"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

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17/11/2019

À propos des évènements en cours en Bolivie

Moins médiatisés que les révoltes au Chili ou à Hong Kong, les évènements qui secouent en ce moment la Bolivie sont, sans doute plus que les autres, caricaturés:
coup d'état militaires pour les partisans d'Evo Morales, victoire de la démocratie contre la dictature du MAS et de Morales pour la droite et l'extrême droite. Ce changement de pouvoir s'accompagne au mieux du silence complice de la plus part des gouvernements des grands pays et au pire du soutien et de la reconnaissance de l'auto-proclamée présidente par intérim Áñez (qui semble avoir une bible greffée à la main).
Bref, il semble bien compliqué de comprendre ce qui se trame dans ce pays andin.
Je partage donc quelques textes qui semble éviter les caricatures afin de comprendre ce qui se passe dans le pays andin.


 - tout d'abord, cet article plutôt honnête et relativement complet sur la situation (pour un média mainstream): https://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/l-article-a-lire-pour-comprendre-ce-qui-se-passe-en-bolivie_3699383.html


- un texte qui date d'avant la crise bolivienne et qui donne sans doute à comprendre l'une des clefs de la chute de Morales, l'extractivisme: https://www.bastamag.net/Bolivie-Amazonie-Evo-Morales-Indus…

- un texte qui tente de prendre en compte le contexte de l'histoire politique bolivienne mais qui porte une vision politique sans doute trop marquée par l'émergence de cette gauche latino-américaine de gouvernement: https://blogs.mediapart.fr/…/…/bolivie-comment-evo-est-tombe

- enfin, un texte plus politiquement marqué, quoi qu'encore emprunt d'un certain légitimisme, mais qui sans se noyer dans le contexte socio-historico-politique, se focalise sur les évènements présents et les forces en présence: https://agitationautonome.com/…/bolivie-un-soulevement-pop…/

Mais afin de signer mon retour sur ce blog, délaissé depuis bien trop longtemps, je partage avec vous cette traduction du Serpent@Plumes du discours de la chercheuse et féministe bolivienne Silvia Rivera Cusicanqui, tenu lors d'une rencontre de femmes à la Paz, le 12 novembre dernier.
source: https://desinformemonos.org/esta-coyuntura-nos-ha-dejado-una-gran-leccion-contra-el-triunfalismo-silvia-rivera-cusicanqui-desde-bolivia/
Bonne lecture.

 

Participation de Silvia Rivera Cusicanqui1 au Parlement des femmes de la Paz, qui s’est tenu à La Paz, Bolivie, le 12 novembre 2019.




Silvia Rivera Cusicanqui - photo de Desinformémonos


J’ai un très sérieux problème de genoux, il paraît que c’est l’orgueil. Je suis orgueilleuse, effectivement, d’être une femme, et aussi d’une certaine manière d’être restée silencieuse tout ce temps, parce qu’à moi la patrie m’a offert cet accident. Juste le 23 je suis tombée en semant avec ma fille à Cochabamba, et cela m’a donné le ton de la nécessité d’une certaine politique du silence.
J’ai ressenti une excessive saturation discursive. J’admire l’internet des grains de sel, mais j’aime la communication face à face, c’est pour ça que j’ai préféré venir ici et non le faire depuis chez moi, parce que je peux voir les yeux, je peux sentir l’atmosphère, je peux même entendre les broncas contre moi. Tout cela m’aide à être moi-même, à être humble, a être aimable et non prétentieuse. Cette conjoncture nous offre une grande leçon contre le triomphalisme.
Je ne crois en aucune des deux hypothèses qui ont été présentées. Le triomphalisme qui dit qu’avec la chute de Evo nous avons retrouvé la démocratie me paraît excessif, une analyse qui vise à côté. Il manque beaucoup pour retrouver la démocratie, il manque un travail de fourmi, une reconnaissance de l’état actuel de doña Ena Taborga à Rositas2, les compañeras de Tariquía3, les compañeras du TIPNIS4 (Territoire Indigène et Parc National Isiboro-Sécure), doña Marquesa, doña Cecilia, toutes les femmes en lutte, quelque soit leur lutte. Quelques-unes d’entre-elles ont même été candidates, mais il nous manque de prendre en charge ces réalités où la démocratie demeure encore un but très éloigné, parce qu’elles sont encore et toujours dirigées par des syndicats prisonniers de la misogynie, d’intérêts très divers qui se rapprochent avec des intentions menaçantes. Il y a aussi des gens qui se sont interposés, qui ont lutté, et qui cependant, à l’heure de figurer dans les espaces publics, se sont vus privés de parole, comme ce fut le cas à Tariquía.
C’est pourquoi je pense que ceci est un bon forum, positif, afin de commencer à discuter de ce qu’on entend par démocratie et par être indien ou indienne ou originaire. La seconde fausse hypothèse, qui me semble à moi hautement dangereuse, c’est celle du coup d’État, qui ne cherche qu’à légitimer, tout entier, avec le paquet et tout, enveloppé de cellophane, tout le gouvernement de Evo Morales dans ses moments d’abâtardissement les plus forts. Tout cet abâtardissement, le légitimer par l’idée du coup d’État, c’est criminel, et pour autant nous devons réfléchir sur les causes de cet abâtardissement.
En entrant ici il y a une heure, j’ai donné à deux personnes une photocopie du journal du 2 novembre. Je veux que vous voyiez qu’un type appelé Juan Ramón Quintana5, annonçait le 2 novembre la vietnamisation du pays, ce que lui a fait durant des années, c’est à dire endoctriner, c’est à dire pousser les indigènes dans des réseaux des mafias militaires, comme ça a été fait dans de nombreuses communautés. Hugo Moldiz6, qui a travaillé avec ceux qu’on appelle les Ponchos Rouges7… Moi j’ai connu d’autres Ponchos Rouges, moi j’ai connu des frères et des sœurs qui allaient en famille à la colline pour effectuer un rituel avant de partir à la bataille. Ça ce sont les Ponchos Rouges que moi j’ai connu. Ce qu’a fait Hugo Moldiz le 22 janvier 2006 c’est amener une armée en uniforme et parfaitement armée.
Il a fait croire que nous étions face à un gouvernement révolutionnaire dans le style cubain, mais nous engueulait pour les nostalgies gauchistes d’un groupe de machos qui ne sont pas seulement les machos de Camacho8, mais aussi les machos gauchistes, misogynes, qui nous traitent comme chair à canon et comme chair à hameçon afin de créer leurs réseaux de perversion des secteurs populaires.
Je me souviens très bien quand les militaires ont fait une grande orgie avec la COB (Centrale Ouvrière Bolivienne), avec des femmes, afin d’influer sur leurs objectifs. Nous n’avons pas pu nous rendre compte que cela était systématique, que ça a duré des années. Ce personnage et tout son réseau de militaires incluant l’homme qui contrôle les téléphériques. Je suis témoin de l’utilisation politique des téléphériques, de distribution de cartes pour que le prix baisse et massacrer et détruire les pumakataris9.
Tout cela tisse un obscur réseau incluant le directeur de l’ANH (Agence Nationale des Hydrocarbures), un intime de Quintana. Que vient faire l’ANH dans les incendies ? Elle offre des réchauds à gaz. Cette chose honteuse qui est accompagnée d’une défense des incendies est en train d’unir les luttes des femmes, les luttes écologistes, des jeunes, des vieilles comme moi qui sont préoccupées par le futur et par l’eau que consommeront leurs petites-filles et les filles de leurs petites-filles.
Je suis très attristée qu’Evo soit parti, mais l’espoir d’une Bolivie pluriculturelle n’est pas parti, l’espoir que le whipala10 nous représente dans ses différentes variantes n’est pas parti, l’espoir d’en finir avec le racisme n’est pas parti. Nous devons continuer sur le front antiraciste, et nous devons continuer à rassembler des forces afin de pouvoir articuler l’impression de récupérer la démocratie au jour le jour. J’ai beaucoup de peine concernant ce qui s’est passé, je n’ai pas la moindre sensation de triomphe.
Je sais bien que la religion ce n’est pas seulement Camacho, c’est la bronca face l’enivrement généralisée qu’a été le travail syndical de Quintana et ces flics qui viennent avec des canettes d’alcool. Voilà ce qui me fait mal, c’est le même mécanisme qu’utilisaient les colonisateurs au XVIIe siècle, désarmer les communautés en leur donnant des canettes d’alcool. Mais aussi, les propriétaires terriens et les entrepreneurs qui souhaitaient se libérer de la réforme agraire, comme Ponce Sanginés11, qui distribua de l’alcool et il eut toute une hacienda d’indiens folkloriques à exhiber dans des musées.
Nous devons comprendre pourquoi les gens réagissent de cette manière réactionnaire. Ils sont fatigués d’un certain type de politique syndicale, misogyne, qui dirige les gens comme s’ils étaient du bétail. Les femmes de Totora12, qui ont été celles qui ont lutté pour une autonomie indigène, ont été vaincues par leurs propres maris et leurs proches qui leur ont tendu le piège du referendum.
Ce qui s’est passé est bien triste, compañeras, et le triomphalisme d’avoir récupéré la démocratie à partir du moment où Evo est monté dans un avion, me semble d’une banalité et d’une pauvreté impressionnante, mais le défaitisme qui dit qu’il y a ici un coup d’État et que tout est perdu est faux. C’est penser que le MAS est l’unique possibilité que nous avons d’être inter-ethnique, pluriel, pluriculturelle. Parce qu’il y a un ministre gay et quelques femmes qui défendent apparemment le lesbianisme, ont devraient croire qu’il y a une démocratie inter-culturelle et ample et anti-homophobe ? Non, ça ce sont des utilisations symboliques.
Je suis avec le whipala et je sais qu’il y a de nombreux types de whipala, il n’y en a pas qu’un seul. Nous connaissons de vieux whipalas, ils avaient d’autres couleurs bien différentes. C’est cette pluralité que nous devons récupérer, mes sœurs, et aussi la possibilité de nous rapprocher entre femmes et indiennes et indiens. J’ai pleuré en voyant la maltraitance des femmes qui porte la pollera13 au nom de la démocratie, j’ai pleuré en voyant de très jeunes gens maltraités en disant qu’ils sont indiens. L’indien ou l’indienne qui est en nous, nous fait très mal. Ça dépend beaucoup de nous de la libérer et de la rendre heureuse, capable de parler plusieurs langues, d’avoir une fonction de pensée théorique. Voilà ce qu’est pour moi l’être indien.
Je me sens à moitié défaite, mais aussi pleine d’espoir. Nous nous sommes beaucoup dressé pour ce processus et nous avons souffert de son abâtardissement aux mains de ces flics entraînés à l’École des Amériques14. Ils ont beaucoup à perdre, ils ont perdu 30 péniches chinoises, mais ils ont tout le lithium. C’est ça qu’ils veulent piller.
S’il vous plaît, que ce parlement génère un espace où articuler une unité contre ces forces sinistres que commencent à être l’IIRSA (Initiative pour l’Intégration de l’Infrastructure Régionale Sud américaine) et aussi les capitales chinoises, russes, vénézuéliennes et toute cette mafia qui représente l’ennemi principal qui est toujours vivant et en bonne santé et qui arme les gens, les mentalités. Prenons bien soin de nous, mais soyons également conscientes que nous ne pouvons tomber dans la joie qu’enfin l’indien soit parti. Ça, c’est pour moi très douloureux.









