"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

26/11/2013

Les pensées du jardinier

 
« Le vrai jardinier se découvre devant la pensée sauvage. »
Jacques Prévert





Il était une fois un jardinier. Oh pas un professionnel, un simple jardinier du dimanche, juste l'heureux possesseur d'un petit bout de terre derrière l'appartement qu'il occupait. En avisé descendant du Candide de Voltaire, l'homme avait décidé d'y cultiver son jardin, d'y semer et d'y voir s'épanouir fleurs, fruits et légumes sains. Parmi toutes les beautés qui y poussaient, il avait pour ses pensées une affection particulière. Chaque jour, il passait quelques heures, souvent en fin d'après-midi, à prendre soin de ces fleurs qui faisaient son orgueil à lui.
Il passait du temps à quatre pattes, mains et genoux labourant la terre, y creusant les sillons de sa florale passion. Il aimait, quand il avait terminé, voir les paumes de ses mains brunies par le terreau, ses lignes de vie et de chance comme estompées sous la couche brune de son boulot. Il lui était agréable de sentir sur son visage, sous les gouttes d'une sueur qui lui paraissait être le jus du fruit de son travail, le soleil réchauffer sa peau. Il aimait plus que tout le parfum de ses fleurs. Souvent, il s'enivrait des senteurs de son jardin au cours de longues siestes, étendu dans la chaise longue qui trônait au milieu de ses parterres célestes.
Les fruits, les légumes nourrissaient son corps, mais l'odeur des fleurs étaient pour lui nourriture de l'esprit. Il avait accumulé un savoir insensé sur les violaceae mais avait su préserver l'émerveillement que lui contait l'éclosion de ces fleurettes violacées. Entre toutes, il avait sa préférée, un trésor aux pétales parfaits, mauves, parcourus d'éclairs violets, un arc-en-ciel de teintes colorant sa corolle, une couronne au blanc pur relevant le jaunes subtil des pistils. Quatre petites voiles tendues vers le ciel et une tournée vers la terre. Il aimait cette asymétrie, cette beauté hissée vers l'éther. Sa belle pensée, il la choyait, la laissant éclore un peu à l'écart des autres.

Un jour, l'homme dut s'absenter et resta éloigné de son jardin quelque temps, suffisamment pour que des herbes parasites en viennent à envahir les terres de ses pensées si pures. Parmi toutes ces herbes rustiques, il en était une qui s'était particulièrement développée. Elle avait poussé tout près de sa favorite et dépassait en taille la fragile pensée. Pris d'horreur devant cette tige verte, hérissée de fines épines, de feuilles rudimentaires et surmontée de bulbes grossiers, il coupa rageusement le brin de vie inopportun. Puis, comme il était harassé par son voyage, il alla se coucher.
Le lendemain, comme chaque matin, ses premiers pas le menèrent en son jardin. Il ouvrit les volets et découvrit avec horreur que l'herbe mauvaise avait repoussé avec plus de vigueur, qu'elle était encore plus haute que la veille au soir. De minuscules taches noires étaient apparues, telles des engelures au bout des délicats pétales de sa belle pensée. L'homme, reposé par sa nuit, ne se laissa pas cette fois emporter par la fureur devant l'apparent désastre ; ses réflexes de jardinier expérimenté lui revenaient. Il savait qu'il lui faudrait éradiquer cette herbe folle, en prenant bien soin de retirer toutes les racines du sol. Une fois son petit déjeuner terminé et sa toilette faite, le jardinier s'arma de ses outils et de sa patience, et partit s'attaquer à l'effronté chiendent. Il commença par tendre un voile pudique autour de sa pensée unique. Il ne supporterait pas de voir sa beauté maculée de terre d'un geste maladroit, ni qu'une épine vengeresse ne déchire de ses pétales le velours délicat. Aux racines sans éclats, la terre noire ; à l'abstraction éthérée, la poésie des fleurs colorées.
Après avoir délimité le champ de sa bataille contre la laideur, la folie, la sauvagerie, le désordre né au sein de ses pensées harmonieuses, il creusa délicatement autour de la sauvageonne une tranchée, un cercle parfait. Puis il approfondit sa percée et, lorsqu'il s'estima suffisamment enfoncé, de ses mains gantées, il se saisit de la tige rebelle et commença à en secouer les vermicelles. Il y eut un instant de résistance, puis il souleva, tout en agitant pour détacher les paquets de terre pris dans le fatras des radicelles, la plante maligne. Lorsqu'il tira une dernière fois pour sortir la totalité de l'horreur herbacée, il sentit une légère résistance. L'onde sourde d'un craquement parcourut la tige. Il poussa un juron. Puis balançant l'herbe importune sur l'amas de compost, il replongea les mains et les yeux dans la terre brune à la recherche du petit bout de chaos rescapé de l'éradication. Mais, plus il creusait et plus il découvrait l'enchevêtrement des filaments nourriciers. Il leva les yeux et pris conscience de l'étendue souterraine de l'invasion de son jardin. Tel l'iceberg qui fit couler le titanesque orgueil humain, les pousses vertes qui faisaient tanguer son navire de nature perdu sur la mer d'asphalte, l'immensité du désastre demeurait encore invisible. Il reprit alors la lutte en commençant par déraciner méthodiquement chaque poussée chaotique. Plus petites, leurs racines étaient moins développées, mais bien qu'enracinées plus superficiellement, elles tissaient un maillage serré sous l'épiderme terrestre.

Tel Sisyphe, heureux, le jardinier recommençait chaque jour son méticuleux travail d'extermination du végétal maléfice. Quand, au bout de quelques jours d'un travail acharné, le jardinier crut enfin retrouver le ferment de ses fleurs débarrassé de tout parasite, que sa pensée chérie développait une vigueur nouvelle, il aperçut un léger renflement à l'endroit même où il avait livré bataille contre la plus laide des invasives. Le soir était tout proche et le jardinier estima qu'il pouvait sans remords aller dormir et reprendre la lutte dès les premières heures du soleil suivant.
A son réveil, l'herbe maligne avait atteint une taille improbable et s'était répandue en jeunes pousses tout autour de sa protégée. Il arracha avec véhémence les petites feuilles à fleur de sol, puis regarda avec haine l'arrogante herbe folle. Il alla chercher sa pelle, délimita à nouveau, mais en un cercle plus vaste, la tranchée de la bataille à venir. Avec toute la retenue dont il était capable malgré la colère qui lui obscurcissait les idées, il retira soigneusement la fleur sauvage, cette vie qu'il n'avait pas lui-même semée, cette idée de la barbarie plantée dans son jardin de pensées cultivées. Mais à l'ultime instant, il sentit le craquement étouffé de la racine brisée remonter le long de l'herbe, se transmettre à ses doigts, à la paume de sa main, à tout son bras. Il en aurait pleuré ; et il pleura, juste avant que n'éclate l'orage de chaleur qui avait pesé toute la journée sur son dos courbé. Il farfouilla encore un peu la terre, mais bien vite la pluie et la sueur lui brouillèrent la vue, et les gouttes d'eau, commençant à imbiber le terreau, rendaient impossible l'extirpation des racines du mal. Dépité et abattu, le jardinier rentra chez lui.
C'est plein d'une énergie nouvelle qu'il se réveilla le lendemain. Le soleil était revenu et, avec lui, l'optimisme du jardinier. A peine avait-il franchi le pas de la porte qu'il constata que de nombreuses petites pousses farouches redéployaient l'oriflamme de la piraterie jardinière. Il reprit la longue et méthodique guerre de l'ordre contre le chaos tout en surveillant du coin de l’œil le rétablissement de sa pensée la plus secrète. A la dernière attaque de sauvagerie, les taches noires avait gagné du terrain sur les tons vifs de sa corolle. Après quelques jours, sa favorite reprenait des couleurs et il crut cette fois avoir gagné la partie. C'est le cœur serein qu'il alla donc se coucher, pour la première fois depuis qu'il était revenu. Son père et sa mère ne s'entendaient plus et avaient décidé de divorcer. Bien que sa relation avec ses parents se soit distendue au cours des années, il avait été le témoin muet de la lente dégradation de leur entente. Et l'officialisation de leur séparation, la concrétisation de ce qui n'avait jusqu'alors été qu'un sentiment, l'avait touché. Il avait beau être adulte, avoir connu la répétition de l'amour et les affres du désamour, il était resté l'enfant de ses parents, dont il ne pouvait imaginer qu'ils redevinssent autre chose que l'entité à deux faces qui l'avait enfanté. C'est en suivant le fil de ce mirage, l'image jaunie d'un mariage vieilli, qu'il sombra dans les bras de Morphée.

