"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

17/04/2016

poétique veine

Ma muse a trempé ma plume dans la veine poétique, alors que je cherche désespérément l'artère fictionnelle...


j'ai la poésie facile
coincée au fond d'la gorge
je racle et renâcle
à l'idée de cracher
cette morgue à la fesse
de l'Homme.

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Sois ma muse,
Je serai le poète,
Et peut-être, si ça m'amuse,
Alors, t'offrirai-je ma tête.


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j'ai l’œil très noir,
vide d'espoir,
d'un jour encore pouvoir boire
le calice de ton doux con
jusqu'à la lie, cœur de tout ton
corps beau de formes et de fond.


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Je voudrais encore souffrir
Pour me souvenir que je vis,
Alors que j'm'apprête à mourir
De l'extinction de notre envie


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j'ai l'esprit prisonnier
réfléchi
par une psyché
qui n'est pas mienne,
le miroir du monde.


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J'suis saoul,
et le monde appuie
les mille pointes
de ses aiguilles acérées
sur mes globes occupés
à déchirer le monde
devant moi d'un simple
battement de paupières.


Rêver ne me suffit pas!
Je veux ouvrir les yeux sur le monde.
Voir... y faire.
Et s'il me faut pleurer des larmes de sang,
ce sont elles qui teinteront le gris
de mes cellules,
aux barreaux de verre,
de ce feu de rage
qui consumera mon cœur
jusqu'à ce qu'il s’essouffle,
et que je m'éteigne avec lui.


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Le monde
sombre
dans le chaos,
A mis k.o.
debout
les gens au tapis,
rouge ou vert,
moi c'est un drapeau noir
que je brandis
que j'agite sur
l'air contrits
de mes contemporains.


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La majorité est chimère
Nous sommes tous minoritaires.

Moi, j'irai cracher sur vos nombres,
Où est enterrée ma schizophrénie
Dans la jolie boîte poussiéreuse
Si rassurante pour toute pensée binaire.



Je n'veux pas être pris en compte,
Ne comptez pas sur moi pour faire nombre!
Je ne s'rai pas fraction d'vos additions!
Je me soustraie à vos rentables obligations,
Ne v'nez pas m'dire encore et encore de me multiplier,
J'suis disciple indiscipliné de l'unité du multiple, yeah!
Pas l'unité démultipliée, j'suis d'la chaîne le manquant chaînon.
Je suis l'être, ce qui reste de la somme de vos divisions,
Je refuse de n'être que l'plus petit dénominateur commun,
C'que je cherche, moi, toujours et encore, c'est libérer nos envies Commune.




20/03/2016

Vers de terre et de sang, de mer et de vent


Bon, ça fait longtemps, alors voilà quelques vers de terre et de sang, de mer et de vent: 



Range tes yeux dans tes poches,
quand d'autres cousent leurs lèvres;
Clos tes oreilles à l'écoute,
quand les coups de fils te font taire.

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Nous sommes solitaires,
Maintenant soyons solidaires!

Chacun est ego,
Soyons tous égaux!

Nous sommes calibrés
Soyons des cas libérés!

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J'cueille un bouquet de fleurs
d'yeux, dans l'champ sémantique
en flammes, p'tits globes flétris
d'où montent ici de longs pleurs
qui noircissent les nuages, couvrant
de gris un levant fuyant, déposant
à terre leurs larmes de cendres et de sang.

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Nous marchons là, sur la cime des arbres
Nous jetons nos illusions en trombe
Sur les autoroutes d'infos qui plombent,
Où la plume n'fait pas le poids du sabre.
Et nous creusons nos tombes
Dans le sillon d'nos bombes.

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La vie se conjugue à l'imparfait du subjectif,
elle s'écrit sous l'impératif du présent,
et se lit comme futur inconditionnel.

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Le monde est trop vaste
Pour ne vivre qu'ici,
Maintenant est trop court
Pour n'en pas chercher l'ailleurs…


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Quand je pousse mes globes oculaires hors de leurs orbites pour voir au-delà du bout de mon nez, mon regard tombe irrémédiablement de mon nombril sur le bout de mes chaussures.
Le temps avance inexorablement hors de moi, tant il est le maître commun à l'humanité, et me voilà cul par-dessus tête poussé au roulé-boulé métaphysique, je suis une roue arpentant le serpent d'asphalte d'un temps linéaire sans être droit. Le présent devient instantanément ce passé qui se tient face à moi, tandis que je tourne ostensiblement le dos au futur. Je suis un cycle, le petit rouage qui fait avancer le tapis roulant du temps.
Il est temps de dormir.