1 Sociologue, activiste, théoricienne contemporaine et historienne bolivienne, elle a travaillé sur la théorie anarchiste, ainsi que sur les cosmologies quechua et aymara. Elle fut cofondatrice et directrice en 1983 de l’Atelier d’Histoire Orale Andine (THOA pour l’acronyme espagnol) et dirige actuellement le collectif Ch’ixi. Ce mot évoque une couleur issue de la juxtaposition de couleurs opposées, proche du concept élaboré par René Zavaleta, philosophe et sociologue bolivien, de « société bigarrée », qui exprime la coexistence parallèle de multiples différences culturelles. Elle travaille également directement avec les mouvements indigènes, notamment tupacataristas et cocaleros.
2 Projet hydro-électrique qui menace une zone protégée en Bolivie et rejetée par les communautés.
3 Réserve nationale de la faune et de la flore de Tariquía.
4 Parc national créé en 1965 et déclaré territoire indigène en 1990 à la suite de la lutte de peuples natifs. En 2011 un projet de route traversant le territoire, lancé par le gouvernement de Morales, a été abandonné à la sutie d’une forte opposition et d’une répression féroce.
5 Militaire, sociologue et homme politique bolivien. Il fut ministre lors des trois premiers gouvernement de Morales. Il a été l’une des figure de proue du MAS (Movimiento al Socialismo / Mouvement vers le Socialisme).
6 Avocat, journaliste et universitaire bolivien, brièvement ministre du troisième gouvernement de Morales, en 2015.
7 Groupe indigène radical soutien de la refondation de la Bolivie proposée par Morales dans la nouvelle constitution, spécialement les idées donnant plus de pouvoir à la majorité indigène et expropriant les terres non utilisées.
8 Quasiment inconnu sur la scène internationale il y a encore quelques semaines, cet entrepreneur ultra-réactionnaire, raciste et catholique, est devenu la figure principale de l’opposition au gouvernement de Morales. Ses supporters se font appeler les « machos de Camacho ».
9 Service public de bus urbain mis en place dans un contexte de féroce concurrence du secteur des transports des personnes.
10 Nom donné aux drapeaux rectangulaires, à sept couleurs, utilisées par les groupes ethniques des Andes. Il en existe de nombreuses variantes.
11 Arquéologue qui a notamment étudié le site archéologique de la Cité du Soleil de Tiahuanaco.
12 Petite ville du département de Cochabamba et chef-lieu de la province de Carrasco.
13 Jupe bouffante traditionnelle.
14 Célèbre école militaire US où ont été enseignées aux militaires latino-américains les doctrines de contre_insurrection et inculqué une idéologie anti-communiste.



20/04/2012

Sur les pas de Traven


Une nouvelle écrite pour le fanzine A bloc! #2, sorti en novembre 2011. C'est un hommage - à mon humble niveau - à un immense auteur: B. Traven.
La forme de la nouvelle a été librement inspiré par l'un des romans fondateur de la littérature moderne mexicaine: Pedro Páramo de Juan Rulfo.

J'espère à travers cette petite histoire vous donner envie de (re)découvrir cet écrivain qui fut, plus qu'un pont dans la jungle, un pont entre les peuples d'ici et là-bas... où que ce soit!