Ce matin là, l'ignoble herbe du mal, cicatrice immonde sur le reflet de ses rêves de calme et de volupté, dressait fièrement le grand mât de son insolence. Il crut un instant devenir aussi fou que ces adventices qui envahissaient la terre entière. Il n'avait plus d'autres pensées et celle-ci, mauvaise, avait maintenant la hauteur d'un gratte-ciel. Toutes les autres, fleurs étrangères, fêlures exotiques, violettes en dentelles pouvaient mourir, si cela devait sauver la plus intime de ses pensées. De Sisyphe il délaissa les gants placides et revêtit pour son combat épique contre le désordre horticole, l'armure d'un don Quichotte de la Planta. Il chevauchait une excavatrice squelettique et tenait pour toute lance un long couteau désherbeur. Son armure de plastique n'était qu'un vulgaire tablier de jardin, mais sa détermination n'avait rien à envier à celle de l'ingénieux hidalgo de La Mancha, chevalier à la triste figure et combattant acharné des géants brasseurs de vent.
Cette fois, il s'enfonça le long du corps barbare et démesuré de la fleur du mal. La circonférence de la tige lui sembla prodigieuse et à la naissance, les racines formaient de larges autoroutes qu'il n'eut aucun mal à parcourir. Plus il s'enterrait, plus les embranchements se multipliaient, plus les appendices se démultipliaient, plus la limite entre les milliers de fines racines devenaient ténue. A une certaine profondeur, l'intrication était telle qu'il lui devint difficile de suivre les tenants et les aboutissants de ces minuscules vermicelles organiques. Il suivit, au détour du dédale végétal l'une de ces terminaisons radicales et, sans notions du haut et du bas, le fil de plus en plus épais de sa pensée. Émergeant de son trou, le regard caressant sa douce dulcinée sur le point de faner, il fit demi-tour et regagna aussitôt les profondeurs du terreau fertile, ferraillant sans relâche contre l'hydre d'un invisible mal. Dans sa rude bataille contre la folie, il tranchait maintenant à tout va, coupant les racines en quatre, sans plus distinguer dans l'entrelacs, celles de ses pensées apprivoisées et celles des insoumises adventices. Il percevait inconsciemment la vacuité de son combat, tant à cette échelle se dévoilait le continuum de la vie, la continuité bouillonnante du vivant qui reliait entre elles les racines de tout ce qui germait ici, à la terre nourricière. Il pouvait voir les sels minéraux aspirés par les poils racinaires de l'une ou l'autre branche du vivant. Il croisa quelques vers et bactéries, radicaux libres de toute racine. Il admirait le troc invraisemblable auquel se livraient sous terre les sœurs ennemies de son jardin. Herbes sages et folles pensées, les ramifications microscopiques s'enlaçaient ici en un corps à corps acharné et infini.

D'une profonde respiration il sortit la tête du champ de bataille et, illuminé par la déraison de son raisonnement et par la vue de sa favorite défraîchie, il décida d'employer les grands moyens pour déraciner l'importune herbacée. Troquant l'armure du chevalier errant pour le feu chimique d'un Prométhée sans principe de responsabilité, il inocula un violent poison, brûlure chimique qui par capillarité terrassa en quelques secondes la plante immonde.
Se recroquevillant sur elles-mêmes, comme prises par les spasmes d'une douleur aiguë, les racines corrompues de la folie se décomposèrent, se diffusant dans le substrat des pensées jardinières. Lorsqu'enfin sombra la grand voile de la sauvagerie, ce fut à côté du bulbe purulent de sa beauté chérie. Le mauve des pétales n'était plus le teint orgueilleux de la vie, mais le ton livide de la mort en sursis. Telles des mains rabougries, des doigts crochus refermés sur l'ultime souffle de vie, les lèvres de sa dulcinée se retroussèrent en une grimace mortifère sur ses pétales, chair de pensée désormais moribonde. Le jardinier, couvert de boue par sa guerre imbécile, se releva avant de retomber à genoux. Il restait hagard devant sa pensée souillée par la toxine qui avait l'herbe folle terrassé... petite fleur insensée qui avait à son maître, finalement, fait perdre la tête.



Nouvelle écrite pour le fanzine A bloc! #5 (novembre 2013)
Illustration: Garance

10/10/2013

Reflets abîmés


Paris respirait mal sous son ciel de plomb. La neige tombait à gros flocons et la ville revêtait son manteau d'hiver. Les feux régulaient les flots nerveux, les néons guidant les passants comme la nouvelle cartographie des nuits humaines. Les gens couraient à découvert ou sous le paradis d'un parapluie pour deux. Dans le ronronnement de la ville assoupie des sirènes de police zébraient la nuit et les gyrophares des véhicules hurlaient l'urgence sous les flocons tourbillonnants. La station Filles du Calvaire était bouclée. La neige épaisse donnait au Cirque d'Hiver un air triste que les premières lueurs du jour ne parvenaient à dissiper.
Le corps avait été découvert par l'employé qui levait le rideau de la station. Comme pour les victimes précédentes, la jeune fille était blanche, cheveux noirs. Comme les autres, elle n'avait plus de visage, remplacé par un masque de Blanche-Neige. Ses seins avaient été tailladés, sa poitrine ouverte, le cœur arraché. Son thorax tout entier n'était plus qu'une plaie béante, mais les meurtrissures étaient propres. La robe que portait la victime était vierge de toute goutte de sang. Une pomme à l'arsenic avait roulé au bas de l'escalier.
Les légistes s'affairaient et les agents fourmillaient sur la scène de crime, comme autant de larves se gavant des tissus morts de la défunte. C'était la quatrième victime en trois mois attribuée au « tueur de Blanche-Neige », comme l'avait surnommé la presse. L'inspecteur dégueula toute la bile de sa nuit blanche lorsque le doc releva le masque sur les chairs à vif du cadavre. Son regard noir et mort fixait la toile percée des étoiles de la nuit.
- Bordel, que quelqu'un lui couvre les yeux !


