réalisation du projet, mais il semble que le futur du réseau et sa sécurité se jouera dans l'espace.


El grupo de hackers Chaos Communication Club (CCC) está realizando un proyecto con el que esperan conseguir fondos para enviar un satélite al espacio desde el que poder operar sin control ni censura para realizar sus actividades. Los hackers aseguran que es una forma de evitar las medidas de control y censura que hay en Internet.

El proyecto se identifica como Red Global Hackerspace y tiene como objetivo el lanzamiento al espacio de satélites que libres del control y la posible censura de ningún órgano mundial. Se trata de un proyecto con meses de desarrollo, pero que ha sido presentado de forma oficial en el Chaos Communication Congress de Berlín, uno de los encuentros de hackers más conocidos en todo el mundo.

Durante el evento, la aprobación de la regulación SOPA en Estados Unidos ha sido una de las cuestiones más debatidas. Los hackers se han mostrado totalmente en contra de esa regulación de la Red. Lo que para algunos es una herramienta para la protección de los derechos de propiedad, para otros es una forma de censura y represión de los derechos de los internautas.

Para luchar contra ese control de la Red y poder realizar sus actividades libremente, los hackers han propuesto crear su propia red de satélites espaciales. En caso de conseguir enviar al espacio los satélites, los hackers cuentan con que actualmente no hay una legislación vigente que pudiese impedir su utilización. El resultado sería una red de conexión sin ningún tipo de control, en el que los hackers podrían realizar sus actividades sin que haya agentes de supervisión de las actividades.

Según la BBC, los hackers ya han realizado experimentos para el envío de satélites, utilizando medios discretos que no han conseguido un éxito concreto. El objetivo de los hackers que han planteado el proyecto en el Chaos Communication Congress ha sido el de movilizar a la comunidad e intentar encontrar financiación. El dinero y los conocimientos técnicos son los principales problemas de la iniciativa, que siendo ambiciosa, también plantea la posibilidad en el futuro, en unos 23 años, de mandar a un hombre al espacio.

Las implicaciones del éxito del proyecto son que los hackers conseguirían una red de acceso a Internet sin control. Por una parte, esa red sería libre y nadie podría censurarla, pero en el lado negativo, la falta de control podría propiciar el lanzamiento de ataques más peligrosos y sofisticados de los que hay actualmente. Por el momento los hackers continúan buscando financiación y apoyo logístico para hacer realidad el proyecto, pero parece que el futuro de la red y su seguridad pasará por el espacio.

Fuente: CSO Spain


Leer mas : Segu-Info: CCC proponen lanzar satélites para crear una red sin censura http://blog.segu-info.com.ar/2012/01/ccc-proponen-lanzar-satelites-para.html#ixzz1iKldLJwB
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15/11/2011

Mexico: aniversario zapatista



INVITACIÓN A 28 ANIVERSARIO DEL EZLN 
"El absurdo más hermoso.
somos un desafío al neoliberalismo,
la locura más humana.
Nosotros venimos a demostrar que es posible y que vale la pena".
EZLN

De las pocas oportunidades que tiene este país  para reconstruir  el tejido social tan desgarrado por la inseguridad y la pobreza, es mirar a lo mejor de nuestro pasado e historia reciente. Los pueblos zapatistas han dado muestras de organización,  dignidad y resistencia. Sin embargo, el mal gobierno mexicano da signos de que pretende aniquilar el ejemplo y  la esperanza  que ha nacido desde las comunidades zapatista al resto del mundo y que hoy es el corazón de nuestras dignas rabias.  Un derecho y una obligación es de nosotros luchar por justicia, paz y democracia.
En el marco de la campaña  Miles de rabias, un corazón: ¡Vivan las comunidades zapatistas!
Los invitamos a la celebración del 28 Aniversario del Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN)
¡Fuera para militares y militares de las comunidades indígenas de nuestro país!
¡Viva el 28 aniversario del EZLN!
¡Viva la lucha zapatista!
¡Libertad inmediata para el profesor Alberto Pathistán!
¡Libertad inmediata para nuestr@s pres@s!