 
Bonne lecture



 

Une si longue nuit

La chaleur était accablante. Elle tombait sur la canopée comme les pluies le faisaient le reste de l'année. La jungle transpirait, bruissait. Le vent, les oiseaux, les singes l'emplissaient de leurs chants, de leurs respirations, de leurs mouvements. Gales marchait depuis de longues heures, s'enfonçant toujours plus profondément dans cette trame végétale. Des moustiques tourbillonnaient sans cesse autour de lui. La machette battait sa cuisse, marquant le rythme régulier de la marche. Il but une gorgée d'eau à la gourde, en versa un peu sur un madras, le noua sur sa tête puis recoiffa son chapeau. La forêt Lacandone était le reflet fidèle de ses souvenirs. Ou étaient-ce ceux de son père ?
A l'image de l'agitateur et rédacteur du Ziegelbrenner (1), anarchiste de la République des conseils fuyant Munich vaincue par la charge de l'Histoire, Gales erra dans une Europe que ses frontières labyrinthiques et sa bureaucratie étriquée claquemuraient dans une absurdité kafkaïenne. Il s'embarqua sur un vaisseau des morts (2) et fut bien près d'y laisser sa peau. Sur les pas de son père il débarqua au Mexique, travailla comme cueilleur de coton, foreur sur un champ de pétrole... A Tampico, il avait côtoyé les Wobblies (3), ces adeptes d'un syndicalisme nomade vivant au grès des emplois, suivant le mouvement des grèves. Père et fils vécurent longtemps dans de simples huttes, entourés d'Indiens, au milieu de la jungle.
Alors qu'au-dessus des arbres gigantesques le soleil déclinait, Gales gravit une petite butte et déboucha sur un vieux ranch abandonné. Mère nature avait repris dans ses bras l'éphémère vanité humaine. Les racines, les lianes, les branches avaient repoussé les murs, soulevé le toit. Gales attacha ses deux mulets et perçut dans le brouhaha de la forêt les gazouillis timides d'un cours d'eau. Plus bas, un pont de bois branlant enjambait le lit d'une rivière que la saison avait en partie asséchée. Il promenait son regard tout autour, contempla longuement cet océan de verdure. Il était venu retrouver la piste de l'auteur de ses jours. Mais dans la jungle les traces meurent plus vite encore que les hommes.
La nuit tombait moins qu'elle ne montait de la forêt. Les flammes arrachaient à l'épais mur d'obscurité quelques éclats de lumière. Gales avait fini son repas. La symphonie de la jungle jouait de ses tonalités nocturnes. Il alluma un cigare avec un tison tiré du feu. Il fumait avec délectation, souriait, regardait le trabuco rouler entre ses doigts. Parfois il soufflait sur le bout incandescent puis tirait une bouffée. Il était assis à même le sol, appuyant son dos sur la grosse racine qui serpentait derrière lui. Il ferma les yeux pour chasser la fatigue et se laissa aller. Il imaginait Ret Marut, ce père qui en débarquant au Mexique en 1924 avait écrit : "Le Bavarois de Munich est mort." Comme était mort à l'aube du XXe siècle le prolétaire vagabond, cédant sa place à l'homme de théâtre puis au révolutionnaire. Gales songeait aux cendres de son auteur, dispersées au-dessus de cette jungle qu'il avait tant aimée.