Les portes s'ouvrirent sur la cour intérieure. La voiture s'engouffra dans l'étroit passage. Les pneus crissaient sur le gravier enneigé et s'immobilisèrent. La neige tombait toujours au petit jour et Ellen courut jusqu'aux escaliers, son manteau tenu à bout de bras au-dessus d'elle. Elle enjamba les quelques marches et fixa son regard noir dans l’œil froid de la caméra. La porte s'ouvrit. Elle entra.
Ses talons claquaient sur la vieille pierre. La fée électricité embrasa les chandeliers et la silhouette d'Ellen se dessina sur le miroir mural qui ornait le vestibule. L'éclairage s'intensifiait et ses traits se dévoilaient en reflets sur la surface lisse de la glace. Elle admira cette jeunesse étalée à la une de la psyché, sa peau dorée, sa chevelure mordorée qui descendaient à la conquête de sa nuque et rebondissaient sur ses épaules, ses lignes parfaites, tranchantes comme une lame dans le fourreau de sa robe.
Elle monta les larges escaliers qui menaient à l'étage. Elle avait retiré ses chaussures et ses pas s'enfonçaient dans l'épaisse moquette rouge. Elle entra dans le petit salon, les lampes s'allumèrent mais d'un claquement de doigts elle replongea la pièce dans la lumière magique du jour naissant. Elle jeta négligemment ses gants sur le dossier de la chaise du bureau, se dirigea vers le bar, se servit un grand verre de vodka qu'elle avala d'une traite avant de se servir un nouveau verre. Elle marcha vers la fenêtre qui donnait sur le jardin, l'ouvrit malgré le froid et fuma une cigarette. Assise sur le rebord, savourant sa vodka à petites gorgées, elle était une ombre découpée sur le monde extérieur.
  • Ils ont retrouvé le corps !
  • Je sais ma Reine.
Ellen se leva et s'installa au bureau. Elle saisit la tablette numérique et l'installa sur un pied en cuivre finement ciselé qui lui donnait l'apparence d'un miroir ancien. Au bout d'un instant son reflet apparut sur l'écran. Une légère fêlure zébrait le coin gauche en haut du visage.
  • Nelle, montre-la moi, elle ! je veux la voir, plonger mon regard dans son image.
Le reflet d'Ellen se brouilla et, encadré par une épaisse chevelure noire, apparut le visage un peu grave d'une jeune fille à la peau extrêmement pâle et aux lèvres écarlates. « Blanche ! »
Le reflet extrapolé à partir de la photo d'une petite fille de douze ans. Ellen fixa son joli minois de longues minutes pendant que ses doigts parcouraient son propre visage. Elle pouvait sentir les premières rides sur son front ; du pouce elle palpa le léger renflement sous ses yeux. Elle caressait ce que sa vue lui occultait. La jeunesse qui avait déployé ses ailes en elle, s'était envolée ne laissant qu'un cocon vide pris dans l'ambre du temps.
Elle caressa lentement ses lèvres chargées de rouge. Ses doigts descendirent, jusqu'au menton, puis le long de son cou, jusqu'à la naissance des seins. Elle pouvait sentir les distorsions du temps dans le relâchement de la peau. Elle se leva et fit pivoter le grand miroir sur son châssis en fer forgé. L'espace d'un instant elle crut voir les outrages du temps faits à sa beauté, ses cheveux devenus blancs, avant que la surface ne polisse son reflet.
Ellen alluma une cigarette qu'elle posa dans le cendrier et demanda à l’Intelligence Artificielle de lancer Nach-6. Elle avait conçu ce programme il y a presque un an. C'était une appli pour tablette, smartphone qui transformait les écrans en miroir, où les reflets pouvaient être retouchés en temps réel. Un énorme succès commercial. Elle laissa son regard vagabonder vers le feu de cheminée. Il y a trois mois elle avait injecté dans le code source quelques lignes qui changeaient les écrans en glaces sans tain. L'ombre d'Ellen, déformée par le mouvement incessant des flammes, dansait sur le vaste plafond orné de stucs dorés et de fleurs d'humidité.
  • Miroir, miroir magique, dis-moi qui est la plus belle d'entre toutes les Parisiennes ?
  • Ma Reine, tu es très belle, mais Blanche est la plus belle en ce royaume.
Sur la psyché pivotante, l'image d'Ellen se brouilla et apparurent les traits délicats d'une jeune femme de dix-huit ans à la peau blanche et aux cheveux noirs.
  • Sait-elle seulement que son père est mort ? Lorsqu'il est parti avec elle dans l'ambulance... je savais que je ne le reverrais plus ! Il aimait sa fille et elle le lui rendait bien. Il s'était occupé d'elle à la mort de sa mère, quelques semaines après l'accouchement. Elle avait cinq ans quand je suis entrée dans leur vie. J'ai cru trouver ma place, mais cette petite pimbêche occupait de plus en plus d'espace.
Ellen se retourna vers la tablette et fixa le regard inexpressif de l'I.A.
  • Je n'ai pas revu John pendant six longues années. Puis, il y a un peu plus de trois mois, quelques jours seulement avant sa mort, il... Il n'avait jamais répondu à mes courriers. Mais ce jour-là, de passage à Paris, il accepta de me voir.
  • Il vous a fait du mal, ma Reine.
  • Il m'a dit que j'étais folle... Il a osé dire que Blanche était morte ! Je sais qu'elle est vivante, qu'à l'époque il est parti pour s'occuper d'elle. Et trois jours après notre entrevue, le jour anniversaire de la soi-disant mort de sa fille, il se suicidait.
Ellen tira la chaise du bureau devant le grand miroir de façon à pouvoir s'asseoir en s'accoudant sur le dossier. Elle sentait la chaleur des larmes dans le sillon de sa détresse, mais son reflet, lui, ne connaissait pas la tristesse. Elle étira la photo pour qu'elle occupe les trois-quarts de la surface réfléchissante. Le portrait vieilli de Blanche n'était plus qu'une vignette collée sous la fiche de Zoé Valdèz. Étudiante en philologie, elle vivait seule dans un petit studio près de République. Ellen parcourut en diagonale quelques pages du dossier constitué par Nelle, visionna quelques-unes de ses vidéos. Elle la regardait évoluer, parler, rire, chanter. Elle se leva, approcha du miroir, fixa attentivement le visage de Zoé. C'était Blanche, il n'y avait aucun doute.
Nelle s'était connecté à tous les comptes de Zoé. Il avait parcouru son agenda afin de connaître ses habitudes. Pour financer ses études, elle travaillait chez un fleuriste près de la gare Montparnasse. Une chaîne de magasins de fleurs ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les mardis et jeudis, elle quittait le magasin peu avant le dernier métro. Seul le compositeur automatique offrait alors aux amants de la nuit quelques bouquets personnalisés. Ellen but un dernier verre de vodka et fuma encore. Il était presque dix heures du matin ce dimanche, le chant de la circulation n'était qu'un murmure de l'autre côté des murs de la propriété, lorsqu'elle tira le lourd rideau de la fenêtre et fit pivoter le miroir pour effacer le reflet de Zoé de sa psyché.
Le mardi suivant la neige semblait tomber au ralenti. Paris grelottait et Zoé somnolait. Il était minuit et elle commençait à mettre en ordre le magasin sous l’œil de la caméra de surveillance. Nelle la regardait faire dans le silence de la vidéo. Zoé se dirigea vers la porte pour tirer le rideau lorsqu'apparut dans la vitrine la silhouette svelte d'une femme qui frappa à la porte. Zoé lui fit signe d'utiliser l'automate. La femme portait un châle sur la tête, un manteau au col en fourrure et des talons hauts qui avaient cliqué sur les pavés numériques de la carte graphique de Nelle au moment où Ellen introduisit sa CB. L'I.A. pénétra le système du fleuriste robotisé. Sur l'écran auquel faisait face Ellen, les traits de Nelle apparurent. Un clin d’œil et sur l'écran noir ne clignotaient plus que les mots « hors service ».
Zoé, s'apprêtant à sortir, entendit jurer la cliente qui se planta devant elle. Elle lui expliqua qu'elle venait d'arriver à Paris, qu'elle rejoignait un homme qu'elle avait beaucoup aimé et qu'elle n'avait pas revu depuis six ans. Elle avait vraiment besoin d'un beau bouquet. « S'il vous plaît mademoiselle. » soupira Ellen en retirant dans un geste de star hollywoodienne d'un autre siècle ses lunettes noires. La cliente proposa de jeter un œil à l'automate pendant que Zoé ferait son bouquet. Ensuite elle la déposerait chez elle en taxi. La jeune fille réfléchissait en se tordant les lèvres. « Vous vous y connaissez en automates de ce genre ? » La cliente esquissa un grand sourire. « Ne vous inquiétez pas. Je suis ingénieur en sciences cognitives, spécialisée en systèmes artificiels intelligents. Ce joujou ne me posera aucun problème. » Zoé se mit au travail et Ellen ouvrit le capot du fleuriste robotisé. « Il fait chaud ici, dites-moi. Comment vous appelez-vous, » « Zoé, répondit la jeune fille. Oui j'ai eu chaud toute la soirée. Ce putain de chauffage doit encore déconner. Oh ! excusez mon langage. » Dans le reflet de ses verres fumés la Reine aperçut l'éclat du sourire de Nelle. « Ce n'est rien. Vous voulez un jus de fruit ? J'ai toujours une petite brique sur moi. » Zoé acquiesça et Ellen farfouilla dans son sac à main. « Ah, qu'est-ce que je disais... un jus de pomme. »