Colectivos y Adherentes de la Otra Campaña


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Invitation au 28e anniversaire de l'EZLN
"L'absurde le plus beau.
nous sommes un défi au néolibéralisme,
la folie la plus humaine.
Nous sommes venus démontrer que c'est possible et que ça vaut la peine".
EZLN

Parmi les quelques opportunités que possède ce pays de reconstituer un tissus social tellement déchiré par l'insécurité et la pauvreté, il en est un qui est de regarder ce qu'il y a de meilleur dans notre passé et notre histoire récente. Les peuples zapatistes ont fait preuve d'organisation, de dignité et de résistance. Pourtant, le mauvais gouvernement mexicain semble vouloir en finir avec l'exemple et l'espoir nés dans les communautés zapatistes pour le reste du monde et qui est aujourd'hui le cœur de notre digne rage. Un droit et une obligation qui nous sont faits est de lutter pour la justice, la paix et la démocratie.
Dans le cadre de la campagne "Milliers de rages, un cœur": Vivent les communautés zapatistes!
Nous vous invitons à fêter le 28e anniversaire de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN)
Paramilitaires et militaires hors des communautés indigènes de notre pays!
Vive le 28e anniversaire de l'EZLN!
Vive la lutte zapatiste!
Liberté immédiate pour le professeur Alberto Pathistan!
Liberté immédiate pour nos prisonniers!

Collectifs et adhérents de l'Autre Campagne




17/08/2011

Le poète et le président


Depuis plusieurs mois maintenant des mouvements citoyens secouent le Mexique. Ils ont la particularité de naître du peu de cas qui est fait des droits de l'Homme aujourd'hui au Mexique, comme la Caravane Paso a paso hacia la paz (pas à pas vers la paix) initiée par des proches et des migrants victimes du crime organisé ou des services de police mexicains. Un de ces mouvements - Movimiento por la Paz con Justicia y Dignidad (Mouvement pour la paix avec justice et dignité) - traduit le ras-le-bol de la société civile face à la guerre de la drogue qui meurtrie le Mexique depuis l'arrivée à la présidence de Felipe calderon.
Le journaliste et poète Javier Sicilia, dont le fils a été brutalement assassiné, est devenu l'un des symboles et des portes-parole du mouvement. Même si des différences existent au sein du mouvement, ils ont réussi à imposer leur voix au-dessus du bruit des armes et des larmes. Le mouvement cherche maintenant à influer sur la voie suivie par le gouvernement en matière de sécurité et propose notamment de substitué à la loi de Sécurité nationale en discussion une loi de sécurité humaine et citoyenne.
Ces dernières semaines les discussions se sont crispées autour de cette loi après l'approbation par les législateurs d'une première version dans laquelle n'apparaissent aucune des propositions du mouvement, malgré les promesses des politiques. Le poète et le mouvement ont alors annulé une réunion avec les députés. Ils ont repris le dialogue hier et semble avoir réussi à dégager une première série d'accords.
Javier Sicilia, dans un texte publié par Proceso le 15 août - El perdon que clama el Alcazar - parle du pardon... celui exprimé par le président Calderon... du pardon que les Mexicains sont prêts à accorder à leurs belliqueux dirigeants.


Le pardon clamé par l'Alcazar

Javier Sicilia

Ce qui ces dernières semaines n'a eu de cesses de m'étonner c'est l'incongruité existant entre le pardon que le président (Calderon, ndt) et les législateurs ont présenté aux victimes à l'Alcazar du Chateau de Chapultepec, et leur obstination à maintenir une stratégie de guerre – qui les (victimes, ndt) a produit et continue à les produire – et à la légitimer par une loi de sécurité nationale. Si ce n'était parce que ces hommes et ces femmes portent en eux, au moment où ils demandèrent pardon, une émotion humaine sincère, il faudrait dire que nous nous trouvons face à du cynisme. Pourquoi s'émouvoir devant les visages des victimes et en même temps s'obstiner dans une stratégie qui en produit, si au fond de leurs cœurs ils ont été touchés par la douleur ?