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Je ne vois pas dans mon corps la prison de mon esprit, mais l'esprit comme la tentative répétée du corps de s'extraire de lui-même, comme l'élan vital cherchant à s'affranchir de la vie, en la recrachant à la gueule du monde.
Je passe mes nuits à prendre mon envol dans cette boue gluante qui me colle au sol. Chaque seconde j'éclos en mille bulles qui explosent aussitôt dans ce bain de culture bouillonnant chauffé aux feux d'une nature irréfléchie. Je m'élève alors une seconde, l'instant d'une larme chaude et salée sur la peau sucrée glacée d'un mort, au-dessus de la bassesse humaine dont je contemple la beauté chaotique du monde, ce magma en fusion nucléaire stellaire et quantique, suintant des particules atomiques comme des supernova dansant telles des diamants sur le disque d'un trou noir ou de ver. Les lois physique naissent et meurent alors au jour le jour, c'est-à-dire en d'innombrables millénaires.
Puis je retombe, rattrapé par la pâte visqueuse qui me fait piquer du nez dans le réel.
Demain sera une autre nuit…

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Salut vieux Jul en peau d'César,
J'aimerai avoir la peau de Césaire,
Mais je n'en aurai jamais qu'ses aires,
Il faut rendre à César ce qui est à César
Et rendre aux poètes leurs papiers,
Aux arbres leurs feuilles,
Au feu ses femmes,
Aux cieux ses nues,
Et remettre en terre
La poussière des Hommes.

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il n'y a plus d'étoiles dans le ciel,
toutes sont dorénavant à l'écran,
tombées, hier pourtant portées aux nues,
étincelantes, dansent les fleurs de trottoir,
passé fuit, nul futur ni reflet dans l'miroir,
flammes dénudées orangées et si menues,
p'tits soleils aux nerfs à vif, d'arrêt à cran,
tableaux teintés de ces ocres de miel.


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En Saxophonie, la nuit est une longue note bleue,
un air soufflé sur tous les toits aux clefs de sol,
tombée de la partitions de nos grands cieux,
respiration entre noires et blanches, toutes folles.


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Sois le fil rouge
De mon histoire
Tant décousue que noire,
L'étoile de nos bouges,
Ces cieux infiniment nocturne
De mon univers taciturne.

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j'ai le goût de ton sexe sur ma langue
et son odeur sur la pulpe de mes doigts.
je veux courir sur les deux rives de tes lèvres,
te sentir mouiller mes pas, éperdus va-et-vient,
tirer la langue dans l'ascension d'ton mont d'Venus,
t'titiller l'clito, suçoter l'téton d'ta rose bonbon,
enfin, recommencer jusqu'à me noyer corps et âme en toi.


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Et une "reprise" à peine retravaillé de quelques mots écrits en hommage à Artaud et Rimbaud:



Ah, d'Arthur à Artaud,
D'Antonin à Rimbaud.

De Marseille à Marseille,
Du Mexique au Yemen,
Du Paris d'la Commune,
Aux déserts des écumes.

D'la poésie à la folie,
De l'Albatros à l'enfant roi,
Des camisoles nues, des semelles de vent,
Aux cruels théâtres du poète-voyant.

Des fées vertes au Peyotl,
Et des maux de tête à l'ennui,
Des Illuminations aux électrochocs,
D'l'Ombilic des limbes au poète maudit.

Il faut, à les lire, plus d'une saison en enfer,
A l'unité du multiple d'ces deux âmes écorchées,
Comme autant d'bateaux ivres éperdus sur leurs corps échoués,
Pour en finir à jamais avec le jugement de Dieu, d'nos pairs.


14/11/2015

des morts et des mots



les larmes et le sang coulent sans distinctions
de couleur de peau, de culture ou de religion,
ils vident nos corps et nos cœurs, indifférents
et ne laissent derrière eux que des os blancs.
‪#‎VosGuerresNosMorts‬

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Attentat, état d'urgence, fusillade, fermeture des frontières...
pris en étaux entre l'enclume du pouvoir
et le marteau de la haine, ses coups de butoir
j'irai cracher sur vos bombes,

j'irai baiser sur nos tombes...

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face à l'aveugle bêtise aux abois
face aux borgnes au regard bicolore
qui rêvent de peuples pour les faire rois,
non, je ne me voilerai pas de tricolore!
j'ouvre les yeux sur la toile de haine tissée patiemment
par les uns et les autres qui nous enferment sciemment
dans le carcan de leur ignorance,
cherche l'arc-en-ciel de l'intelligence
qui, si elle ne protège pas des flèches de la bêtise
nous empêche de couvrir nos carcasses chétives
de l'atroce peau de cette bête toujours immonde
quelque soit le drapeau qu'elle arbore face au monde.




ils ont en commun leur haine de toute émancipation humaine,
ils ont en commun leur peur de voir tomber leurs dictateurs,
ils ont en commun leur soif de pouvoir, leur dégoût de tout savoir...

31/10/2015

dans l'oeil du cyclope


Tes cheveux blonds comme l'épée ont brûlé vif le sujet, coupé la corde au cou attachée à un bouquet de ballons s'élevant vers les cieux comme une averse tombe à terre, tranché le fil de ma pensée, le lien de raison. Nerfs cataleptiques, sectionnés au culte du mouvement. Moi, je marchais, funambule sur la corde raide de l'amour, suspendu au-dessus de l'abîme des plaisirs. Mise en scène ou en abyme, on s'abîme et on s'aime.

Tes yeux bleus, deux cyclones ! m'ont lancé en l'air en un éclair, comme une pièce en écho au hasard. C'est pile j'm'efface ; c'est face j'm'épile. Je m'élevais dans la cornée d'abondance, des cônes et des bâtonnets en fétus de paille dans l’œil du cyclope. Tranchés, le globe oculaire ! Tranché... La dépression m'a craché sous ma tombe du 7e ciel, maintenant je repose 6 pieds sous terre et m'exprime en vers et contre tout, à tort et à travers.