La cave de l'hôtel particulier d'Ellen. La terre battue, des murs blanchis à la chaux. Un vieil atelier de bricolage en bois épais. Un étau. Des néons bleutés baignaient la pièce d'un halo irréel. Elle ouvrit les yeux. Le sol tanguait, sa tête dodelinait. Zoé se réveillait à peine, son cerveau battait la chamade. Après quelques minutes, elle parvint à redresser la tête. Sur le mur face à elle, un miroir, immense. Et dans le reflet, il y avait cette femme, poignets et chevilles enchaînés au mur. Zoé sentit qu'elle était entravée. Elle se voyait bouger mais... Mais ce visage ! Ce visage ne pouvait être le sien. Pas déjà. Pourtant sous le calque des années c'était bien sa figure. Elle poussa un cri que réfléchit son image flétrie. Zoé pleurait, tremblait.
La voix basse et métallique de Nelle résonna sous la voûte du caveau. « Calmez-vous, mademoiselle. » Zoé fit un bond, immédiatement arrêtée par ses chaînes. Elle se blottit contre le mur. Ses yeux cherchaient de tous côtés. « Écoutez-moi ! » Zoé frissonnait de tout son être. « Vous allez mourir. » Zoé esquissa un nouveau bond, mais se retint. Elle éclata en sanglots. Elle tressaillit, puis ses jambes et ses bras se relâchèrent. « Calmez-vous. » Elle s'enfonçait dans le sol, comme avalée par la terre.
La porte métallique claqua et Ellen fit son entrée. Elle portait ses lunettes de soleil et une longue robe noire. « Arrête de chialer, petite salope ! » Sa main fine et baguée fit un aller-retour sur les joues de la jeune femme, puis la saisit par le col de son uniforme. Les chaînes tiraient sur ses membres. « Pourquoi tu m'as volé John, hein, petite pute ! Tu vas crever, sale chienne ! » Elle la rejeta au sol. Zoé était tétanisée. Elle parvint à bredouiller quelques mots au milieu de sanglots. « John ? Qui ? Connais pas. Je. Je sais pas. Je pas, comprends pas. » « Ta gueule ! Tu m'as volé le seul homme que j'ai jamais aimé ! Nous formions un beau couple. Des petits génies des systèmes intelligents. Mais quand tu as commencé à grandir, il a retrouvé dans tes traits ceux de ta mère. Il s'est éloigné de moi. Il s'est désengagé de notre projet... notre bébé ! Il voulait profiter de sa fille. Et moi je n'avais plus qu'à le regarder te regarder grandir ? Oh non ! Un des week-ends où il donnait une conférence, tu avais 12 ans, je t'ai tuée. J'ai cru t'avoir tuée. Je t'ai empoisonnée et j'ai maquillé ça en accident. Je t'ai laissée tomber du balcon de ta chambre. John est arrivé quelques minutes seulement après les pompiers. Il est parti avec toi en ambulance. Après ça, il m'a appelée une fois, pour me dire qu'il ne pouvait plus rester ici, qu'il ne pouvait plus rester avec moi. Il ne savait pas ce que j'avais fait, mais il me reprochait de ne pas avoir empêché ta chute. Je ne l'ai plus revu, jusqu'à... Mais je sais que tu as survécu et qu'il n'a vécu que pour toi... tu me l'as enlevé. Et maintenant il est mort ! »
Zoé regardait Ellen avec des yeux emplis de terreur. Sur ses pupilles dilatées se lisait toute l'étendue de sa détresse, de son incompréhension. Sa tête était agitée de petits mouvement saccadés et son visage se crispait par intermittence. Son ventre était noué et elle s'était fait dessus à plusieurs reprises déjà. Elle avait froid, elle avait peur. Pourtant elle leva le regard vers sa tortionnaire : « Je ne comprends rien à ce que vous dites. C'est pas moi ! Je suis pas celle que vous croyez ! Je vous l'jure. Vous vous trompez. » Zoé la suppliait de l'écouter. Ellen lui avait tourné le dos et marchait d'un pas chaloupé vers la sortie. Elle se retourna dans l'encadrement de la porte et lui cracha : « Ta gueule, Blanche ! Ferme ta putain de gueule ! Très vite tu me supplieras de mettre fin à tes souffrances. Très vite ! » Elle claqua la porte.
La solitude glaciale de sa geôle imprégnait les vêtements, la peau et les os de Zoé. Les moments de solitude et de terreur intérieure étaient entrecoupés par la furie de la cinglée distinguée. Zoé baignait dans sa merde, sa pisse et son sang. Sa veste était trempée et lui glaçait le corps. Il n'y avait plus ni nuit ni jour. Elle répétait en boucle qu'elle n'était pas Blanche. Parfois elle le hurlait, d'autres elle le susurrait. Quelques fois Nelle lui répondait. L'intelligence artificielle le savait mais ne pouvait aller contre la volonté de sa conceptrice, contre l'instruction d'Ellen. Lorsque John était parti, il n'était qu'une œuvre inachevée à laquelle la Reine avait ensuite transmis ses propres fêlures. Zoé avait faim et soif.

Après des jours de cet enfer Ellen parut une nouvelle fois. Mais cette fois-ci nulle robe habillée ni même de verres fumés. Elle portait une blouse blanche, un masque de chirurgien lui barrait le bas du visage et de larges lunettes en plastique lui masquaient le regard. Zoé hurla en la voyant. Ses jambes et ses bras tiraient de toutes leurs faibles forces sur les chaînes. Elle ne distinguait que les yeux cernés de rides de la marâtre qui sortit de sa blouse une seringue et la piqua. L'engourdissement qui étreignait Zoé devint plus intense, à tel point qu'elle ne savait plus si elle avait chaud ou froid. Ellen l'installa dans un fauteuil, lui attacha les poignets aux accoudoirs et les chevilles aux pieds du siège. Toujours face au miroir.
Les bruits résonnaient étrangement à la conscience de Zoé. Chaque mouvement de sa geôlière traînait dans le temps et l'espace. Une fenêtre s'ouvrit à la surface de la psyché et le visage de Nelle se matérialisa. Celui d'Ellen emplit le champ de vision de Zoé. Sa voix lointaine parvenait en écho à la jeune femme. « Blanche ! Oh, tu m'écoutes ? Tu vas souffrir ! » Elle avait décollé son visage de celui de sa victime, tapait du bout de l'index sur son crâne. Zoé vit un éclair argenté scintiller devant son regard brumeux. Une lame ! La Reine s'écarta un peu sur sa droite pour que la jeune fille puisse admirer son reflet. Elle la vit enfoncer la lame dans son sternum. Zoé ne sentait rien, son corps dormait profondément. Cependant elle voyait son reflet fané être torturé. La Reine lui tailla les tétons, lui saigna les seins. Les reflets, l'I.A. en diffusait des ralentis, des gros plans en petits montages à la cruauté mise en scène. Zoé défaillit.
« La mort de John l'a profondément ébranlée. Elle l'aimait toujours. Et elle continue de l'aimer. Elle a besoin de tuer Blanche encore et encore. Si elle ne le fait pas, elle finira par se supprimer. Moi, je suis là pour la sauvegarder. Je crois que si je pouvais ressentir ce que vous nommez l'amour, le mien lui serait à jamais voué. » La voix inhumaine de Nelle se répétait, comme l'écho d'une condamnation. Zoé ne dormait pas vraiment, ses fers l'en empêchaient, mais elle errait dans une demie-conscience déchirée de décharges de peur et de douleur. La plupart du temps elle était seule face au reflet de sa vieillesse qui ne viendrait jamais.

Un jour, après l'avoir attachée à la chaise, Ellen badigeonna son visage avec un produit qui lui glaça la peau. Ellen recula, pencha la tête sur le côté, comme pour trouver l'angle qui mettrait le mieux en valeur son œuvre. Elle se dirigea ensuite d'un pas léger vers le rideau au fond du caveau. Elle claqua des doigts et une symphonie introduisit son premier mouvement. « Il faut que je te présente quelqu'un. » Elle tira sur une cordelette et le voile tomba au pied d'un androïde. « Laisse-moi te présenter ton frère, Nelle ! » Elle se retourna vers l'androïde. « Nelle, ta sœur Blanche. » Les yeux du robot s'allumèrent. D'un pas souple il s'avança vers Zoé. Ellen sangla le front et le cou de la jeune femme. Nelle prit un scalpel et commença à lui décoller la peau du visage. Cette fois-ci elle sentit quelque chose, comme l'écho d'une lointaine griffure sur sa face.
Lorsqu'elle retrouva ses esprits Zoé était seule. Son regard tanguait entre ses seins. Les entailles avaient été nettoyées et elles ne saignaient plus. Elle leva difficilement sa tête et son regard sur la psyché face à elle. Elle poussa un cri d'effroi. Son visage n'était plus même celui vieilli auquel elle avait fini par s'habituer. Le haut de son visage était recouvert d'un masque pour enfant, la figure plastifiée de Blanche-Neige. Le masque laissait apparaître la bouche et le menton, dont les chairs étaient à vif. La voix dans sa tête hurla si fort en elle qu'elle finit par réveiller la douleur. Zoé sentait les morsures sur sa poitrine et les déchirures de son visage. La douleur gagnait son esprit, desséchait sa volonté. Ellen entra dans la pièce. Le visage de Nelle papillotait à la surface de la psyché, là où se refléterait la dernière scène. La Reine s'avança vers Zoé et vrilla ses yeux d'un bleu glaçant dans la coquille noisette vide du regard de sa proie. « Blanche ! » Zoé releva la tête. « L'heure est venue ! » Elle fixait droit devant elle, les traits de Nelle dans la glace. Ellen évoqua le suicide de John, la voie de chemin de fer, le train percutant sa voiture. Zoé aperçut l'I.A. lui décocher un clin d’œil.
La Reine s'approcha du petit plateau sur lequel elle avait disposé une belle pomme rouge, juteuse et une seringue. « Tu veux croquer dans cette pomme ? » Zoé salivait sans s'en rendre compte et croqua à pleines dents le fruit empoisonné. Très vite elle se mit à convulser et à vomir. Puis des diarrhées sanguinolentes lui déchirèrent les entrailles. Alors que Zoé agonisait, Ellen lui ouvrit la cage thoracique, en sortit le cœur et sectionna les artères. Le cœur pompa encore un peu, crachant puis crachotant le sang qu'il avait encore en lui. Le corps de Zoé fut secoué de mouvements réflexes puis s'affaissa.
Ellen plongea son regard dans celui de Nelle, dans son illusion glacé. Ils se réfléchissaient l'un l'autre à la surface de la psyché, comme les réverbérations de leur dualité. Elle était resplendissante dans sa blouse blanche maculée de sang, tendant dans la lumière du petit jour filtrée par d'étroites ouvertures le cœur de Zoé dans son poing rageur. Nelle sentit dans son cerveau une décharge électrique, comme la vague artificielle de la satisfaction. L'I.A. recherchait cet écho dans chacune des mises à mort, ce frisson ressenti lorsqu'il avait immobilisé la voiture de John sur le passage du train. Ce même vertige qui avait fissuré l'âme de la Reine six ans auparavant.