La raison est à chercher dans ce que Günther Anders a appelé la « philosophie du déphasage », c'est à dire, dans ce que ces temps extrêmement techniques et bureaucratisés notre capacité à réaliser est en déphasage avec notre propre capacité à en imaginer les conséquences ou, en d'autres termes, nous nous trouvons dans l'incapacité de nous reconnaître dans les répercussions de nos actes. Quand à l'Alcazar le président, d'abord, puis les législateurs, se sont présentés devant les visages de souffrances des victimes, aucun d'entre eux n'a pu faire autrement que de s'émouvoir et de ressentir de la culpabilité face aux conséquences claires et frappantes de leur responsabilité dans la souffrance qu'ils avaient face à eux. Mais s'ils ont pu se tenir devant eux, ils ne purent faire face aux 50000 morts, 10000 disparus, 120000 déplacés que ces visages représentaient. Comment pourraient-ils être capables de mobiliser une douleur incluant tant de vies ? Comment pourraient-ils s'en vouloir pour 50000 morts, 10000 disparus et 120000 déplacés ? Non seulement eux mais n'importe quel être humain est incapable de le faire. S'il existait une correspondance entre les conséquences de la guerre et les six victimes présentes avec leurs exigences, elle n’existait pas entre ces mêmes faits et le nombre inimaginable de morts et de disparus qu'ils produisent. Cette incapacité est, comme le dit Anders, « une conséquence du fait que nous pouvons (faire) plus que ce que nous pouvons nous représenter mentalement, du fait que les effets sont trop importants pour notre imagination et pour les forces émotionnelles dont nous disposons. »

La machine bureaucratique fonctionne sans responsabilités. Pour cette raison Eichmann n'a jamais reconnu sa culpabilité lors de son procès à Jérusalem. De même, à l'exception de Claude Eatherly, aucun des membres de l'équipage qui lança la bombe sur Hiroshima ne se sentit coupable des 200000 vies fauchées. Pour cette même raison Calderon et les législateurs non plus ne peuvent accepter leur pleine responsabilité et faire que leur demande de pardon devienne un pas en direction de la paix.

Quel rapport existe entre la banalité d'imaginer dans un bureau le transport d'êtres humains vers un site appelé Auschwitz, avec le chiffre de 6 millions de juifs assassinés, et la banalité de tirer un levier depuis une altitude d'où les êtres humains sont invisibles et où la ville n'est qu'une maquette, avec le chiffre de 200000 brûlés ? Quel rapport entre la banalité de décréter une guerre pour combattre la délinquance et concevoir, depuis le confort de quelques bureaux, une loi de sécurité nationale pour la reconduire, avec l'abstraction de 50000 morts, 10000 disparus (« Moi, je les aurais combattu – dit Calderon – même avec des pierres », ou aussi, avec une immense incapacité à ressentir ce qu'il était en train de dire : « Moi, je porte la responsabilité morale de cette guerre ») ?