Il fut sorti de sa torpeur par le crin-crin lancinant d'un violon. Devant lui, enveloppée de voiles de brume, se dressait une jolie petite brune. Il reconnut Irène Mermet, compagne de route de Marut sur les chemins de la révolution allemande. "Je ne l'ai jamais trahi." Elle s'assit tout près de lui. "Avec ma jeunesse j'ai perdu mes convictions, c'est vrai, mais j'ai toujours préservé le secret de ton père. Je l'ai tellement aimé !" Comme nimbée d'une aura d'éternité, Rosa Elena Lujan sortit des ténèbres à son tour. "C'est moi qui ai confirmé suivant ses dernières volontés, qu'il avait été Ret Marut." "Ce qui ne signifie en rien qu'il soit né sous cette identité !", trancha sèchement Esperanza Lopez Mateos. Elle éprouvait pour Rosa Elena une grande admiration mais dédaignait le charme paisible de celle qu'elle considérait comme sa rivale. Celle qui après son suicide en 1951 avait pris sa place auprès de l'écrivain. Celle qui était parvenue à toucher l'homme et qui l'avait épousé six ans plus tard.
"Mesdames, voyons !" Diego Rivera et Frida Kahlo entrèrent en scène hilares, sortant bras dessus bras dessous de la petite bâtisse de bois. "Pour les autorités mexicaines, il était Traven Torsvan, né le 3 mai 1890 à Chicago." L'imposant muraliste de la révolution mexicaine poursuivit. "Selon d'autres sources il serait né en 1882 à Schwiebus en Allemagne et se serait appelé Otto Albert Max Feige." La frêle Frida, grande artiste au corps tourmenté enchaîna, "Selon les autorités de résidence de Munich, Ret Marut serait né le 25 février 1882 à San Francisco. Mais le tremblement de terre de 1906 a englouti les archives de la ville. Son bulletin de naissance a été avalé par la Terre !" Diego ajouta : "Au cours de sa vie il aura utilisé plus d'une vingtaine d'identités, dont Hal Croves..." Humphrey Bogart hocha la tête en vidant sa coupe de champagne. Frida rappela un sourire aux lèvres que la rumeur avait fait de leur ami le fils caché de l'empereur Guillaume II, Jack London ou encore un groupe de scénaristes hollywoodiens. John Huston évoqua sa rencontre avec l'écrivain sur le tournage du Trésor de la Sierra Madre. "J'étais fasciné par le roman et par l'auteur. En 1946 j'ai rencontré Croves, son soi-disant imprésario. Un homme rugueux. J'ai encore du mal à croire qu'ils n'aient été qu'une seule et même personne." Le cinéaste Gabriel Figueroa se tourna vers Gales : "La seule chose dont on est sûr, c'est de la date de sa mort... Le 26 mars 1969 ! La veille il m'avait demandé du cyanure. Mais la Mort a été plus rapide que moi."
La jungle sous son lustre d'étoiles prenait des allures de salon mondain. Le vieux rancho, d'un jeux d'ombres et de lumières se parait des ors verts et des boiseries cuivrées de la jeune république mexicaine. Protagonistes et figurants d'un soir palabraient, plaisantaient, riaient en glissant dans le halo des flammes. Esperanza, femme d'une grande culture au sourire orgueilleux avait suspendu Gales aux commissures de ses lèvres carmin. "J'avais approché ses éditeurs dès 1939. Je voulais l'autorisation de traduire Le pont dans la jungle pour que Gabriel l'adapte au cinéma. J'ai essuyé un refus mais je l'ai tout de même traduit. Ma version lui a tellement plu qu'il m'a engagée comme agent littéraire et traductrice."
Gales reconnut Ernst Preczang, le premier directeur de la Guilde du livre Gutenberg et son successeur, Josef Wieder. Ce dernier évoquait le malin plaisir qu'avait pris l'écrivain à brouiller les pistes. "En 1951, alors qu'il obtient la nationalité mexicaine, nous publions le premier numéro des BT-Mitteilungen, un bulletin photocopié d'information ou plutôt de désinformation adressé aux agences littéraires. Ce petit jeu dura jusqu'en 1960 ! Marut savait aussi se montrer fidèle. Lorsqu'en 1933 la Guilde tomba entre les mains des nazis, il transféra ses droits à la filiale de Zurich que je dirigeais."
Preczang se vantait quant à lui d'avoir fait du rebelle un écrivain. "La Guilde n'en était qu'à ses débuts et nous étions à la recherche d'auteurs neufs et sociaux. Nous n'avions pas identifié derrière le pseudonyme le responsable de la presse de Munich insurgée. Son Baumwollpflücker (4) au ton anarcho-syndicaliste marqué, publié en épisodes l'année précédente, en 1924, avait attiré mon attention. Je lui ai proposé de publier ce qu'il écrirait, il a accepté. Mais lorsque nous lui avons demandé de nous fournir une photo, des éléments de biographie, il a répondu que sa vie ne regardait que lui. Il avait écrit, je cite de mémoire : Si on ne reconnaît pas l'homme à ses œuvres, de deux choses l'une, soit c'est l'homme qui ne vaut rien, soit ce sont ses ouvrages."
Esperanza profita du passage d'un ange pour reprendre la parole. "Neuf ans de silence entre ma mort et son ultime Aslan Norval... C'est long ! Suffisamment pour nourrir la légende. Sans œuvre, pas d’auteur !" Elle décrivit en détails la conférence de presse au cours de laquelle son frère Adolfo, alors président du Mexique, nia qu'elle fut le mystérieux écrivain. "Il réfuta également l'être lui-même." ajouta Rivera, balançant sa flûte de champagne d'une main à l'autre. "Le Chiapas, la forêt Lacandona, los indios, voilà ce qui le définissait. Il suffit de le lire pour s'en persuader. La terre des anciens Mayas le fascinait littéralement. Il admirait ces peuples capables de forger un mot, multepal, pour dire "gouverner ensemble" et de reléguer temples et palais à l'état de vestiges du passé. C'est d'ailleurs son journal de voyage au Pays du printemps, qui l'imposa à l'intelligentsia que nous formions dans ce Mexique des années 30. Beaucoup d'entre nous y décelèrent la profondeur du regard porté sur l'histoire de notre pays"
La nuit avançait à pas de félin et la fraîcheur couvrait de rebozos les épaules des femmes. Des lambeaux de chair, flammèches consumées par l'obscurité, s'élevaient des corps, asséchaient la bonhomie d'un Diego Rivera. Ses yeux ronds n'étaient plus ceux d'un batracien bon vivant mais un regard vide au fond d'orbites creuses. La stupeur avait jeté son masque sur le visage de Gales et les corps désincarnés des invités dansaient joyeusement dans des vêtements devenus trop amples. Frida Kahlo figurait, elle, une exquise Catrina.
Venant d'au-delà du pont, une indienne au visage raviné s'approcha de Gales. "Ton père et moi nous sommes rencontrés en 1926. Il se faisait appeler Torsvan. Il s'était joint comme photographe à l'expédition archéologique du docteur Palacios. Fin juin, il avait laissé ses compagnons à San Cristobal de las Casas pour s'enfoncer seul sur nos terres. C'est alors que je l'ai connu. Ensuite nous ne nous sommes plus vraiment quittés. Il est toujours revenu ici, vers cette terre, cette jungle, vers nous, Indiens qui y vivons." Elle rajeunissait et son teint de bronze, ses cheveux épais et noirs, la dignité de son regard s'effaçaient derrière le voile de nuit enveloppant ses traits et la lune. "Il a cherché dans les livres l'histoire de nos peuples, de nos cultures mais surtout il a posé sur nous, hommes et femmes sans visages, morts au monde, un regard dénué de préjugés. Nous étions ses frères de cœur, prolétariat inconnu de l'Europe, en lutte pour sa libération, pour accéder à la lumière du soleil." La femme posa sur Gales un regard que la passion ravivait. "Tu cherches à savoir qui était ton père ? Regarde au fond de ton cœur. Il y a autant de lui en toi, qu'il y avait de toi en lui. Vois tes frères, Andres, Candido, Celso... Regarde Juan Mendez, Martin Trinidad. Vois tous ces Indiens avec leurs charrettes et leurs bœufs, ceux qui vivent de l'acajou, des troncs qu'ils abattent. Vois celles et ceux qui ne possèdent rien, pas même leur propre vie. Regarde-nous ! Nous sommes nés de la nuit, nous vivons en elle. Et en elle nous mourrons !"
Pendant qu'elle parlait, fière, un groupe d'Indiens s'était assis autour du feu. Gales ne les avait pas vus sortir des ténèbres et pourtant ils étaient là, accroupis, vêtus de misère, le chapeau à la main. Les femmes portaient à leurs robes des fleurs sauvages, les hommes des machettes. L'un d'eux un violon. Tous et toutes dissimulaient leurs faces sous des passe-montagnes tissés d'obscurité. Une rumeur enflait. i Tierra y Libertad ! i Abajo la dictadura ! La mémoire du fils effeuillait La Rosa Blanca, soufflait les mots du père : "Mais lorsque les indiens s’éveillèrent de leur torpeur, qu’ils rejetèrent les petites habitudes qui pesaient sur eux depuis des temps immémoriaux, ils reconnurent qu’à la place de leur petite patrie étriquée, ils en avaient acquis une plus vaste qui avait elle aussi sa beauté. Et tandis que la petite patrie semblait toujours rester ce qu’elle était, la nouvelle patrie se développait de jour en jour avec leurs connaissances. Elle semblait n’avoir plus de limites et englobait tous les hommes, tous les pays, toutes les pensées que l’on pouvait concevoir." Macchabées en révolte et squelettes esthètes dessinaient une fresque passée au vitriol de Posada, une toile nocturne peuplée de ses calaveras. L'indienne tourna vers Gales un visage qui n'en était plus un ; ses traits était ceux de la Mort elle-même : "Tu es toi aussi né de cette si longue nuit "
Le jour naissant dissipait les dernières perles de rosée quand deux cavaliers débouchèrent devant l'ancien bungalow. L'un fumait tranquillement la pipe, les bras croisés sur le pommeau de sa selle. L'autre, don Durito, un étrange petit scarabée, avait mis pied à terre et examinait la figure chiffonnée de Gales. "Aucune nuit n'est si longue qu'elle ne finisse par reculer devant le jour", marmonna-t-il en guise de prière. El Sup, son fidèle écuyer, lui demanda s'il connaissait le gringo couché-là. Il acquiesça. "Gales est un personnage de roman, une identité de papier, le rejeton littéraire d'un vieil ami... Le fils de B. Traven."



1 : Le Fondeur de briques, journal radical où Marut exprimait son pacifisme et son anarchisme proche des thèses de Stirner.
2 : Le vaisseau des morts, premier roman de Traven, évoque ces navires voués au naufrage avec leur équipage afin que l'armateur empoche la prime d'assurance.
3 : Surnom donné aux membre du syndicat Industrial Worker of the World. http://www.iww.org/fr
4 : Les cueilleurs de coton fut publié en épisodes par le Vorwärts (En avant !), journal progressiste allemand de l'époque. Une version augmentée sera publiée par la Guilde Gutenberg sous le nom Der Wobbly.

La Guilde du livre Gutenberg : La maison d’édition Büchergilde Gutenberg est fondée en août 1924 à la Maison du peuple de Leipzig. Son but avoué est d'offrir une littérature de qualité, à petit prix aux travailleurs. Un an plus tard, à la recherche d’auteurs, son directeur Ernst Preczang sollicite Traven. Ce dernier publia tous ses romans à la Guilde Gutenberg.