03/04/2013

Un peu de poésie...

Bon ça fait un bout de temps que j'ai pas écrit ici... la vie, tout ça.
Bref, je reviens poser sur ce blog quelques mots et assez curieusement (pour moi) c'est une forme de "poésie" qui m'envahit ces derniers temps...
Curieux pour moi car je ne suis pas un grand lecteur de poésie et, hormis pendant une adolescence où je me rêvais en poète maudit, je ne me suis plus essayé à cette forme d'écriture enserrée dans de nombreuses contraintes stylistiques!
Bref, c'est grâce à tweeter que c'est venu... permettre le saut de ligne dans les petits message de 140 caractères m'a donné envie de jouer avec les acrostiches. Les vannes étaient ouvertes...
Je vous propose ici quelques-uns de ces écrits postés sur le réseau social ainsi que deux textes plus longs mais non encore aboutis:


commençons avec les acrostiches:

1/

Jouissons,
Ouvrons
Une à une nos
Illusions,
Suçons nos
Seins
Obscènes de
Narcisses
Sans pudeur

Sussurons à nos
Ames
Nues l'un des
Sens

Effeuillons
Nos
Trans
Rock
Avenue des
Voeux
Ephémères

2/
Manège des sens
Anges insensés
Garces encensés
Image d'indécence
Essence des allumés


Ensuite un jeu avec les muses:

ta muse
ça m'use,
l'amuse
ma muse

ma muse
s'amuse;
ta muse
l'âme use

l'âme use
ta muse,
s'amuse
ma muse

sa muse
l'amuse
t'amuse
m'amuse


autour des mots:

quelques mots lancés à l'oreille
quelques traits rêvés à desseins
quelques pensées dès le réveil
quelques gouttes de ta sève sur mes mains



les mots à la volée
du toaster ont sauté
étoiles saupoudrées
dans le noir du café



je t'offre mes mots, tu me tends la main
j'n'ai jamais vu tes yeux, ni toi les miens
qu'importe le croque-mitaine;
partons! direction l'Eden



mes mots, cerfs-volants
emportés par ton souffle;
mes mots, nuages au vent
que jamais rien n'essouffle.
Révèle-toi, fais danser mes mots!



tes mots sont présence,
un sourire à boire
qui épanche l’absence,
ma visiteuse du soir



tes mots sont des bulles d'air
affleurant à ma fenêtre
venus des profondeurs amères
autant de sourires à naître



il n'avait pas sa langue dans sa poche,
un jour qu'il voulait la donner au chat
une langue de pute lui a tiré sa langue de bois... vipère!



Ton esprit tire ses traits,
dessine ses courbes, trace ses arabesques
délie ses harmonies; moi, face à cette fresque,
je compose ton portrait



des petits riens:

Un matin ils ont plié bagages
pour Croatan ils sont partis
les indiens-aux-yeux-gris
répondre à l'appel sauvage            ----> (saez http://youtu.be/wEIKedipzNs)



il y a tant de beautés
dans toutes nos différences
dommages qu'elle soient gâchées
par tant d'indifférence



j'voudrais lire dans tes yeux
les étoiles que tu laisses filer
réciter la pluie de tes cieux
sous les regards des insensés



si du monde tu n'aimes pas la couleur,
ne détournes pas les yeux, sois pas con
trempe ta plume aux sources des pleurs,
peins, hausse le ton!

si du monde tu n'aimes pas les couleurs
ne ferme pas les yeux
plante dans le gris de leur âme, les fleurs
aux langues de feu

si du monde tu n'aimes pas les couleurs
Inutile de te crever les yeux
arrache, épingle sanglant, ton cœur
au fronton de leurs tristes cieux




Deux textes en travaux:




De Marseille à Marseille
Du Mexique au Yemen
Du Paris d'la Commune
Aux déserts des écumes

D'la poésie à la folie
De l'Albatros à l'enfant roi
Des camisoles nues, des semelles de vent
Aux cruautés théâtrales du poète-voyant

D'la fée verte au Peyotl
Des maux d'tête à l'ennui
D'Illuminations en électrochocs
A l'Ombilic des limbes d'un poète maudit

Il faut, à les lire, plus d'une saison en enfer
A l'unité du multiple de deux âmes écorchées
Comme autant de bateaux ivres sur leurs corps échoués
Pour en finir à jamais avec le jugement de Dieu le père

D'Arthur à Artaud
D'Antonin à Rimbaud









C'est la frêle bête à bon dieu
Qui s'cogne à la fenêtre des hommes
Assemblés pour prier les cieux
Elle aimerait au soleil, squattait les chaumes
Le Rouge et le Noir dans les yeux
Et dans les mains des chanteur de psaumes
L'insecte divin fait danser au mieux
Ses oriflammes à la bougie des mômes...

C'est la p'tite bête qui monte
Qui s'cogne aux fenêtre du net
Et affole les compteurs qui décomptent
Le moindre visiteur de l'insecte
Des clics et du fric en font un mastodonte
La fée électricité n'en croit pas ses mirettes
En bouc-émissaires les laissés-pour-compte
La bestiole craint... d'un jour ne plus être à la fête.

C'est la vieille bête immonde
Qui s'cogne aux barreaux des fenêtres
La nuit tombe une fois de plu' sur le monde
Quand le brouillard se lève sur les lettres
Si la bête à bon dos, la bêtise est au monde
Nichée dans le regard de tous les êtres
Humains, toujours pas de monstre dans l'E-monde
Mais dans la choléosphère bien trop de dieux, toujours trop de maîtres!

09/10/2012

La chambre de Schrödinger

Un court-métrage de Stéphane Drouot, volet gauche d'un triptyque quantique sur la raison d'être, assez angoissant et qui (se) pose autant de question que l'expérience de pensée du chat de Schrödinger. Expérience qui illustre la contre-intuitivité de la physique quantique où le chat n’est pas mort.











30/09/2012

Gloomy Monday of the Summer

Cet été Angelina (sur twitter: ), sur son blog (fermé depuis) Mes Petites fables, a donné l'opportunité à quelques-uns de ses amis manieurs de plumes de présenter une chanson... J'ai répondu à l'appel et c'est sur La Chaleur de Noir Désir que j'ai jeté mon dévolu et mes mots.



La chaleur de Noir Désir
Une de mes chanson préférée du groupe phare du rock français des années 90. Noir Dez c'est cet étrange mixture qui a si souvent réussi à Cantat et sa bande, l'énergie d'un désir chamanique du rock et la noirceur de textes empruntant à la tradition de la chanson française.

La chaleur est un morceau à la structure particulière, pas de couplet / refrain, une chanson qui ne tourne pas en boucle dans la tête encore et encore, une chanson qui traverse l'esprit en ligne droite comme une voiture lancée sur la route poussiéreuse d'un désert où prêche Lautréamont, croisant ça et là quelques squelettes blanchis de bêtes à cornes tapis sous le sable pour se protéger de la lumière aveuglante d'un soleil auquel seul le vol majestueux des  charognards fait de l'ombre...