Ta peau de sable fin abrite mile criques qui s'ouvrent sur les pores où font naufrage les bateaux ivres, où j'ai jeté l'encre, où j'ai échoué. J'ai retourné la plage avant de tourner la page et traversé les déserts de pierres brûlantes recuits au soleil des nuits humaines. J'ai gravi tes seins comme une chevauchée de champs de blés, j'ai cavalé dans ta forêt au feuillage doré, mes pieds vouvoyaient la terre pour mieux tutoyer les nuages.

Dans la grotte humide de ton sexe j'ai goûté à l'un des sens, le 6e caché cul pardessus tête, j'suis à l'ouest, propre comme un sou neuf. J'ai mis l'doigt sur le point j'ai mis le poing sur les i... dont les dés sont jetés! L’ascension des sens se fait sans raison mais pas sans sentiment. Je suis nu comme un ver sur le tapis rouge. Les jeux sont faits et divins. Rien ne va plus. Un sort est fait au 69, de fait c'est le 96 qui sort. La bête à deux dos n'est plus au bout de la nuit qu'une créature à deux ventres repus de plaisir, deux amants qui se tournent le dos sans s'faire la tête, qui se disent au revoir sans plus se voir.

21/10/2015

Petites pièces poétiques


Ma muse y a perdu des plumes, mais elle vole en corps et encore...




 L'amour a éclos
Jolie bulle d'été indien,
L'automne l'explose.
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Deux bourgeons au dos
Ailes de l'amour naissant,
L'oiseau vient libre.
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Mon doigt est en toi
Chaleur moite de l'été,
L'tactil fait écran.


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Je voudrais courir là
Où toussent les chrysanthèmes.
Je voudrais mourir là
Où poussent les cris sans thème.
Je voudrais pourrir là
Où moussent les crises antiennes.
Je voudrais nourrir là
Où sourcent les tristes antennes.
Je voudrais sourire là
Où jouissent les mises en scène.

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j'peux plus jeter ton nom en pâture à mon âme,
seul au combat dans l'arène de cœur d'ma dame,
corps à corps, encore! mais l'cœur à cœur désarme.

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Cet été qui était

Ludi tu as été, une comète dans mon ciel d'été,
Ce bel été n'est plus, en ce début d'automne, qu'un était.
Moi je rêvais un peu trop fort, de nous conjuguer au futur,
Le présent nous étant interdit et le passé trop présent, un mur.
Présent imparfait quand déjà je rêvais de futur, neuf années à l'antérieur.
Un passé si vite décomposé en devenirs à titre indicatif, l'ailleurs.

Puis le passé a traversé le temps, tu étais là, une présence,
Un présent dissolvant le passé dans le tumulte de l'indécence.
J'ai ouvert les fenêtres de mon âme sur l'à venir, œil sur la cible,
Mais les nuages amoncelaient leur grisaille sur le chant des possibles,
Quand d'un geste délicat, tu as tiré le rideau sur la psyché du futur
Déjà loin d'être simple, le présent étant bien plus que parfait, un matin pur.

Tout n'est plus aujourd'hui que subjonctif, paumé entre passé et présent,
Un amour condamné en liberté conditionnel, un présent très plaisant,
Pour moi insuffisant. Aimer, comme être, ne se conjuguent vraiment qu'au pluriel.
Toi et moi peut être Nous, un Vous tout désigné, un Ils, entité tierce et impersonnelle,
Un On, pluriel à la conjugaison singulière, première personne d'un pluriel deux fois singulier.
Nos singularités, si bien désaccordées, c'est au rythme heurté de nos vies qu'elles ont du mal à s'accorder.

Je hais c'problème de concordance des temps,
Qui en nos corps danse, détend, nous l'espace et l'étend,
Laisse passer le temps dans le trou d'ver, sous le pont d'envie,
Ce manquement à l'accord à corps sur les sens dilués à l'eau d'vie.

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Nous pensons voir,
mais nous ne faisons que regarder la surface;
Nous croyons écouter,
mais nous ne faisons qu'entendre la rumeur;
Nous souhaitons sentir,
mais nous ne faisons que renifler la morgue;
Nous imaginons toucher,
mais nous ne faisons qu'effleurer l'autre;
Nous présumons savourer,
mais nous ne faisons que goûter au plaisir;

Nous désirons aimer,
mais nous ne faisons que nous accoupler;
Nous espérons réfléchir,
mais nous ne faisons jamais qu'y penser;
Nous nous sentons vivre,
mais nous ne faisons que sous-vivre.

27/09/2015

poésie etc...

le problème des plumes, c'est que pour écrire on les arrache aux ailes des muses...




Tomber en amour
Pour se laisser rattraper,
Nous cet autre jeu.
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Ta peau au matin
Sous le pinceau du soleil,
L'amour nous éveille.
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Corolles ouvertes
Fleur de plaisir en bouton,
Jouis sans entraves.
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Lèvres ajourées
Goût d'ton sexe sur ma langue,
Le temps vagabonde.
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Sur ton mont plaisir
Tétons en éruption,
L'être s'évapore.
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Deux lacs bleus plaisirs
Reflètent ton blues à l'âme,
Les fleurs d'yeux éclosent.
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Courbes pleines et
Fines lignes de tes forces,
L'amour ça écorche.
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Ne nous aimons pas
Vie détourne nos regards,
Entrevivons-nous !