Les journées révolutionnaires de Bavière commencent, comme ailleurs en Allemagne, le 7 novembre 1918 lorsqu’on proclame la République à Munich. Le Président du Gouvernement est l’écrivain berlinois Kurt Eisner, un leader du Parti social-démocrate indépendant. Il s’appuie sur des conseils d’ouvriers, de soldats et de paysans. Mais son parti essuie une énorme défaite aux élections de janvier 1919. Et, au moment même où il se rend à l’Assemblée pour présenter sa démission, le 21 février 1919, il est tué dans un attentat (Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht avaient déjà été assassinés à Berlin en janvier de la même année). Le 18 mars l’Assemblée choisit un gouvernement de coalition dont le Président est un Social-Démocrate, Johannes Hoffmann (qui était ministre dans le gouvernement de Eisner). Pendant tout ce temps les radicaux préparent le renversement violent du Gouvernement Hoffmann. Les principaux conjurés: Erich Mühsam, Landauer, Levien, Leviné, Toller, et probablement Marut. Ils proclament la République des Conseils (sorte de Soviets) le 7 avril. Le Gouvernement Hoffmann se réfugie à Bamberg. Dès le 13 avril la garde républicaine arrête les membres (principalement anarchistes) de la République des Conseils. Un nouveau gouvernement des Conseils est formé immédiatement par les communistes (avec l’assentiment des anarchistes). Il se prépare à proclamer la dictature du prolétariat. Cette fois-ci le Gouvernement Hoffmann avec l’aide de Berlin va rétablir l’ordre dans le sang (...) La deuxième République des Conseils tombera le 1er mai.

Traven sur la toile :
en français :
Deux articles de CQFD reviennent aussi sur l’œuvre et la vie de Traven : http://www.cequilfautdetruire.org/spip.php?article1353 et http://www.cequilfautdetruire.org/spip.php?article1923
A lire aussi la très bonne biographie de Golo, en BD et en français : B. Traven, portrait d'un anonyme célèbre
En espagnol :

05/12/2011

Droits de l'Homme: le Mexique montré du doigt

 Le Mexique est un pays où il ne fait pas bon être défenseur des Droits de l'Homme, où il ne fait pas bon ouvrir sa gueule. L'article de Proceso présente le rapport annuel de l'Observatoire pour le protection des défenseurs des Droits de l'Homme. En voici une traduction, suivie de l'originale.

Bonne lecture

  Le Mexique reste sur la liste des pays avec le plus d'atteintes contre les défenseurs des droits

Gloria Leticia Díaz

Le Mexique demeure l'un des pays avec les plus haut indices d'atteintes aux défenseurs des Droits de l'Homme dans le monde, selon le rapport annuel 2011 de l'Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits de l'Homme.
Parrainé par l'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) et la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH), le rapport pointe le Mexique comme l'une des nations d'Amérique Latine où les défenseurs sont menacés, attaqués et harcelés « de manière constante » et où on criminalise la protestation sociale. De plus, poursuit le rapport, les défenseurs des lesbiennes, des gays, des bisexuels et des personnes transgenre (LGBT) sont victimes de discriminations et de stigmatisations, et les défenseurs de l'environnement et les leaders indigènes sont menacés, harcelés et dans certains cas assassinés. De même, insiste-t-il, la liberté d'expression est menacé par les meurtres de journalistes.
Entre janvier 2010 et avril 2011, l'organisme a émis 32 alertes urgentes suite à des attaques contre des défenseurs des droits et de journalistes. Parmi les motifs de ces alertes, on compte des meurtres et des détentions arbitraires.
L’Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits de l'Homme a émis un communiqué spécial, car au Mexique « la vulnérabilité des défenseurs des droits de l'Homme qui luttent contre l'impunité des féminicides demeure un motif de préoccupation. » Le document met en exergue le fait que l'année passée, parmi les groupes militants les plus vulnérables figurent ceux qui dénoncent « les violations des droits de l'Homme par les forces armées ».
Il met en garde sur la stratégie du président Felipe Calderon dans son combat contre le crime organisé et le narcotrafic, avec « le déploiement de l'armée pour des taches qui légalement incombent à la police (…), ont augmenté les violations des droits de l'Homme imputables aux forces armées sans contrôle efficace de la part des organes civils. »
Une autre des préoccupations de l'Observatoire réside dans l'augmentation des violations des droits des migrants, dont l'expression la plus cruelle fut la découverte des fausses clandestines de centaines de corps au Tamaulipas et au Durango entre 2010 et 2011. Bien que ces faits aient été imputés au crime organisé, l'Observatoire fait remarquer qu'il existe des dénonciations mettant en cause l'intervention de fonctionnaires publics dans certains cas de maltraitance.
Au sujet de la liberté d'expression, le rapport recense 139 agressions de journalistes et 21 de médias, pour la seule année 2010, ce qui fait de notre pays le « plus dangereux pour exercer le journalisme » en Amérique.
L'Observatoire reprend les conclusions du rapport du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l'Homme (HCNUDH), et souligne son étonnement face à d'inopérants mécanismes de protection pour les militants, officialisés par Felipe Calderon lors de la visite de la Haut Commissaire, Navi Pillay.
Comme cas les plus graves de violences contre les défenseurs des droits, le rapport mentionne l'assassinat de Josefina Reyes au Chihuahua en janvier dernier ; la disparition forcée du dirigeant paysan du Guerrero, Victor Ayala Tapia ; les menaces de mort et agressions qui ont fait fuir de Basse Californie Silvia Vázquez et Blanca Mesina, représentants de policiers et de civils de Tijuana torturés par des militaires dans des locaux de l'armée ; l'impunité qui prévaut dans les cas d'attaques contre les membres du Front Civique du Sinaloa, Mercedes Murillo et Salomon Monarrez, ainsi que les menaces qui ont obligé le visiteur de Ciudad Juarez, Gustavo de la Rosa, à vivre à El Paso, au Texas.
Le texte insiste tout spécialement sur les agressions envers les femmes qui se battent pour leurs droits et contre l'impunité des féminicides, soulignant l'assassinat de Marisela Escobedo, mais également les actes de harcèlement et d'agressions contre les militantes Emilia Gonzalez, Marisela Ortiz et Maria Andrade, ainsi que la journaliste Rosa Isela Perez Torres.
L'Observatoire fait de plus état de 18 cas d'agressions contre des défenseurs des droits des indigènes, 12 contre des activistes de l'environnement et opposants à des méga-projets, six contre des défenseurs des droits des migrants d'Amérique Centrale, et cinq contre des journalistes.

 

 

 

 

 

 Et la version originale paru sur le site de Proceso le 28 novembre 2011

 