L'intérieur de la voiture s'était transformé en four et le moleskine de ce vieux taxi mordait les cuisses de Maria comme l'aurait fait un gril. Sa robe était déchirée et maculée de sang. Elle pleurait. Ses cheveux noirs n'étaient que le champ d'une bataille, perdue ou gagnée elle n'aurait su le dire. Ça faisait des heures qu'elle roulait, qu'elle fuyait et fumait.
Tout avait pourtant bien commencé. Son petit copain était arrivé avec seulement une demi-heure de retard. Comme promis il avait le vieux taxi de son grand-père. Comme promis ils s'éclipsaient pour un week-end chamanique. Un week-end au pays du peyotl, le cactus magique des peuples du nord du Mexique. El viejo, le vieux Pedro les accompagnait. Il avait déjà fait le voyage, souvent. Il serait leur guide. Tous trois avaient avalé du bitume avant que leurs langues ne se chargent de poussière du désert. L'autoradio crachait tant qu'il pouvait des accords âpres comme la lave du Popocatepetl... En route pour la joie.
A un moment ils se sont arrêtés, Pedro avait dit qu'ils étaient arrivés. Ils avaient bu avant de partir trouver le cactus mystique, ou se laisser trouver par lui. Chacun marchait de son côté pour entendre l'esprit de la plante l'appeler. Avec le soir le vent s'était levé, chacun avait de quoi se payer un petit voyage au pays des couleurs criardes comme des néons malicieux. Pedro leur fit offrir de la poudre de peyotl à la terre-mère avant qu'à leur tour ils goûtent les cactées sacrés des huicholes. Maria vomit plusieurs fois tant l'amertume du lophophora était forte. Ils étaient excités, dansaient sur l'éruption sonore qui dégoulinaient en flots de couleurs de la voiture, dansaient sous la voûte étoilée. Comme la musique mourut d'un larsen aiguisé comme une lame, le trio s'enfonça dans un monde de gestes lents et décomposés, passés entre les lentilles d'un kaléidoscope hallucinant. Maria se voyait, prostrée sur le sable encore chaud du désert, roulée en boule sous la couverture froide de la nuit. Les visages de ses deux compagnons s'étiraient comme torturés par des remords immémoriaux. Les étoiles battaient comme le cœur de l'univers et chaque battement se propageait dans toutes les dimensions, comme des bulles de rage muette à travers la nuit éternelle des galaxies. Une de ces bulles allait exploser sous les coups répétés de la réalité.
Ils étaient en phase de descente lorsqu'ils entendirent un coup de feu retentir. Le soleil commençait à peine à réchauffer le sable. Maria avait soif mais ses bras, ses mains ne lui obéissaient que pesamment. Elle était aussi malhabile qu'un enfant découvrant la motricité. Le coup de feu déchira son âme. Pedro venait de s'effondrer devant les yeux de Maria. Une fleur rouge sang éclose sur le front. Elle sentit ses lèvres sèches se décoller, s'ouvrir avec lenteur sans que sa gorge ne se desserre. Un homme approchait, une ombre dans le soleil naissant, avec son chapeau de cow-boy. Maria vit son copain tenter de se lever et s'étaler encore incapable de porter son propre poids. L'homme était à quelques pas. Il s'arrêta. Il portait des santiags. Maria parvint à relever un peu la tête. Elle le vit mettre en joue son homme et l'abattre sans ciller. Elle ne pouvait toujours pas crier. L'homme se tourna vers elle, s’accroupit la regarda longuement. Il la retourna d'un coup de botte et la viola. Puis il recommença. Lorsqu'il eut terminé, il se fit un café. Maria était allongée là, atone, juste derrière lui. Elle sentait monter depuis son ventre un cri. Mais sa voix n'était toujours pas là. Alors ce cri se propagea dans son bras. Depuis de longues minutes les yeux de Maria fixaient la machette de Pedro... « Elle se lève et prend son arme si blanche. C'est pour crever le corps de ce fils de pute si blanc... Pendant qu'il en est encore temps ! »



Mon Gloomy Monday a été publié le 13 août sur le blog d'Angelina, puis repris sur le site de Bakchich où elle sévit également.



24/09/2012

La Haute-Vienne à l'ère biométrique

Un article écrit pour le journal L'Echo du 12 septembre 2012




Le 3 septembre, la Haute-Vienne était le premier département à mettre en œuvre l'enregistrement sur une puce électronique, des empreintes digitales des étrangers demandant un titre de séjour.

Lire la suite (PDF)

23/08/2012

Mexique : de la cagoule de Marcos au masque d'Anonymous



Le 1er juillet dernier, le candidat du PRI, Parti Révolutionnaire Institutionnel, de centre gauche, Enrique Pena Nieto a été élu président du Mexique. Des soupçons de fraude pèsent une fois de plus sur l'élection présidentielle mexicaine. Le candidat du Parti de la Révolution Démocratique (PRD, gauche), Andres Manuel Lopez Obrador dit AMLO a d'ailleurs annoncé déposer un recours contre l'élection de son rivale. En 2006 AMLO avait déjà perdu l'élection présidentielle face à Felipe Calderon (PAN, droite chrétienne). AMLO et ses partisans avaient alors refuser de reconnaître Calderon comme leur président, bloquant pendant plus d'un mois le centre de la capitale mexicaine. A l'époque, de vives critiques s'étaient faites entendre contre Marcos et les zapatistes, accusés d'avoir fait perdre le candidat de la gauche, en ne lui épargnant aucune critiques et en refusant d'appeler à voter pour lui. Lors de l'élection de 2006, l'EZLN avait organisé l'Autre Campagne qui tentait de construire à la base un programme de lutte, utilisant le temps électoral pour tenter de créer à l'échelle du pays des liens entre les luttes, tout en refusant de jouer le jeu électoral.
En 2012, Marcos s'est fait plus discret au sujet du scrutin présidentiel. Il faut dire que la situation mexicaine a, entre temps, basculé dans l'horreur. Mais d'autres masques donnent à la révolte un nouveau visage, celui des Anonymous.




Petit retour en arrière pour mieux éclairer le présent :
1994, l'EZLN fait la Une des journaux du monde entier en prenant des villes du Chiapas le 1er janvier. La date se voulait symbolique puisqu'il s'agissait de l'entrée en vigueur de l'ALENA, accord portant sur une zone de libre échange réunissant le Canada, les USA et le Mexique. Très vite l'armée zapatiste se rend à l'évidence, militairement ils ne tiendront pas. Mais ils ont un atout sous leurs cagoules : le sous-commandant insurgé Marcos, un universitaire parti au Chiapas amener la révolution marxiste aux indiens. Mais les peuples du Chiapas ne sont pas nés de la dernière pluie. Marcos et d'autres révolutionnaire doivent apprendre à connaître ces peuples avant de pouvoir les mener à la lutte. L'idéologie de celui qui allait devenir le porte-parole de l'EZLN s'en verra modifiée par les tendances libertaires des modes de vie indigènes. De la même manière les indigènes commenceront une remise en cause de certaines de leurs pratiques, notamment sur la place et le rôle des femmes dans la vie des communautés.
Marcos devient, grâce à son talent littéraire, une nouvelle icône révolutionnaire mondiale. L'EZLN parvient grâce à une utilisation habile des armes de la communication et grâce au développement d'Internet a gagner la sympathie de l'opinion public mondiale. L'EZLN organise par exemple en 1996 les rencontres intergalactiques qui réunissent des milliers de militants du monde entier. Ces rencontres peuvent être perçues, avec le recul, comme les prémices du mouvement altermondialiste qui éclatera au grand jour lors du sommet de Seattle, en 1999.
L'année suivante, en 2000, le Mexique connaît pour la première fois depuis sa révolution l'alternance politique. Après 71 ans de règne sans partage, le PRI cède le pouvoir. Le Parti d'Action Nationale et Vincente Fox offrent aux mexicains l'illusion démocratique. Mais en 2006 les vents semblent porter AMLO vers la victoire. Les places des villes où il tient meeting sont noires de monde et beaucoup pensent possible sa victoire. Le charismatique maire de Mexico est perçu comme le candidat des pauvres. Le PAN conserva toute fois la présidence grâce à la victoire de Calderon. Les résultats du vote qui donnèrent quelques milliers de voix d'avance au candidat du PAN jettent le doute sur les résultats. Certains observateurs de la vie politique mexicaine voient d'ailleurs dans la présidence autoritaire de Calderon un façon de gagner la légitimité qu'il n'avait pas su gagner avec son élection.

Le pouvoir fort de Calderon,
une façon de gagner la légitimité qu'il n'a pas tirée des urnes.