« La méthode habituelle – écrit Anders – pour dominer ce qui es trop grand consiste en une simple manœuvre de suppression, en continuant exactement comme avant, à supprimer l’œuvre du bureau de notre vie, comme si une trop grande faute n'était pas une faute dans l'absolu. » Et pourtant, nous avons besoin que – comme Eatherly le fit après avoir su ce qu'il avait causé à Hiroshima – le président et les législateurs sentent leur culpabilité dans ce qu'elle a d'immense, d'irrespirable, d'insupportable. Nous, nous ne voulons pas – comme ont essayé de le faire les psychiatres qui s'occupèrent d'Eatherly lorsqu'il clamait sa culpabilité – adoucir leur responsabilité en leur disant que ce qu'ils ont fait n'est pas si grave. Au contraire, nous voulons – et ça a été notre position aussi bien à l'Alcazar que dans d'autres réunions – qu'à l'instar de la conscience de Eatherly qui se le reprocha jusqu'à sa mort, ils assument leurs responsabilités dans toutes leurs atroces conséquences et se repentent réellement – c'est pour cela, c'est à dire parce que nous savons le poids de la faute qui leur incombe et qu'ils refusent de voir, après avoir exigé d'eux, nous les avons serrés dans nos bras et nous les avons embrassés. Lorsque, de même que Eatherly, ils pourront ressentir toute la dimension des conséquences apparemment banales de leurs actes de guerre, ils pourront changer de stratégie pour faire la paix, la justice et la dignité qu'ils nous ont arraché. C'est de cette manière seulement que le pardon, qui ne cesse de résonner depuis l'Alcazar, pourra enfin s'accomplir.

De plus je pense qu'il faut respecter les Accords de San Andres, libérer tous les prisonniers zapatistes, démolir le Costco-CM du Casino de la Selva, éclaircir les crimes des mortes de Juarez, chasser la Mine San Xavier du Cerro de San Pedro, libérer tous les prisonniers de l'APPO, faire un procès politique à Ulises Ruiz, changer la stratégie de sécurité et dédommager les victimes de la guerre de Calderon.


17/06/2011

La lucha sigue... la fiesta tambien!

Ce dimanche doit se tenir au Centre International de Cultures Populaires (CICP) à Paris une soirée de soutien avec les vidéastes zapatistes, à partir de 17h.
Depuis 1998, les zapatistes ont mis en place un système autonome de communication audiovisuelle. Pour gérer la production du tournage au montage final, ils sont aidés par l'association Promedios qui fournit du matériel et fait des ateliers dans les communautés zapatistes. Pourcontinuer sereinement ses activités, elle a besoin d'aide. En France, la distribution de films est en place :
PSYCHO SQUAT
(anarcho-punk 80's fondateurs de Maloka - Dijon)
CHICKEN'S CALL
(anarcho-punk hardcore - grenoble)
TULAMORT
(street punk hardcore - paname)
CICP 21 TER RUE VOLTAIRE 75011 PARIS
METROS : NATION / ALEXANDRE DUMAS



!!!ATTENTION!!!

Malheureusement, plusieurs collectifs et associations religieux et intégristes (Ligue de Défense Juive, Europe Israël) ont appelé à un rassemblement au coin de la rue volatire et du boulevard Philippe Auguste à 17h pour protester contre le départ d'une flotille pour Gaza depuis Marseille ce dimanche. Ils appellent leur rassemblement juste au dessus du cicp car il y a des associations palestiniennes au sein du CICP (mais il y a aussi l'Union de Juifs Français pour la Paix qui travaille avec Génération Palestine).
Il ne faut pas se leurrer, le bas de la rue Voltaire (boulevard voltaire) ainsi que le passage Dumas seront surement aussi occupés.


Ce rassemblement a été autorisé, et la police installera des barrages filtrants en haut et en bas de la rue Voltaire. Les contrôles et les fouilles seront donc certainement nombreux.
La CCC (Commission Contre-Culture), organisatrice de la soirée demande à tous les gens comptant venir au concert de soutien pour les zapatistes de:
- faire tourner cette info au maximum sur vos listes, forums, sites, blogs, concerts auxquels vous allez ou participez (prise de parole par exemple) pour informer un maximum de monde. Dès 17h le CICP risque d 'être quelque peu en état de siège même si rien n'est encore joué.
- de venir groupé et éventuellement plus tôt que 17h, donc plutôt vers 16h.
- d'éviter les
looks qui pourraient vous valoir quelques surprises (n'oublions pas que le chemin entre Nation, Alexandre Dumas, rue des boulets et le CICP risque de ne pas être sans embûches. On sait ce que signifient les mots "chasses au facies", "ratonnades", etc, puisque cela est déjà arrivé ces dernières années autour du CICP.
- tout le monde comprendra qu'une fois au CICP il faudra suivre les consignes du collectif et des militants présents quant au déroumlement de la soirée.