Se mantiene México en la lista de países con más agravios a activistas

Gloria Leticia Díaz
28 de noviembre de 2011



MÉXICO, D.F. (apro).- México se mantuvo como uno de los países con más alto índice de agravios contra defensores de derechos humanos en el mundo, según el Informe Anual 2011 del Observatorio para la Protección de los Defensores de Derechos Humanos.
Auspiciado por la Organización Mundial contra la Tortura (OMCT) y la Federación Internacional de Derechos Humanos (FIDH), el informe resalta que México es una de las naciones de América Latina donde se amenaza, se ataca y hostiga a los defensores “de manera constante” y se criminaliza la protesta social.
Además, señala, los defensores de lesbianas, gays, bisexuales y personas transgénero (LGBT) son discriminados y estigmatizados, y los defensores del medio ambiente y líderes indígenas son amenazados, hostigados y en algunos casos asesinados. Asimismo, apunta, está en riesgo la libertad de expresión por los asesinatos de periodistas.
De enero de 2010 a abril de 2011, el organismo emitió 32 acciones urgentes por agravios cometidos contra defensores y periodistas. Entre los motivos que originaron las alertas están los homicidios y detenciones arbitrarias.
El Observatorio para la Protección de los Defensores de Derechos Humanos hizo un especial pronunciamiento, porque en México “la desprotección de los defensores de derechos humanos que luchan contra la impunidad de los feminicidios sigue siendo motivo de preocupación”.
En el documento resalta que este último año, otro de los grupos de defensores más agredidos en México fueron aquellos que denunciaron “violaciones a los derechos humanos cometidas por las fuerzas armadas”.
Y alerta que la estrategia del presidente Felipe Calderón para combatir el crimen organizado y el narcotráfico, a través del “despliegue del Ejército en tareas que legalmente le corresponden a la policía (…), ha incrementado las violaciones a los derechos humanos cometidas por las fuerzas armadas sin controles eficaces por parte de órganos civiles”.
Entre las preocupaciones del Observatorio está el incremento de violaciones a los derechos humanos de los migrantes, que han tenido sus expresiones más crudas en el descubrimiento de fosas clandestinas con cientos de cuerpos en Tamaulipas y Durango entre 2010 y 2011.
Si bien esos hechos se han atribuido al crimen organizado, el Observatorio hace notar que se ha denunciado la intervención de funcionarios públicos en algunos agravios.
En cuanto a la libertad de expresión, documentó 139 agresiones a periodistas y 21 a medios de comunicación, sólo en 2010, por lo que nuestro país se convirtió en el “más peligroso para ejercer el periodismo” en América.
El Observatorio retoma las conclusiones del informe de la Oficina de la Alta Comisionada de Naciones Unidas para los Derechos Humanos (OACNUDH), y resalta la extrañeza de que no opere el mecanismo de protección para defensores, firmado por Felipe Calderón durante la visita de la Alta Comisionada, Navi Pillay.
Como casos paradigmáticos de la violencia contra defensores, el informe internacional menciona el asesinato de Josefina Reyes, en Chihuahua, en enero de este año; la desaparición forzada del dirigente campesino de Guerrero, Víctor Ayala Tapia; las amenazas de muerte y agresiones que expulsaron de Baja California a Silvia Vázquez y Blanca Mesina, representantes de policías y civiles de Tijuana que fueron torturados por efectivos militares en instalaciones castrenses; la impunidad que prevalece en los ataques a los integrantes del Frente Cívico Sinaloense, Mercedes Murillo y Salomón Monarrez, así como las amenazas que obligaron al visitador de Ciudad Juárez, Gustavo de la Rosa, a vivir en El Paso, Texas.
De forma especial, el texto resalta las agresiones a las defensoras de los derechos de las mujeres y la lucha contra la impunidad de los feminicidios, destacando el asesinato de Marisela Escobedo, así como los actos de hostigamiento y agresiones a las defensoras Emilia González Tercero, Marisela Ortiz y Maria Luisa Andrade, así como a la periodista Rosa Isela Pérez Torres.
Además, menciona 18 casos de agresiones contra defensores de indígenas; 12 contra activistas a favor del medio ambiente y opositores a megaproyectos; seis contra defensores de migrantes centroamericanos, y cinco contra periodistas.

15/11/2011

Mexico: aniversario zapatista



INVITACIÓN A 28 ANIVERSARIO DEL EZLN 
"El absurdo más hermoso.
somos un desafío al neoliberalismo,
la locura más humana.
Nosotros venimos a demostrar que es posible y que vale la pena".
EZLN

De las pocas oportunidades que tiene este país  para reconstruir  el tejido social tan desgarrado por la inseguridad y la pobreza, es mirar a lo mejor de nuestro pasado e historia reciente. Los pueblos zapatistas han dado muestras de organización,  dignidad y resistencia. Sin embargo, el mal gobierno mexicano da signos de que pretende aniquilar el ejemplo y  la esperanza  que ha nacido desde las comunidades zapatista al resto del mundo y que hoy es el corazón de nuestras dignas rabias.  Un derecho y una obligación es de nosotros luchar por justicia, paz y democracia.
En el marco de la campaña  Miles de rabias, un corazón: ¡Vivan las comunidades zapatistas!
Los invitamos a la celebración del 28 Aniversario del Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN)
¡Fuera para militares y militares de las comunidades indígenas de nuestro país!
¡Viva el 28 aniversario del EZLN!
¡Viva la lucha zapatista!
¡Libertad inmediata para el profesor Alberto Pathistán!
¡Libertad inmediata para nuestr@s pres@s!

Colectivos y Adherentes de la Otra Campaña


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Invitation au 28e anniversaire de l'EZLN
"L'absurde le plus beau.
nous sommes un défi au néolibéralisme,
la folie la plus humaine.
Nous sommes venus démontrer que c'est possible et que ça vaut la peine".
EZLN

Parmi les quelques opportunités que possède ce pays de reconstituer un tissus social tellement déchiré par l'insécurité et la pauvreté, il en est un qui est de regarder ce qu'il y a de meilleur dans notre passé et notre histoire récente. Les peuples zapatistes ont fait preuve d'organisation, de dignité et de résistance. Pourtant, le mauvais gouvernement mexicain semble vouloir en finir avec l'exemple et l'espoir nés dans les communautés zapatistes pour le reste du monde et qui est aujourd'hui le cœur de notre digne rage. Un droit et une obligation qui nous sont faits est de lutter pour la justice, la paix et la démocratie.
Dans le cadre de la campagne "Milliers de rages, un cœur": Vivent les communautés zapatistes!
Nous vous invitons à fêter le 28e anniversaire de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN)
Paramilitaires et militaires hors des communautés indigènes de notre pays!
Vive le 28e anniversaire de l'EZLN!
Vive la lutte zapatiste!
Liberté immédiate pour le professeur Alberto Pathistan!
Liberté immédiate pour nos prisonniers!

Collectifs et adhérents de l'Autre Campagne




29/08/2011

Danses à Catemaco

Une vidéo trouvée sur le site du Monde...


Les danses rituelles de Catemaco from Ulysse, la culture du voyage on Vimeo.


Catemaco, petite ville de l'est du Mexique, les descendants des peuples préhispaniques ont conservé les traditions de leurs ancêtres. Cet héritage, transmis de génération en génération, est un trésor culturel difficilement accessible, la communauté étant généralement très fermée. Voici une des rares démonstrations publiques de leurs danses rituelles.

06/07/2011

Au Pérou, un café bio pas très équitable

Un article vraiment intéressant lu sur le blog Alma Latina hébergé par Rue89. Un article qui montre la complexité de la certification bio et la difficulté de s'inscrire dans une démarche équitable. Bref une explication de texte loin de la leçon de morale ou de la récitation de bonne conscience. Bonne lecture:


Ça commence comme un titre d'un roman de Vargas Llosa : « La “gringa” aux yeux bleus et le café bio ». Une jeune femme, Christelle Bittner, journaliste et blogueuse française, se plaît au Pérou. Elle pose ses valises dans un coin reculé de la selva Central, à Pichanaki. Une région que les Péruviens des montagnes, en mal de terres, sont venus coloniser et apprivoiser au milieu du siècle dernier.

Bravant la jungle, ils sont arrivés là avec leurs mules chargées de sucre et de sel. A coups de machette, ils ont déblayé la terre et ont fini par la rendre productive : ils ont réussi à faire pousser du maïs, du cacao, des agrumes, des bananes et du yucca pour se nourrir, et du café pour le vendre.

Lucía, productrice de café dans les années 60

Parmi les premiers colons, une femme, Lucía Cárdenas, crée le village Union Pucusani et une plantation de café de 100 hectares dans les années 1960.

Christelle est accueillie par cette famille. La jeune femme raconte :

« Ce sont des gens qui offrent tout alors qu'ils n'ont rien. Un paysage magnifique, sauvage, qu'eux appelaient leur “enfer vert”. Mais un enfer que les cultivateurs de café ont fini par aimer, au fil du temps. »

Pourtant, malgré cet attachement à la terre et au café, de nombreux cultivateurs commencent à quitter la selva (la forêt) pour « descendre » en ville : la culture du café bio (en Amérique latine on dit « organique ») est fragile : asperger la plante de produits chimiques est un geste plus facile puisqu'il permet d'augmenter la production (même si le chimique a un coût) ; ne pas l'asperger signifie faire la sélection à la main, produire moins et plus lentement.