Pendant la mandature de Calderon, AMLO a continuer à construire son mouvement. Les partisans d'AMLO se sont organisés en comités de quartier, ils ont lancé un journal appelé Regeneracion, en hommage à la publication anarchiste de Ricardo Flores Magon. D'une certaine manière on pourrait presque dire qu'AMLO reprenait certains éléments de l'Autre Campagne zapatiste. Pourtant certains de ses partisans se sont détournés de sa candidature, jugeant qu'il délaissait les couches populaires. Et surtout l'irruption sanglante des cartels de la drogue dans le quotidien des mexicains a bouleversé la donne.
Le PRI au pouvoir fut un parti autoritaire, corrompu. Mais son autoritarisme avait permis de contenir les velléités des narcos. La corruption a ceci de troublant qu'il devient vite très difficile de discerner le corrupteur du corrompu. Beaucoup estiment aujourd'hui que sous couvert de sa guerre à la drogue, Calderon a tenté de reprendre la méthode du PRI, favorisant un cartel afin d'éviter toute violence entre rivaux. Pourtant en n'apportant aux problèmes posés par les cartels qu'une simple réponse militaire, Calderon a fait voler en éclat ce qui pouvait subsister de coexistence pacifique entre les barons de la drogue. Si Fox avait su utiliser les vieilles méthodes du PRI pour arriver au pouvoir, au moins avait-il laissé de côté les aspects autoritaires les plus saillants. Calderon a lui un caractère plus martial. Il aurait voulu être à la tête d'une police militarisée unique pour l'ensemble des états mexicains. Mais il sera finalement amener à sortir l'armée des casernes face à l'incurie et la corruption des services de police locaux comme fédéraux. Malgré un déni de la gravité de la situation, le Mexique est réellement entrée dans une guerre où les territoires passent sous contrôle des uns et des autres. En 2010 certains spécialistes des narcos estimaient que près de 75% du pays était contrôlé par les cartels.
La guerre se joue à tous les niveaux : entre cartels, entre cartels et flics, entre cartels et armée, entre flics locaux et fédéraux. Les narcos ont infiltré le pouvoir politique, la police et aujourd'hui ils sont si puissants qu'ils imprègnent l'ensemble du tissus social déjà mis à mal par les inégalités sociales. Un tissus que la violence et la terreur qu'ils font vivre à la population mexicaine est en train de déchirer.
Il est difficile de dire si l'élection de Pena Nieto est plus irrégulière que celle de Calderon ou d'autres présidents du Mexique. L'écart de voix est bien plus importante que lors de l'élection de 2006. Mais il n'est pas improbable que certains mexicains se soient mis à regretter le pouvoir autoritaire du PRI face aux narcos... Et pourtant. Et pourtant, la campagne présidentielle s'était installée dans un ronronnement gênant pour qui veut croire possible de desserrer l'étau qui tient en tenailles la société civile mexicaine entre de multiples bras armés.
Car malgré tout, la société civile mexicaine résiste. Cette société civile sur laquelle l'EZLN a appuyé sa légitimité et qui aujourd'hui reçoit à son tour le soutien des zapatistes. Car en bas à gauche, loin des pots de vins et des magouilles politico-mafieuses, les enfants du zapatisme reprennent le flambeaux de la révolte que les zapatiste avaient porté et derrière le quelle ils s'étaient rangés. Déjà en 2006, alors que l'EZLN mené son Autre Campagne, Oaxaca avait incarné une nouvelle révolte. Suite au conflit de la section locale du syndicat national des travailleurs de l'éducation (SNTE) – contre l'avis des instances nationales du syndicat tenu par Mme Gordillo, ancienne secrétaire générale du PRI – Oaxaca s'était révolté contre le pouvoir autoritaire du gouverneur Ulises Ruiz Ortiz (PRI). Le SNTE, comme tous les syndicats ont très longtemps été lié au parti unique, le PRI. Pendant de longues semaines, l'Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca a tenté d'instaurer une commune libre. Cette lutte populaire a notamment visé les moyens de communication. La radio universitaire a servi de moyen d'organisation aux insurgés. Les actions de soutien qui ont alors été organisés dans tout le pays ont souvent pris pour cible Televisa, principale chaîne du pays, accusée de présenter une vision tronquée de la réalité. En 2006 toujours, lors d'une autre révolte les médias télévisés sont à nouveaux mis en accusation. En mai la répression de marchands de fleur près de San Salvador Atenco provoque de violents affrontements qui se terminent par deux morts, des centaines d'arrestations et de nombreuses disparitions. Lorsque le conflit éclate, les révoltés demandent à avoir un temps d'antenne afin de s'expliquer. Face au refus des chaînes, de nombreuses femmes réquisitionnent et font tourner les télévisions libérées.
Mais dans le Mexique de ce début de siècle, si la société civile est évidemment en but à un pouvoir autoritaire et à une militarisation du pays, elle est également confrontée à la violence qui a fait depuis 2006 entre 60 et 80 000 morts. Le déchaînement de violence provoqué par les cartels s'affichent en photos chocs en Une de la presse à sensation : décapitations, démembrements, charniers, fosses communes... Les cartels eux aussi manient la com' avec dextérité. Des messages sont souvent laissés sur les victimes. Les vidéos de narcorridos (chansons populaires à la gloire de narcos) abondent sur YouTube avec des vidéos d'enlèvements, d'agressions... Parmi ces cartels, les Zetas sont les plus violents. Formé d'anciens policiers et militaires d'élites, ils ont d'abord servi de sicaires à d'autres cartels avant de prendre leur autonomie, flirtant avec le terrorisme, dans le sens où la population civile est prise pour cible afin que s'y insinue un état de terreur. Le mouvement incarné par Javier Sicilia, journaliste et poète dont le fils a été abattu, mouvement qui demande notamment que des réponses sociales soient apportées à la violence qui gangrène le Mexique, est parvenu à cristalliser la révolte des mexicains contre la violence qu'ils subissent. Violence que de plus en plus de médias refusent de couvrir par peur des représailles. En 2010, le Mexique était encore le deuxième pays le plus dangereux pour les journalistes, juste derrières l'Irak. Face à cette désinformation, la société civile s'organise aussi sur le net et les réseaux sociaux. Des blogueurs, des internautes sont maintenant des cibles de la répression de l'état et de la violence meurtrière des cartels.

La plume plus forte que l'épée

Fin 2011 c'est le collectif de hackers Anonymous qui offre un nouveau visage à la révolte, après les visages cagoulés des zapatistes. Un hacktivistes avait été enlevé par les Zetas alors qu'il participait une distribution de tracts durant l'été. Quelques mois plus tard, Anonymous publie un vidéo-tract dans lequel ils menacent clairement les Zetas de donner les noms de certains de leurs relais dans la police, les journaux, si le cartel ne relâche pas l'hacktiviste. Après quelques hésitations au sein d'Anonymous sur le bien fondé de leur démarche, les Zetas libéreront finalement l'anon tout en menaçant à leur tour de s'en prendre à la famille de leur ex-otage si Anonymous rendait public leurs informations. Anonymous a démontrer que l'information était une arme efficace même contre les sanguinaires narcos.
La désinformation c'est cette absence d'information liée aux dangers d'aborder les thèmes de la guerre de la drogue et c'est aussi la présentation partisane de la réalité, par Televisa notamment. La BBC a mis en cause dans un article une entente entre le média et le PRI pour présenter son candidat sous un jour favorable. La revendication d'une information plus équilibrée a été – est encore – portée pendant la campagne par le mouvement né sur internet YoSoy132 (je suis le 132e). Tout a commencé par la visite du candidat du PRI dans une université privé du pays. Enrique Pena Nieto est chahuté et doit quitter les lieux sous les quolibets. Le PRI et la presse présente ça comme le fait de gauchistes n'appartenant même pas à l'université. Le lendemain 131 étudiants de la dite université réfutent la thèse officielle. Très vite sur le net se monte un site où d'autres jeunes revendiquent être le/la 132e. Le mouvement refuse d'être partisan mais revendique une plus grande transparence dans la vie démocratique du pays. Des manifestations regroupant des dizaines de milliers de personnes sont organisées dans le pays. Le mouvement a, dans de nombreux endroits, veiller au bon déroulement du vote. De nombreux cas de fraudes plus ou moins grossières ont été répertoriées.
Il y a fort à parier que l'élection de Pena Nieto sera définitivement actée prochainement, mais il est tout aussi certain que le nouveau président n'en a pas fini avec les mouvements d'hacktivistes puisqu'à peine quelques jours après la mise en place de l'équipe de transition, le Mexique a décidé de signer le traité anti-contrefaçon ACTA. Ce même traité que le parlement européen a définitivement rejeté le 4 juillet dernier face à la mobilisations des défenseur d'un internet libre dans de nombreux pays européens.


31/05/2012

Anonymous veut faire câler la F1!

Après le Grand Prix de Bahreïn, les hacktivistes d'Anonymous courent encore après le petit monde des bolides... jusqu'au Quebec! Il faut dire que, manque de chance pour la Fédé Internationale Automobile, les manifestations secouent encore le Quebec et le gouvernement n'a trouvé comme seule réponse au malaise des étudiants qu'une loi restreignant encore le droit de manifester... ce qui a eu pour effet de faire descendre dans les rues, aux côtés des étudiants, une large partie de la population qui n'a pas l'intention de laisser ses libertés fondamentale se faire la malle à la vitesse dune Ferrari lancée sur un circuit.de F1.
Anonymous appelle donc au boycott du GP et à participer aux manifs... Plus quelques surprises virtuelles?