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Nos corps se connaissent par coeur
Nos coeurs ont à s'connaître encore,
Le temps a tant de sens.

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Viens, fais couler les larmes,
ou fais monter la sève,
Allez, déchire ce voile d'incertitude.

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Ballotté par les vagues
Battu par tous les vents,
Tanné par le soleil,
Tourmenté par la terre

Écartelé en long en large et en travers
Pendu haut et pendu court
Brûlé au dernier degré
Enterré six pieds sous terre

Jeté aux quatre vents
Ou noyé dans la nasse
Enselevi dans l'trou
Recuit aux feux d'l'enfer

Fusillé d'sang froid
Éventré à chaud
Je ne souffrirais jamais tant de maux
Qu'en ces jours loin d'toi...

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Le sourire que tu as figé
Sur mes lèvres turgescentes
sèche, commissures en descente,
fane puis s'étiole tel une fleur arrachée.

Les mots irriguent encore
Ma langue rendue muette
Ne parcourant plus ton corps
Elle esquisse ton ombre fluette.

Pas assez de tes baisers
Trop de ces lourdes sentences
Abreuvons nos consciences
Aux sources d'l'amour brasier.

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quand je t'appelles je n'aime pas
la solitude sonnant à la consicence,
Je hais quand tu ne m'appelles pas
cette distance décroche ma patience.

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cassez vos télés, vomissez sur les guignols qui s'agitent au petit théâtre des cruautés cathodiques, ne changez pas de chaîne, brisez-les, libérez-vous de l'emprise de ces marionnettistes, ne soyez plus marionnettes tristes, ne vendez pas votre temps de cerveau disponible aux bonimenteurs qui gouvernent mentent, n'achetez plus les programmes de vos vies, de vos soirées, de vos journées, de vos nuits, déprogrammez-vous, consumez-vous, ne consommez plus, le capitalisme n'est pas le royaume de l'individu, il prend les enfants à la crèche, les classe, leur dicte l'univers cité, les élève en série, tous semblables tous inégaux devant le "métro-boulot-dodo", il n'y a pas d'individu, que des clones sériels, des serial cloneurs patronaux, le travailleur ne fait pas l'usine, mais l'usine fait le travailleur, l'homme ne fait plus la pensée binaire, la pensée binaire fait l'homme d'aujourd'hui d'une société cohérente où Président Directeur ou Généraux visent à ce que chaque citoyen pense de même, alors la plus-value spirituelle est attendue, c'est entendu, une société vivante n'attend rien de sa communion, elle découvre, en communard, la force des individus et laisse éclore la fleur commune de la révolution sociale.

12/09/2015

précipités poétiques

faut que ça sorte si je veux pas que ma tête explose... alors je continue :)


Du soir au matin
Et du matin au soir
Nous avons fait et défait
l'amour et la mort,
Nous avons noué et dénoué
Nos intestins entre eux,
Nous avons lacé et délassé
Nos corps et nos cœurs,
Enlaçant et entrelaçant
Nos âmes et nos peaux,
Mêlant et emmêlant
Nos chairs et nos sangs.
Nous avons accordé et désaccordé
Le rythme et le souffle de nos désirs,
Avons effleuré, fait affleuré nos sexes silexs,
Embrassé et embrasé nos corps écorchés,
Baisé les braises encore envies,
Désacralisé les fluides de nos corps,
Sacralisé les nerfs coulant sur nos os.
Nous jouissons et nous réjouissons de tous
Les membres de nos anatomies démembrées.
L'un contre l'autre nous nous sommes pelotés,
Et pelotonnés l'un dans l'autre,
Nous nous sommes serrés et desserrés,
Nous avons désaltéré nos substances altérées.
Déstabilisants, nos émois nous stabilisent,
La tendresse nous aliène en nous désaliénant,
Nos désillusions nous illusionnent,
Nos illusions nous désillusionnent.
En susurrant nos desseins en ton sein,
Nous encensons les sens indécents et incertains.




Cons sommés de consommer
De se consumer aux feux de la productivité.
Entrez! Entrez!
Prenez la file. Patientez!
Consommez! Consommez
Les rayons de supermarchés,
Produits d'appel du pied
Pour disposer de cerveaux laids.
Faites la queue,
Encaissez! Encaissez!
Crachez le cash, cachez le trash
Du prêt-à-porter prédigéré.
Habillé pour l'été, rhabillé pour l'hiver.
Mangez! Mangez!
Pizza 4 raisons à en perdre les saisons.
Prêt-à-penser pour papiers prémachés.
Pas d'amour, faites le buzz,
Lady coca-cola, love buzz.
En route pour la joie d'heures
Et d'heures de choix de vie,
Devant les linéaires d'eaux embouteillées,
D'aliments calibrés, surgelés.
Consommez! Consommez cons gelés
Par les colonnes d'entrée et de sortie,
Faites du chiffre, défaite du sens.
Bouffez! Bouffez!
Il en sortira toujours quelque chose.
Nos boîtes n'usinent pas de causes,
Rien que des conséquences.
Merde!





Nous croyons regarder nos écrans,
mais ce sont eux qui nous épient,
nous nous fixons, miroirs de nos
âmes abîmées et désincarnées.