MAIS NOUS MAINTENONS CETTE SOIREE DE SOUTIEN AUX ZAPATISTES! LA LUCHA SIGUE!

09/05/2011

El silencio para gritar "Ya batsa!"


En Mexico, fueron mas de 85000 l@s que marcharon por la paz y la justicia.
En todo el pais, les Mexican@s marcharon para unir "su voce" al silencio que tomo el zocalo del DF.
Tambien en Paris, London, Nueva-York, Barcelona... marcharon l@s que quieren paz y justicia.
Los zapatistas sumaron sus rostros escondidos a la multitud, pero esta vez no griatron su famoso "Ya Basta!"... En su marcha como en todas, el silencio era el unico grito, un grito muy poderoso.


Aqui les pongo el articulo de Proceso sobre la marcha organizada por los zapatistas en San Cristobal de las Casas para apoyar a las convocada por el poeta Sicilia:


Más de 20 mil zapatistas salieron a la calle para exigir fin al baño de sangre
Isaín Mandujano

SAN CRISTÓBAL DE LAS CASAS, Chis., 07 de mayo (apro).- Cerca de 20 mil indígenas, bases de apoyo y simpatizantes del Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN) marcharon hoy en esta ciudad colonial para exigir al gobierno de Felipe Calderón el cese a la guerra fratricida que “ha manchado de sangre de gente inocente la historia de México”.

En el marco de la Marcha Nacional por la Justicia y contra la Impunidad, los miles de zapatistas salieron de las cinco regiones de Chiapas que conforman los cinco caracoles que a su vez aglutinan las cinco juntas de buen gobierno de más de 30 municipios autónomos rebeldes gobernados por la estructura política y militar del EZLN.

Convocados por la Comandancia General del Comité Clandestino Revolucionario Indígena (CG-CCRI) del EZLN, hombres, mujeres y niños se concentraron en la Universidad de la Tierra (Unitierra) para marchar por más de dos horas rumbo a la plaza central de San Cristóbal de Las Casas, también conocida como Plaza de la Paz o Plaza de la Resistencia, frente a la Catedral que por más de 40 años presidió el obispo emérito de Samuel Ruiz García.

Los indígenas llegaron cerca de las 15 horas a la plaza, que no fue suficiente para los casi 20 mil indígenas rebeldes que se concentraron en el centro de la ciudad.

Tras esperar que terminara de llegar todo el contingente, los zapatistas empezaron el mitin cantando el himno nacional mexicano, luego cantaron el himno zapatista.

En el templete estaban el comandante Tacho, el comandante David, y otros comandantes del EZLN que encabezaron la multitudinaria movilización, en la cual coincidieron indígenas de las etnias que convergen en el grupo armado, tsotsiles, tseltales, tojolabales, choles y otros.

Fue el comandante David quien pronunció el discurso principal del grupo armado mismo que fue traducido en tseltal, tsostsil, chol, y tojolabal.

Hoy estamos aquí miles de hombres, mujeres, niños y ancianos del EZLN para decir nuestra pequeña palabra. Hoy estamos aquí porque personas de corazón noble y dignidad firme nos han convocado a manifestarnos para parar la guerra que ha llenado de tristeza, dolor e indignación los suelos de México”, empezó David.

David dijo que se vieron en las necesidad de salir de sus comunidades y tomar la plaza de esta ciudad por que se sintieronllamados por el clamor de justicia de madres y padres de niños y niñas que han sido asesinados por bala y por la altanería y torpeza de los malos gobiernos”.