Pour des questions économiques, la culture du café bio, à Union Pucusani, est donc essentiellement artisanale.

Le café bio, plus cher à produire et vendu au même prix

Le problème ? « Un café bio ou équitable, plus cher à produire, est vendu – c'est aberrant – au même prix que le café qu'on appelle “ conventionnel ”, cultivé avec des pesticides et des produits chimiques à tout va », explique Juan Carlos, petit-fils de Lucía qui s'est lancé dans la production du café bio.

Ce qui veut dire que le prix du café bio ne tient pas compte des efforts et de la qualité qu'assurent ses producteurs, contrairement au discours marketing que nous servent les grandes marques qui nous vendent de l'équitable en France, selon lequel « acheter un produit bio labellisé permet de consommer juste ».

Le discours marketing autour du bio, pas la réalité

En fait, assure Christelle Bittner, « cela ne change pas grand-chose, voire rien, pour le petit producteur en photo sur le paquet… » Quand la différence de revenu par kilo vendu est si insignifiante, les producteurs de café bio risquent fort de pencher vers une production plus facile, et donc plus chimique, qui ne se soucie ni des revenus du personnel, ni de la pollution des eaux et encore moins de la déforestation.

En d'autres termes, les producteurs bio finissent par quitter les coopératives équitables parce qu'ils ont besoin de gagner de l'argent rapidement, de l'argent liquide, pour payer l'école ou finir de construire leur maison. Ils ont tort sur le long terme, car si le prix du café chute (comme il l'a fait dans le passé), les coopératives offrent un prix plancher, assurant aux petits producteurs une certaine stabilité. Mais ont-ils vraiment le choix ?

L'idéal, d'après Christelle, serait de créer une coopérative propre qui puisse vendre directement aux acheteurs de café bio, sans passer par le club d'acheteurs de café conventionnel, qui fonctionnent comme une Bourse en imposant leurs prix au niveau le plus bas, forçant ainsi les agriculteurs à vendre au plus vite pour payer la main d'œuvre et rembourser les prêts bancaires.

Education et tourisme solidaire

Ce n'est pas forcément une question de volonté, c'est aussi un problème d'information et d'éducation. Juan-Carlos espère qu'un jour, les autres cultivateurs le regarderont comme un exemple, et changeront leur manière de traiter la terre en cessant de l'asperger de venin pour préserver la terre-mère. En attendant, il cultive bio parce qu'il adhère à cette philosophie. Mais qui va le suivre si la culture du café bio coûte plus cher et rapporte moins ?

Convaincue qu'elle peut aider à revaloriser cette culture traditionnelle du café à travers les aides au développement de cultures durables et équitables et les microcrédits, Christelle revient à Union Pucusani en mai 2010 avec un projet très réfléchi et complet : monter une ONG (organisation non-gouvernementale) qui devrait aider à l'éducation pour un développement durable dans la région à travers des programmes scolaires et lancer une formule de tourisme solidaire permettant de générer un revenu supplémentaire, de construire un système d'accès à l'eau et d'œuvrer à la reforestation.

Le projet est présenté sur un site qui recrute des volontaires dans des fermes organiques, et c'est un succès :

« Nous avons reçu 25 volontaires en 2010 qui ont participé à la construction d'une fosse à compost, à repeindre, à sensibiliser au tri des déchets, à planter des arbres… Mais nous attendons surtout des étudiants qui connaissent les questions hydrauliques, la construction de routes ou des ingénieurs agronomes, qui souhaitent véritablement travailler avec la communauté. »

Mais – parce qu'il y a un mais – écrire un projet et l'envoyer aux fondations et aux donateurs éventuels ne suffit plus pour les sensibiliser. Les réponses n'arrivent pas. Et produire du café bio dans un contexte de commerce équitable implique une série de contraintes financières que la petite ONG, seule, ne peut assumer, même avec la meilleure volonté du monde.

Pour faire du bio, il faut obtenir un certificat, un logo qui prouve la qualité du produit, ce qui veut dire que l'on fait appel à un ingénieur agronomique, à une banque pour obtenir un crédit… qu'il faut être patient et attendre trois années avant d'obtenir les logos pour lesquels il faut payer des « certificateurs ».

Or, le taux les plus bas proposé par Agrobanco (organisme public) pour entreprendre toutes ces démarches est de 19% ! ! Et les microcrédits coûtent 38% par an. De quoi vous planter tout de suite en somme… On est loin du micro-crédit qui sauve !

Acheter équitable ne suffit pas

Pour faire du bio, il faut changer les mentalités, enseigner une nouvelle approche de la nature, gérer les déchets, avoir accès à l'eau, replanter des arbres et non plus les couper, créer une serre… Produire équitable, prendre en compte le durable mais aussi l'humain, impliquerait l'ouverture d'un lieu d'accueil pour les enfants de moins de 6 ans, pour que leurs parents, souvent des saisonniers, puissent travailler tranquillement, au moment des récoltes (de février à juillet).

Produire bio finit par coûter cher. Il faut avoir les moyens d'investir. Et la communauté d'Union Pucusani ne les a pas.

Alors ? Christelle et Juan Carlos ne baissent pas les bras. Ils sont de ceux qui ont transformé leurs convictions en actions. Mais Christelle dit se sentir bien seule, aujourd'hui. Et elle se dit que « aller dans un magasin bio, s'auto-féliciter en achetant équitable, et penser que ce geste suffit pour tendre la main aux petits producteurs dont la photo figure au dos du paquet, ne suffit pas ! ».



Photos : Christelle Bittner.

26/06/2011

Mayas: de l'autodestruction à la destruction d'une civilisation


Suite à l'article sur l'autodestruction de la civilisation Maya, et sans doute pour compléter l'information, Le Monde a publié quelques jours plus tard un article intitulé "Commerce de l'or noir et fouilles archéologiques au pays des Mayas". Je le reproduits ici et y ajoute le rapport du collectif Guatemala, dont il est fait mention dans l'article. Vous pouvez également lire sure Le Monde l'entretien avec Sophie Baillon de l'ONG Survival sur les droits des peuples indigènes.



Commerce de l'or noir et fouilles archéologiques au pays des Mayas


LEMONDE.FR | 21.06.11 |

Sous la photo de la mosaïque illustrant la belle affiche qui annonce l'ouverture, mardi 21 juin, au Musée du Quai Branly à Paris, de l'exposition "Maya, de l'aube au crépuscule", on peut lire, en lettres fines : "avec le mécénat de Pérenco". Principal producteur de pétrole au Guatemala, Pérenco est implanté au cœur du parc naturel de la Laguna del Tigre, une zone protégée dans le département du Péten. Depuis quelques années, le groupe franco-britannique revendique une action qui "s'étend au domaine culturel" et évoque ainsi un soutien "actif" aux fouilles archéologiques en terre guatémaltèque.

"Notre savoir-faire est synonyme, pour les Etats, de revenus importants tirés de leurs ressources naturelles. Nous veillons à ce que les populations vivant à proximité des sites où nous travaillons bénéficient de notre présence. Nos projets sociaux et environnementaux sont mis en œuvre en impliquant directement les communautés locales tout en préservant leur culture et leurs valeurs", fait valoir le groupe dans le dossier de presse de l'exposition.