Nous croyons plonger dans nos écrans,
dans des paysages i-réels, feux d'artifices
et de pixels, mais une fois la fenêtre ouverte
l'i-monde colonise jusqu'à nos pensées cachées.

Nous croyons nos rêves enfermés,
amis et followers mis en boîtes,
à la religion du 0 et du 1, les convertis
jamais n'éteignent ni la foi ni les écrans.

Mais pour ce dessein aussi peu intelligent
bien que complexe, nous mettons nos
vagabondages au pas cadencés, décrépis
et corps et âmes nous voilà dissociés.

À force de mirer nos écrans,
nous sommes tombés dedans,
loin du terrain, proche du plan,
on ne vit plus les évènements
on événementialise le vivant.





Vous vouvoyer?
Tu me tues toi!





Je me suis perdu dans l'eau claire de tes yeux
pour t'y retrouver. À la surface calme de ton âme
c'est alors mon reflet qui a jailli en place et lieux
tel un géant dressé, abreuvé de tes larmes bleues,
tombé à genoux, laissant choir toutes ses armes,
il a replongé. Moi, je suis né de l'orage de tes cieux.


Le géant de perles d'émotions, disjoint de sa mer
de naissance, cherche hagard à combler ce vide,
implorant Spock de le téléporter, d'amour avide
il ne bouge point, pieds aux nues et tête amère.

Le géant de chagrin se dresse puis tutoie les étoiles,
il creuse les cieux, troue la matière noire de ses griffes
blanchies par toutes les nuits à prospecter le multivers,
pendu haut et court aux cordes tendues de toiles branaires,
dansant et sautant des dimensions de sciences apocryphes
en univers parallèles, pages de Sable Fin, dort à la belle étoile.

Le géant de sanglots s'étire, lance ses bras en tous sens,
il saisit entre ses mains puissantes l'espace et le temps
les tords pour tendre un pont vers sa belle, un trou de verre,
mais la passerelle, tel un ressort, la lui fait à l'envers
s'écrase sur sa face, efface le sourire sur ses lèvres, palpitant
son cœur s'emballe, explorant des lois la désobéissance.

Le géant de spasmes, réduit à la taille d'un chat
de Schrödinger, se débat dans l'absurde du monde
de l’infiniment petit et de ses vérités quantiques,
tente de vider sa matière de toute structure, de ses tics,
de transférer son fond aux formes de la vagabonde,
semer la lumière par la grâce de quelqu'entrechats.

Le géant, entièrement éploré, n'est plus que fine pluie,
il ne lui reste plus pour se rapprocher de sa dulcinée
qu'à coucher sur les plages blanches de ses courriers
les émotions miroitantes à la surface de l'océan infini

De tes yeux

09/09/2015

en vers et en corps

Bon le temps est à la poésie, alors je poursuit avec quelques nouveaux vers ou prose ou j'en sais rien... enfin peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse comme disait Bacchus... ah non Alfred de Musset:



Une bulle de bonheur bondit
Sur le fil ténu de l'horizon
En un subtil équilibre
Entre abîme et sublime.
La bulle hésite, rebondir
Ou voler aux éclats ?
Elle glisse sur le fil du rasoir,
Prête, titubant de plaisir,
À exploser à chaque instant,
À verser des affres de solitude,
À jaillir aux nues des sollicitudes.
La bulle veut être lune dans l'éther,
Au risque de finir pluie sur les terres.




Il est des amours qui s'éteignent
Tel un feu écrasé de sommeil,
Écorchée vive c'est dommage
Ta peau a l'évanescence des nuages.
Cesse un instant de mirer ton passé,
Vit, voit le levant devant toi s'embraser
Admire l'horizon, noie ton regard d'avenir,
Embrasse le plaisir, le bonheur est à choisir.



Tu manques à ma langue
Tu manques à mes doigts
À la jouissance je sursois,
Et enfin exhale, exsangue.



Ton plaisir frétille
Sur la pulpe de mes doigts,
Ta peau scintille
Sous l'iris de ma joie.



Couvrons de mille couleurs
Les murs de nos cellules grises!



Allez, on s'arrache!
Affranchissons-nous de la gravité
De ce monde si lâche.



Je n'ai pas peur de m'enflammer,
Dévoré par l'incendie par toi allumé,
Je crains de m'éteindre à petit feu
Sans toi ni lieux, sans nous ni eux.


Mangez! Mangez!
Il en sortira toujours quelque chose.
Consommez!
Nos boîtes n'usinent pas de causes,
Rien que des conséquences. Merde!



Loin des yeux
Unis en cœurs
Dis-moi le bonheur,
Illusion d'un dieu.
Vit l'amour! Vit!
Irradie toutes tes peurs
Nous est un autre je
Écorchant nos p'tites vies.


02/09/2015

pouet poète

Je continuerai de-ci de-là, de temps à autres, au fil de l'envie de jeter ici quelques morceaux de poésie:



Les rues d'la ville sont les couloirs de ma mort,
condamné à vie au trépas, je n'suis qu'un fantôme,
un chat errant parmi les cauchemars d'vos mômes,
éperdu d'ennui, suspendu aux coups du sort.