Salimos porque nos sentimos llamados por la digna rabia de las madres y padres de los jóvenes asesinados por bandas criminales y por el cinismo gubernamental. Porque nos sentimos convocados por los familiares de muertos, heridos, mutilados, desaparecidos, secuestrados y encarcelados sin tener culpa o delito alguno”, dijo el líder rebelde.

Indicó que decenas de miles de personas han muerto en esta guerra absurda que no lleva a ninguna parte y que la paz y la justicia no encuentran ya lugar en ninguno de los rincones de nuestro país, “que la única culpa de estas víctimas es haber nacido o vivido en un país mal gobernado por grupos legales e ilegales sedientos de guerra, de muerte y de destrucción”.

Mencionó que esta guerra ha tenido como principal blanco militar a seres humanos inocentes, de todas las clases sociales, que nada tienen qué ver ni con el narcotráfico ni con las fuerzas gubernamentales.

Los malos gobiernos, todos, el federal, los estatales y municipales, han convertido las calles en zonas de guerra sin que quienes las caminan y trabajan estuvieran de acuerdo y vieran la forma de resguardarse. Los malos gobiernos han convertido en zonas de guerra las escuelas y universidades públicas y privadas, y los niños y los jóvenes no entran a clases sino a emboscadas de uno y otro bando y que los lugares de reunión y diversión son ahora objetivos militares”, agregó.

El comandante David señaló que “los malos gobiernos crearon el problema y no sólo no lo han resuelto, sino que lo han extendido y profundizado en todo México”.

Hace unos días empezó a caminar en silencio el paso de un padre que es poeta, de unas madres, de unos padres, de unos parientes, de unos hermanos, de unas amistades, de unos conocidos, de seres humanos. Ayer fueron sus dignas palabras, hoy es su silencio digno. Sus palabras y sus silencios dicen los mismo: queremos paz y justicia, o sea una vida digna”, dijo David.

Dijo que “estas personas honestas están pidiendo, demandando, exigiendo del gobierno un plan que tenga como principales objetivos la vida, la libertad, la justicia y la paz y el gobierno les responde que seguirá con su plan que tiene como principal objetivo la muerte y la impunidad.

Para Davidestas personas no buscan ser gobierno, sino que buscan que el gobierno procure y cuide la vida, la libertad, la justicia y la paz de los gobernados y que su lucha no nace del interés personal, sino que nace del dolor de perder a alguien que se quiere como se quiere a la vida”.

Los gobiernos y sus políticos dicen que criticar o no estar de acuerdo con lo que están haciendo es estar de acuerdo y favorecer a los criminales. Los gobiernos dicen que la única estrategia buena es la que ensangrenta las calles y los campos de México, y destruye familias, comunidades, al país entero”, criticó David.

El encapuchado mencionó que la historia de México se ha manchado de sangre de gente inocente que ha muerto en esta cruzada contra el llamado crimen organizado.

Compañeras y compañeros, hoy venimos a decirles que se trata de una lucha por la vida y en contra de la muerte. No se trata de ver quien gana de entre católicos, evangélicos, mormones, presbiterianos o de cualquier religión o no creyentes. No se trata de ver quién es indígena y quién no. No se trata de ver quién es más rico o más pobre. No se trata de quien es de izquierda, de centro o de derecha. No se trata de si son mejores los panistas o los priístas o los perredistas o como se llame cada quien o todos son iguales de malos”, concluyó David.

Los servicios de Protección Civil del Gobierno de Chiapas, calcularon más de 15 mil indígenas bases de apoyo y simpatizantes del EZLN en la plaza, los organizadores hablaban de 20 mil y algunos se atrevían a señalar que eran 35 mil rebeldes encapuchados. Desde el 2001 no se había realizado una magna concentración de zapatistas en esta plaza.