C'est un portrait moins flatteur qu'ont brossé plusieurs associations françaises lors d'une conférence de presse organisée, lundi, à la veille de l'ouverture de l'exposition. Elles y ont présenté le rapport réalisé par le collectif Guatemala, une association française de soutien à la société civile guatémaltèque, sur les conséquences sociales et environnementales des activités de l'entreprise qui a cependant reçu le soutien des conseillers scientifiques de l'exposition. Ainsi, pour l'archéologue américain Richard Hansen, spécialiste des sites mayas, Pérenco s'est toujours montré respectueux et l'impact de ses forages sur l'environnement toucherait seulement 0,02 % de la surface du parc, d'après des chiffres de l'entreprise.

Mais, réplique Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale du Centre de recherche et d'information pour le développement (CRID) et coordinatrice du réseau Une seule planète,"plusieurs mois d'enquête sur le terrain, des dizaines d'entretien avec des communautés locales et des représentants associatifs révèlent une distorsion entre le soutien de Pérenco à cette exposition sur la civilisation maya et les activités que l'entreprise mène au Guatemala".

POPULATIONS EFFRAYÉES ET VULNÉRABLES

"Beaucoup dénoncent une forte augmentation de la présence militaire dans la Laguna del Tigre, des nouveaux puits de pétrole percés sur des terres cultivées par des paysans sans que ces derniers soient consultés, des menaces d'expulsions et beaucoup d'intimidations", témoigne Cynthia Benoist, coordinatrice du collectif au Guatemala, qui a mené l'enquête de terrain.

"Six détachements militaires, soit 250 soldats, sont arrivés dans la région pour former ce qu'on appelle maintenant des 'bataillons écologiques', censés sécuriser une zone dangereuse", explique Cynthia Benoist. Auteur d'un documentaire sur la présence de Pérenco au Guatemala*, Grégory Lassalle confie lui n'avoir jamais vu de populations aussi effrayées et vulnérables.

Proche de la frontière mexicaine, le département du Péten est en effet un haut-lieu du trafic de drogue en Amérique centrale. "Mais dans un pays qui a connu 36 ans de guerre civile pendant lesquelles la majorité des massacres ont été commis par des militaires, voir l'armée tenir un rôle de sécurité publique a quelque chose d'effrayant pour ces populations qui sont souvent venues là pour fuir des violences,développe encore Mme Benoist. Pour elles, ces bataillons sont surtout une façon pour l'entreprise de faire primer ses intérêts sur les leurs."

Pérenco reconnaît financer, à raison de 0,30 dollar par baril de pétrole, ces "bataillons verts", qui ne sont rien d'autres que des militaires en armes. "Ces hommes ne sont là que pour préserver la zone et en particulier faire la chasse aux activités illégales, plaide Benoît de La Fouchardière, directeur général de Pérenco Guatemala. Le narcotrafic est très implanté dans cette région, et cela crée beaucoup de tensions : vingt-sept personnes ont été tuées récemment."

"De toute façon, officiellement, le parc de la Laguna del Tigre n'a pas d'habitants,précise Benoît de La Fouchardière. Ces populations sont là de façon illégale, sur des terrains qui ne leur appartiennent pas." Pourtant, si tous les habitants n'ont pas d'acte de propriété – un problème de fond au Guatemala, qui compte de nombreux paysans sans terre – les lieux sont bel et bien habités : 37 communautés de la Laguna del Tigre ont officiellement dénoncé le déploiement militaire dans un communiqué.

SOUPÇONS DE CORRUPTION

En 1989, la région était classée zone protégée. Les communautés implantées avant cette date ont été autorisées à y rester. Et selon le collectif Guatemala, d'autres ont négocié un accord qui leur permet de rester et de cultiver leurs aliments de base, le maïs et le haricot. Mais les sans-terre se disent régulièrement menacés d'expulsion, alors que la loi interdit par ailleurs de construire dans cette zone protégée.

"N'est-ce pas incohérent d'interdire à ces gens un confort minimum au nom de la protection de la nature, alors qu'à quelques mètres, l'entreprise Pérenco a obtenu en 2010 le droit d'exploiter pour quinze nouvelles années ?", s'interroge Cynthia Benoist. Pérenco s'est implanté au Guatemala en 2001, en rachetant une concession octroyée en 1985, pour vingt-cinq ans, à une autre compagnie pétrolière, Basic Ressources. La Laguna del Tigre n'est devenue zone protégée que quatre ans après, ce qui explique l'incongruité de voir une exploitation pétrolière dans ce qui est censé être une réserve de la biodiversité.

"Mais la concession n'était donnée que jusqu'en 2010. On aurait donc pu remettre en cause à cette date l'exploitation, mais ça n'a pas été fait", déplore le député guatémaltèque Anibal Garcia et candidat à la vice-présidence aux côtés de la Prix Nobel de la paix Rigoberta Menchu, pour l'élection présidentielle de la fin de l'année. Le code du pétrole a été rédigé pour préserver au maximum les intérêts des multinationales. Et cela continue aujourd'hui, avec une exploitation pétrolière qui viole une série de lois et de conventions internationales, mais avec l'aval des autorités guatémaltèques."

Plus grande zone humide d'Amérique centrale, seconde d'Amérique latine, la Laguna del Tigre est reconnue comme une zone humide d'importance internationale par la convention de Ramsar qui, en 1997, y a dépêché un groupe d'experts. Dans les conclusions de leur mission, ceux-ci appelaient très clairement à limiter l'octroi de nouvelles concessions après la fin du contrat de 1985.

Pourtant, dans une grande opacité, en 2008, le Congrès guatémaltèque a autorisé la prolongation du contrat. "Nous avons de forts soupçons de trafic d'influence et de corruption des députés", indique Anibal Garcia. En 2010, le ministre de l'énergie et des mines a donc annoncé la prolongation de quinze ans ans du contrat de Pérenco, malgré la désapprobation de trois ministres du gouvernement. Une décision justifiée par le président du Guatemala par les importantes retombées financières envisageables avec l'extension de la production de l'entreprise.

"LES JUGES, LES COURS, SE PLIENT À LA VOLONTÉ DE PÉRENCO"

Pérenco se présente en effet comme "le premier contribuable du Guatemala. Sa contribution en 2010 se monte à 110 millions de dollars [76 millions d'euros], qui représentent près de 3 % du budget de l'Etat". Cependant, relève Anibal Garcia, "ils annoncent ce qu'ils payent au fisc, mais impossible de savoir vraiment combien l'exploitation rapporte à l'entreprise. Tout ceci manque de transparence." "Nous ne communiquons pas ces chiffres. Nous sommes une entreprise privée, rien ne nous y oblige. Nous n'avons de compte à rendre qu'à nos actionnaires", rappelle Nicolas de Blanpré, responsable de la communication de l'entreprise à Paris. Il confie cependant que les bénéfices de l'exploitation se répartiraient à 60 % pour l'Etat guatémaltèque contre 40 % à l'entreprise.

Anibal Garcia, lui, estime que la concession pétrolière n'est pas avantageuse pour l'Etat : "Le contrat prévoit des 'coûts récupérables' : en 2008, ces remboursements ont dépassé les 'royalties' versées à l'Etat de 255 %." Il a fait de nombreux recours pour contester le renouvellement de la concession, sans succès. "Le Guatemala est un pays où règne une horrible impunité. C'est très difficile de lutter sur place. Les juges, les cours se plient à la volonté de Pérenco", fustige-t-il.

Aline Leclerc

Pour en savoir plus

* Le documentaire de Grégory Lassalle Perenco, exploiter coûte que coûte, sera projeté jeudi 23 juin à 19 h 30 au siège d'Amnesty International, 72, boulevard de La Villette, à Paris, en présence du député guatémaltèque Anibal Garcia.