La lune a fini de briller à mes yeux, astre à l'éclat pâle
avalé par le profond velours d'une nuit piquée d'étoiles,
gros caillou tournant sans fin dans l'espace intersidéral,
éclipsée par les flammèches du lustre suspendu à la toile.

Hommes, femmes, enfants, bien rangés dans vos p'tites boîtes
préfabriquées, de vos préjugés je serai le diable inadéquat,
sans cornes ni barbichette, les dédales de vos toits je squat,
et m'lance sur l'dos des rêves, dessus vos pensées étroites.

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Jeux divins
Entre elle et moi,
Elle en fuite ; Moi furtif
Elle, le collectif ; Moi, vindicatif
Elle en lutte ; Moi en dix de chut !
Elle, agir local ; Moi, penser global
Elle, douce et radicale ; moi l'âme bancale
Moi, libre d'être bien ; Elle, bien d'être libre
Moi, enchaîné à la ville, Elle, déchaînée à l'envie
Elle, écorchée par la vie ; Moi, blindage en coquilles
Elle, pleine de milles récits ; Moi, de mille plaines évanouies
Moi, pas de liberté sans amour ; Elle, pas d'amour sans liberté
Moi, pages blanches et nuit d'encre ; Elle levée d'ancre et nuits blanches
Elle, les mots d'un puzzle de neuf ans ; Moi, matant l'échiquier de nos sentiments
Elle, féminine et féministe ; Moi père, mais aussi triste
Elle, rentrée par effraction ; Moi, entré par affection
Elle, bien plus être qu'avoir ; Moi, être pour la voir
Elle, chocolat-framboises ; Moi, noir, très noir
Elle, en demande ; Moi, en offrande
Elle, la musique ; Moi, les paroles
Moi, la langue ; Elle, les mots
Moi, les doigts ; Elle, la peau
Elle, la danse ; Moi, le sens
  Moi, la poussière; Elle, les os
Moi, l'océan ; Elle, l'îlot
Ensemble, la transe
Sensuelle
...


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Mon ventre ne ronronne plus de plaisirs félins,
c'est ma mère qui fait des nœuds de mes intestins.

Ce n'est plus ta voix qui me prends au réveil,
c'est l'envie d'faire valdinguer la carte vermeille.

Ce ne sont plus les courbes de ton corps que je parcours toujours et encore,
En quelques lignes binaires s'esquisse ton portrait, à fleur de nerfs je m'endors.

Ce n'est plus dans les eaux purs des bleus reflets de ton âme que je me noie,
c'est dans l'abîme des solitudes, le froid morne du quotidien que s'abîme ma joie.

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elle a hissé sur mon vaisseau de solitude l'étendard pirate ;
petite culotte flottant aux vents dans la salle d'eau,
brosse à dents nichée sur le nid-de-pie au-d'ssus du lavabo !


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Aux étales de nos sentiments,
l'amour est au rabais,
j'm'en moque; au cerisier,
des fruits j'cueille le piment.


26/11/2013

Les pensées du jardinier

 
« Le vrai jardinier se découvre devant la pensée sauvage. »
Jacques Prévert





Il était une fois un jardinier. Oh pas un professionnel, un simple jardinier du dimanche, juste l'heureux possesseur d'un petit bout de terre derrière l'appartement qu'il occupait. En avisé descendant du Candide de Voltaire, l'homme avait décidé d'y cultiver son jardin, d'y semer et d'y voir s'épanouir fleurs, fruits et légumes sains. Parmi toutes les beautés qui y poussaient, il avait pour ses pensées une affection particulière. Chaque jour, il passait quelques heures, souvent en fin d'après-midi, à prendre soin de ces fleurs qui faisaient son orgueil à lui.
Il passait du temps à quatre pattes, mains et genoux labourant la terre, y creusant les sillons de sa florale passion. Il aimait, quand il avait terminé, voir les paumes de ses mains brunies par le terreau, ses lignes de vie et de chance comme estompées sous la couche brune de son boulot. Il lui était agréable de sentir sur son visage, sous les gouttes d'une sueur qui lui paraissait être le jus du fruit de son travail, le soleil réchauffer sa peau. Il aimait plus que tout le parfum de ses fleurs. Souvent, il s'enivrait des senteurs de son jardin au cours de longues siestes, étendu dans la chaise longue qui trônait au milieu de ses parterres célestes.
Les fruits, les légumes nourrissaient son corps, mais l'odeur des fleurs étaient pour lui nourriture de l'esprit. Il avait accumulé un savoir insensé sur les violaceae mais avait su préserver l'émerveillement que lui contait l'éclosion de ces fleurettes violacées. Entre toutes, il avait sa préférée, un trésor aux pétales parfaits, mauves, parcourus d'éclairs violets, un arc-en-ciel de teintes colorant sa corolle, une couronne au blanc pur relevant le jaunes subtil des pistils. Quatre petites voiles tendues vers le ciel et une tournée vers la terre. Il aimait cette asymétrie, cette beauté hissée vers l'éther. Sa belle pensée, il la choyait, la laissant éclore un peu à l'écart des autres.