La reproducción de los pasos-Rocha (La Jornada / 9 de mayo del 2011)
Certains pères sont poètes
Les enfants sont poésie



Au Mexique, plus de 85000 personnes ont marché pour la paix et la justice.
Dans tout le pays, les MexicainEs ont marché afin d'unir leur "voix" au silence qui a saisi le Zocalo du DF.
A Paris, Londres, New-York, Barcelone... ont aussi marché celles et ceux qui réclament paix et justice.
Les zapatistes ont ajouté à la multitude leurs visages masqués, mais cette fois ils n'ont pas crié leur fameux "ya Basta!"... Pendant leur marche, comme dans toutes les autres, le silence fut le seul cri, un cri très puissant.

Voici l'article de Proceso sur la marche organisé par les zapatistes à San Cristobal de Las Casas en soutien à celle organisée par le poète Sicilia:


Plus de 20 000 zapatistes sont descendus dans la rue pour exiger la fin du bain de sang

Près de 20000 indigènes, bases de soutien et sympathisants de l'Armé Zapatiste de Libération nationale (EZLN) ont marché aujourd'hui (le 8 mai, ndt) dans cette ville coloniale afin d'exiger du gouvernement de Felipe Calderon la fin de la guerre fratricide qui "a taché du sang d'innocents l'histoire du Mexique."

Dans le cadre de la Marche Nationale pour la Justice et contre l'Impunité, les milliers de zapatistes sont sortis des cinq régions du Chiapas qui forment les cinq "caracoles" qui à leur tour rassemblent les cinq "juntas de buen gobierno" de plus de 30 municipalités autonomes rebelles gouvernées par la structure politico-militaire de l'EZLN.

Appelés par le Commandement Général du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène (CG-CCRI) de l'EZLN, des hommes, des femmes et des enfants se sont réunis à l'Université de la Terre (Unitierra) pour manifester plus de deux heures jusqu'à la place centrale de San Cristobal de Las Casas, connue également comme Place de la Paix ou Place de la Résistance, face à la cathédrale qui pendant de plus 40 ans fut présidé par l'évêque émérite Samuel Ruiz Garcia.

Les indigènes sont arrivés vers 15h sur la place, qui n'était pas assez grande pour les près de 20 000 indigènes rebelles réunis dans le centre ville.

Après avoir attendu l'arrivée de tout le contingent, les zapatistes ont commencé leur meeting en chantant l'hymne national mexicain, puis l'hymne zapatiste.

Sur l'estrade étaient présents le commandant Tacho, le commandant David, et d'autres commandants de l'EZLN qui avaient pris la tête de la mobilisation, au sein de laquelle se mêlaient des indigènes des ethnies qui composent le groupe armé, tsotsiles, tseltales, tojolabales, choles et d'autres encore.

C'est le commandant David qui a prononcé le discours principal du groupe armé, traduit en tseltal, tsostsil, chol et tojolabal.

"Nous sommes ici aujourd'hui, milliers d'hommes, de femmes, d'enfants et d'anciens de l'EZLN pour dire notre petite parole. Aujourd'hui nous sommes ici parce que des personnes au cœur noble et à la dignité ferme nous ont appelé à manifester pour arrêter la guerre qui a empli de tristesse, de douleur et d'indignation les terres du Mexique", a commencé David.

David a indiqué qu'ils avaient ressenti le besoin de sortir de leurs communautés et de prendre la place de cette ville parce qu'ils s'étaient senti "appelé par la clameur de justice de mères et de pères d'enfants assassinés par balles et par la suffisance et la bêtise des mauvais gouvernements".

"Nous sommes venus parce que nous nous sommes sentis appelé par la digne rage des mères et des pères des jeunes assassinés par des bandes criminelles et par le cynisme gouvernemental. Parce que nous nous sommes sentis appelé par les familles des morts, des blessés, des disparus, des séquestrés et des emprisonnés sans avoir commis la moindre faute ni aucun délit", a déclaré le leader rebelle.

Il a indiqué que de s dizaines de milliers de personnes sont mortes dans cette guerre absurde qui ne mène nulle part, et que la paix et la justice n'ont plus droit de cité dans aucun recoin de notre pays, "que la seule faute de ces victimes est d'être né ou d'avoir vécu dans un pays mal gouverné par des groupes légaux et illégaux assoiffés de guerre, de mort et de destruction".

Il a expliqué que cette guerre avait eu comme principale cible militaire des êtres humains innocents, de toutes classes sociales, qui n'avaient rien à voir ni avec le narcotrafic ni avec les forces gouvernementales.

"Les mauvais gouvernements, tous, fédéraux, des états, municipaux, ont transformé les rues en zones de guerre sans que ceux qui y passent et travaillent ne soient d'accord et ne trouvent le moyen de se mettre à l’abri. Les mauvais gouvernements ont converti en zones de guerre les écoles et les universités publiques et privées, et les enfants et les jeunes ne vont plus en classes mais tombent dans des embuscades de l'une ou l'autre bande et les lieux de réunion et de distraction sont devenus des objectifs militaires." a-t-il ajouté.

Le commandant David a ajouté que "les mauvais gouvernements ont créé le problème et ne l'ont, non seulement pas résolu mais l'ont aggravé et étendu à tout le Mexique".

"Il y a quelques jours ont commencé à marcher en silence un père qui est poète, des mères, des pères, des frères, des amis, des proches, des êtres humains. Hier il y eut leur digne parole , aujourd'hui il y a leur silence digne. Leur parole et leur silence disent la même chose: nous voulons la paix et la justice, c'est à dire une vie digne", a dit David.

Il a également dit que "ces personnes demandent, réclament, exigent du gouvernement un plan ayant comme principaux objectifs la vie, la liberté, la justice et la paix, et le gouvernement leur répond qu'il poursuivra avec son plan qui a comme objectifs principaux la mort et l'impunité.

Pour David "ces personnes ne cherchent pas à remplacer le gouvernement, mais elles cherchent à ce que le gouvernement procure et garantisse la vie, la liberté, la justice et la paix des gouvernés et que leur lutte ne naît pas d'intérêts individuels, mais d'avoir perdu un être cher comme peut l'être la vie".

"Les gouvernements et leurs politiciens disent que critiquer ou ne pas être en accord avec ce qu'ils font c'est être d'accord et favoriser les criminels. Les gouvernements disent que la seule bonne stratégie est celle qui ensanglante les rues et les champs du Mexique, qui détruit les familles, les communautés, le pays tout entier" a critiqué David.

L'homme masqué a expliqué que l'histoire du Mexique était taché du sang d'innocents, morts dans cette croisade contre le supposé crime organisé.

"Camarades, nous sommes venu aujourd'hui pour vous dire qu'il s'agit d'une lutte pour la vie et contre la mort. Il ne s'agit pas de savoir qui va gagner entre les catholiques, les évangélistes, les mormons, les presbytériens ou de quelques religion que ce fut ou de non croyants. Il ne s'agit pas de savoir qui est indigène ou qui ne l'est pas. Il ne s'agit pas de savoir qui sont les plus riches ou les plus pauvres. Il ne s'agit pas de savoir qui est de gauche, du centre ou de droite. Il ne s'agit pas de savoir si les meilleurs sont ceux du PAN, du PRI ou du PRD, ou comment s'appelle chacun ou s'ils sont tous aussi mauvais", a conclu David.

Les services de Protection Civile du Gouvernement du Chiapas ont estimé à plus de 15000 indigènes, bases de soutien et sympathisants de l'EZLN sur la place, les organisateurs parlent de 20000 et certains osent même avancer le chiffre de 35000 rebelles cagoulés. Depuis 2001 il n'y avait pas eu un tel rassemblement zapatiste sur cette place.