Un jour, l'homme dut s'absenter et resta éloigné de son jardin quelque temps, suffisamment pour que des herbes parasites en viennent à envahir les terres de ses pensées si pures. Parmi toutes ces herbes rustiques, il en était une qui s'était particulièrement développée. Elle avait poussé tout près de sa favorite et dépassait en taille la fragile pensée. Pris d'horreur devant cette tige verte, hérissée de fines épines, de feuilles rudimentaires et surmontée de bulbes grossiers, il coupa rageusement le brin de vie inopportun. Puis, comme il était harassé par son voyage, il alla se coucher.
Le lendemain, comme chaque matin, ses premiers pas le menèrent en son jardin. Il ouvrit les volets et découvrit avec horreur que l'herbe mauvaise avait repoussé avec plus de vigueur, qu'elle était encore plus haute que la veille au soir. De minuscules taches noires étaient apparues, telles des engelures au bout des délicats pétales de sa belle pensée. L'homme, reposé par sa nuit, ne se laissa pas cette fois emporter par la fureur devant l'apparent désastre ; ses réflexes de jardinier expérimenté lui revenaient. Il savait qu'il lui faudrait éradiquer cette herbe folle, en prenant bien soin de retirer toutes les racines du sol. Une fois son petit déjeuner terminé et sa toilette faite, le jardinier s'arma de ses outils et de sa patience, et partit s'attaquer à l'effronté chiendent. Il commença par tendre un voile pudique autour de sa pensée unique. Il ne supporterait pas de voir sa beauté maculée de terre d'un geste maladroit, ni qu'une épine vengeresse ne déchire de ses pétales le velours délicat. Aux racines sans éclats, la terre noire ; à l'abstraction éthérée, la poésie des fleurs colorées.
Après avoir délimité le champ de sa bataille contre la laideur, la folie, la sauvagerie, le désordre né au sein de ses pensées harmonieuses, il creusa délicatement autour de la sauvageonne une tranchée, un cercle parfait. Puis il approfondit sa percée et, lorsqu'il s'estima suffisamment enfoncé, de ses mains gantées, il se saisit de la tige rebelle et commença à en secouer les vermicelles. Il y eut un instant de résistance, puis il souleva, tout en agitant pour détacher les paquets de terre pris dans le fatras des radicelles, la plante maligne. Lorsqu'il tira une dernière fois pour sortir la totalité de l'horreur herbacée, il sentit une légère résistance. L'onde sourde d'un craquement parcourut la tige. Il poussa un juron. Puis balançant l'herbe importune sur l'amas de compost, il replongea les mains et les yeux dans la terre brune à la recherche du petit bout de chaos rescapé de l'éradication. Mais, plus il creusait et plus il découvrait l'enchevêtrement des filaments nourriciers. Il leva les yeux et pris conscience de l'étendue souterraine de l'invasion de son jardin. Tel l'iceberg qui fit couler le titanesque orgueil humain, les pousses vertes qui faisaient tanguer son navire de nature perdu sur la mer d'asphalte, l'immensité du désastre demeurait encore invisible. Il reprit alors la lutte en commençant par déraciner méthodiquement chaque poussée chaotique. Plus petites, leurs racines étaient moins développées, mais bien qu'enracinées plus superficiellement, elles tissaient un maillage serré sous l'épiderme terrestre.

Tel Sisyphe, heureux, le jardinier recommençait chaque jour son méticuleux travail d'extermination du végétal maléfice. Quand, au bout de quelques jours d'un travail acharné, le jardinier crut enfin retrouver le ferment de ses fleurs débarrassé de tout parasite, que sa pensée chérie développait une vigueur nouvelle, il aperçut un léger renflement à l'endroit même où il avait livré bataille contre la plus laide des invasives. Le soir était tout proche et le jardinier estima qu'il pouvait sans remords aller dormir et reprendre la lutte dès les premières heures du soleil suivant.
A son réveil, l'herbe maligne avait atteint une taille improbable et s'était répandue en jeunes pousses tout autour de sa protégée. Il arracha avec véhémence les petites feuilles à fleur de sol, puis regarda avec haine l'arrogante herbe folle. Il alla chercher sa pelle, délimita à nouveau, mais en un cercle plus vaste, la tranchée de la bataille à venir. Avec toute la retenue dont il était capable malgré la colère qui lui obscurcissait les idées, il retira soigneusement la fleur sauvage, cette vie qu'il n'avait pas lui-même semée, cette idée de la barbarie plantée dans son jardin de pensées cultivées. Mais à l'ultime instant, il sentit le craquement étouffé de la racine brisée remonter le long de l'herbe, se transmettre à ses doigts, à la paume de sa main, à tout son bras. Il en aurait pleuré ; et il pleura, juste avant que n'éclate l'orage de chaleur qui avait pesé toute la journée sur son dos courbé. Il farfouilla encore un peu la terre, mais bien vite la pluie et la sueur lui brouillèrent la vue, et les gouttes d'eau, commençant à imbiber le terreau, rendaient impossible l'extirpation des racines du mal. Dépité et abattu, le jardinier rentra chez lui.
C'est plein d'une énergie nouvelle qu'il se réveilla le lendemain. Le soleil était revenu et, avec lui, l'optimisme du jardinier. A peine avait-il franchi le pas de la porte qu'il constata que de nombreuses petites pousses farouches redéployaient l'oriflamme de la piraterie jardinière. Il reprit la longue et méthodique guerre de l'ordre contre le chaos tout en surveillant du coin de l’œil le rétablissement de sa pensée la plus secrète. A la dernière attaque de sauvagerie, les taches noires avait gagné du terrain sur les tons vifs de sa corolle. Après quelques jours, sa favorite reprenait des couleurs et il crut cette fois avoir gagné la partie. C'est le cœur serein qu'il alla donc se coucher, pour la première fois depuis qu'il était revenu. Son père et sa mère ne s'entendaient plus et avaient décidé de divorcer. Bien que sa relation avec ses parents se soit distendue au cours des années, il avait été le témoin muet de la lente dégradation de leur entente. Et l'officialisation de leur séparation, la concrétisation de ce qui n'avait jusqu'alors été qu'un sentiment, l'avait touché. Il avait beau être adulte, avoir connu la répétition de l'amour et les affres du désamour, il était resté l'enfant de ses parents, dont il ne pouvait imaginer qu'ils redevinssent autre chose que l'entité à deux faces qui l'avait enfanté. C'est en suivant le fil de ce mirage, l'image jaunie d'un mariage vieilli, qu'il sombra dans les bras de Morphée.

Ce matin là, l'ignoble herbe du mal, cicatrice immonde sur le reflet de ses rêves de calme et de volupté, dressait fièrement le grand mât de son insolence. Il crut un instant devenir aussi fou que ces adventices qui envahissaient la terre entière. Il n'avait plus d'autres pensées et celle-ci, mauvaise, avait maintenant la hauteur d'un gratte-ciel. Toutes les autres, fleurs étrangères, fêlures exotiques, violettes en dentelles pouvaient mourir, si cela devait sauver la plus intime de ses pensées. De Sisyphe il délaissa les gants placides et revêtit pour son combat épique contre le désordre horticole, l'armure d'un don Quichotte de la Planta. Il chevauchait une excavatrice squelettique et tenait pour toute lance un long couteau désherbeur. Son armure de plastique n'était qu'un vulgaire tablier de jardin, mais sa détermination n'avait rien à envier à celle de l'ingénieux hidalgo de La Mancha, chevalier à la triste figure et combattant acharné des géants brasseurs de vent.
Cette fois, il s'enfonça le long du corps barbare et démesuré de la fleur du mal. La circonférence de la tige lui sembla prodigieuse et à la naissance, les racines formaient de larges autoroutes qu'il n'eut aucun mal à parcourir. Plus il s'enterrait, plus les embranchements se multipliaient, plus les appendices se démultipliaient, plus la limite entre les milliers de fines racines devenaient ténue. A une certaine profondeur, l'intrication était telle qu'il lui devint difficile de suivre les tenants et les aboutissants de ces minuscules vermicelles organiques. Il suivit, au détour du dédale végétal l'une de ces terminaisons radicales et, sans notions du haut et du bas, le fil de plus en plus épais de sa pensée. Émergeant de son trou, le regard caressant sa douce dulcinée sur le point de faner, il fit demi-tour et regagna aussitôt les profondeurs du terreau fertile, ferraillant sans relâche contre l'hydre d'un invisible mal. Dans sa rude bataille contre la folie, il tranchait maintenant à tout va, coupant les racines en quatre, sans plus distinguer dans l'entrelacs, celles de ses pensées apprivoisées et celles des insoumises adventices. Il percevait inconsciemment la vacuité de son combat, tant à cette échelle se dévoilait le continuum de la vie, la continuité bouillonnante du vivant qui reliait entre elles les racines de tout ce qui germait ici, à la terre nourricière. Il pouvait voir les sels minéraux aspirés par les poils racinaires de l'une ou l'autre branche du vivant. Il croisa quelques vers et bactéries, radicaux libres de toute racine. Il admirait le troc invraisemblable auquel se livraient sous terre les sœurs ennemies de son jardin. Herbes sages et folles pensées, les ramifications microscopiques s'enlaçaient ici en un corps à corps acharné et infini.

D'une profonde respiration il sortit la tête du champ de bataille et, illuminé par la déraison de son raisonnement et par la vue de sa favorite défraîchie, il décida d'employer les grands moyens pour déraciner l'importune herbacée. Troquant l'armure du chevalier errant pour le feu chimique d'un Prométhée sans principe de responsabilité, il inocula un violent poison, brûlure chimique qui par capillarité terrassa en quelques secondes la plante immonde.
Se recroquevillant sur elles-mêmes, comme prises par les spasmes d'une douleur aiguë, les racines corrompues de la folie se décomposèrent, se diffusant dans le substrat des pensées jardinières. Lorsqu'enfin sombra la grand voile de la sauvagerie, ce fut à côté du bulbe purulent de sa beauté chérie. Le mauve des pétales n'était plus le teint orgueilleux de la vie, mais le ton livide de la mort en sursis. Telles des mains rabougries, des doigts crochus refermés sur l'ultime souffle de vie, les lèvres de sa dulcinée se retroussèrent en une grimace mortifère sur ses pétales, chair de pensée désormais moribonde. Le jardinier, couvert de boue par sa guerre imbécile, se releva avant de retomber à genoux. Il restait hagard devant sa pensée souillée par la toxine qui avait l'herbe folle terrassé... petite fleur insensée qui avait à son maître, finalement, fait perdre la tête.



Nouvelle écrite pour le fanzine A bloc! #5 (novembre 2013)
Illustration: Garance