Communiqué de Presse Anonymous

"Boycott du Grand Prix du Canada à Montréal"

Peuple du monde libre, Anonymous vous invite à boycotter le Grand Prix de Formule 1 du Canada. La FIA n’a rien appris de son séjour au royaume de Bahreïn. En effet la Fédération internationale de l’automobile reste déterminée à tenir ses Grand Prix dans des pays, où Amnistie international et d’autres groupes de défense des droits humains, dénoncent de graves violations.
Anonymous demande aux pilotes de ne pas prendre le départ pour dénoncer la répression acharnée et les violences policières au quotidien, qui sont la seule conduite du gouvernement du Québec. Le Gouvernement du Québec a quitté la route suivie par les démocraties, en adoptant l’infâme loi 78, en répondant systématiquement à la colère des étudiants et manifestants :
• par des coups de matraques,
• par des coups de bottes,
• par des jets de gaz lacrymogène

Gouvernement du Québec, il est temps de faire marche arrière et de mettre un frein à cette injustice pour éviter un dramatique tête à queue. Citoyens du Québec, Anonymous vous invite à vous associer au boycott du Grand Prix de Montréal. Anonymous vous recommande de ne pas acheter de billets ou de produits de F1 vendu sur Internet. Anonymous vous encourage à participer aux manifestations dans les rues de Montréal le jour de la course.

• Nous sommes Anonymous
• Nous sommes légion
• Nous ne pardonnons pas
• Nous n’oublions pas
• Redoutez- nous.






22/05/2012

N'oublions pas Amesys!






Anonymous Tunisie rappelle dans son vidéo-tract posté le 20 mai qu'Amesys, qui a fourni au régime de Kadhafi les moyens de mener sa sanglante répression en facilitant l’espionnage à l'échelle du pays des opposants, a également vendu sa technologie à la Tunisie. Selon les Anon, le système de surveillance mis en place par Amesys serait donc toujours actif.


Hier, 21 mai, la FIDH et la LDH se réjouissaient que la justice se saisisse enfin du dossier Amesys. La plainte avait été déposée en octobre dernier pour "complicité d'actes de torture" en Libye. Les ONG s'étaient étonnées de la lenteur de la justice dans cette affaire, comme le rappelait L'express le 15 mars dernier.
"Il s’agit d’une affaire doublement emblématique : d’une part, parce qu’elle met en cause une entreprise ayant conclu un accord commercial avec un régime dictatorial, lui donnant ainsi les moyens de renforcer sa répression à l’encontre de la population ; d’autre part, parce qu’elle contribuera à faire la lumière sur les crimes graves perpétrés sous le régime de Khadafi", a déclaré Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH.

Rappelons que cette vente d'arme de surveillance massive est l'un des fil qui dépasse du sac de nœuds des relations entre le régime de Kadhafi et l'ex président - et bientôt simple justiciable - Sarkozy. En effet, le contrat passé entre Amesys, filière de Bull, et la Libye est à replacer dans le contexte de soupçons sur un possible financement de la campagne présidentielle victorieuse de Sarkozy par le régime libyen. On retrouve d'ailleurs parmi les personnages ayant un lien avec la vente du système Eagle par Amesys, l'homme d'affaire sulfureux Takieddine, dans le rôle de l'indispensable intermédiaire.

Amesys se défend de toute complicité de torture en arguant d'un rapprochement diplomatique avec Kadhafi à l'époque de la signature du contrat. Comme si le principe même de la surveillance de la population entière d'un pays ne serait choquante que si le régime en question était dictatorial... ce qui semble justifier aux yeux des dirigeants d'Amesys - et de ses concurrents - la vente à un pays fréquentable.
La vidéo des Anonymous tunisiens donne un autre sens à cette histoire. Il ne s'agit pas seulement de faire la lumière sur les événements libyens mais aussi de prévenir de futures répétitions de cette tragique histoire. La Tunisie, le Maroc et d'autres états - plus ou moins autoritaires - figurent dans la liste de clients d'Amesys.
Si en effet cette technologie est susceptible d'être utilisée à des fins de répression à grande échelle, il serait peut-être temps de s'interroger sur le contrôle des ventes de ce genre de technologies. C'est d'ailleurs ce qu'à fait le Parlement Européen en avril par la voix de son rapporteur de la commission des droits de l’homme, Richard Howitt : “Une course est lancée entre ceux qui exploitent les nouveaux médias à des fins de libération et ceux qui cherchent à les utiliser pour la répression. Je n’ai pas peur de dire que Vodafone doit tirer les enseignements d’avoir cédé aux instructions de Moubarak”. Le contrôle de la vente de ce qui pourrait être considéré comme "arme" se retrouve alors propulsé dans le champ politique. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Mais revenons un instant au paradigme de nos vendeurs de surveillance, à savoir que leur technologie ne serait néfaste que sous un régime dictatorial. Ce qui voudrait dire que nos régimes dits démocratiques devraient pouvoir se doter d'une technologie dont l'une des caractéristique est la surveillance de l'ensemble des communications transitant sur Internet ou sur les réseaux téléphoniques d'un pays. Bien sûr la lutte contre le terrorisme et la cyberpédophilie est mis en avant afin de justifier la surveillance des réseaux de communications. Mais pourquoi ce besoin d'une technologie capable de fliquer toute la population?
L'argument de défense d'une dérive dictatoriale porte en elle-même sa propre contradiction, puisqu'une telle dérive est souvent le résultat d'une situation de troubles sociaux. Si on ne pouvait prévoir la dérive sanguinaire de Kadhafi - ce pourquoi il faut tout de même être capable d'une bonne dose de cynisme connaissant l'histoire du général – il faut alors admettre que les dirigeants d'Amesys sont incapables de prévoir une quelconque dérive dictatoriale de l'un de leurs clients.
La conclusion logique est donc qu'il faut imposer un contrôle démocratique sur la vente de ces technologies. Mais poussons la réflexion un peu plus loin. Revenons un instant à la dérive dictatoriale, ce paravent de vendeurs d'armes. S'il y a dérive c'est que la situation postérieure ne relevait pas de la dictature. On peut donc supposer qu'il s'agissait d'un système plus ou moins démocratique auquel il serait "légale" de vendre une technologie de surveillance potentiellement généralisée. La dérive dictatoriale peut résulter d'une évolution autoritaire du régime en place ou de la prise de pouvoir par une fraction totalitaire. Les deux étant souvent le signe d'une tension sociale forte. Or la crise que traverse actuellement le système capitaliste globalisé s'accompagne de l'émergence de mouvements de révolte un peu partout sur la planète. Les mouvements Anonymous, Occupy, les indignés, les révoltés de Grèce ou du printemps arabe démontrent que les peuples sont toujours capable de s'élever contre des gouvernements qui violeraient leurs droits.
Le Québec est depuis plusieurs mois secoué par des manifestations étudiantes. Le gouvernement vient de sortir une loi restreignant gravement les droits de contester et manifester. Alors posons la question aux décideurs – dirigeants d'Amesys ou responsables politiques - serait-il aujourd'hui concevable de vendre ce genre de technologie au Canada? Si il n'était pas possible d'imaginer que Kadhafi puisse utiliser la technologie d'Amesys à des fins autres que la noble lutte contre le terrorisme, il est tout aussi in-envisageable de penser qu'un pays comme le canada puisse dans le cadre d'une lutte pour le maintien de l'ordre avoir recours à une surveillance généralisé de sa population.
 En Europe aussi la surveillance des populations par les moyens de communication se pose et va se poser de plus en plus. L’Italie est secoué par des mouvements contre les impôts et par des actes "terroristes anarchistes". Déjà le gouvernement a rendu possible le déploiement de l'armée à des fins de maintient de l'ordre. Un peu partout la crise du système capitaliste fait émerger des foyers de révolte. Un peu partout l'extrême droite et sa vision autoritaire de la société gagne du terrain. L'arrivée au gouvernement de partis xénophobes, réactionnaire ou sécuritaires se pose avec persistance. Bien sûre loin de moi l'idée de mettre sur un même plan le fichage – même à l'échelle d'une population entière – et des cas de torture tels qu'avérés en Libye. Mais tout de même, et sans aller jusqu'à la dérive totalitaire, le principe d'une surveillance généralisée pose question, et avec plus d'acuité dans le contexte actuel.

Plus qu'un contrôle des ventes de technologies capables d'une surveillance à grande échelle, c'est une interdiction qui doit être imposée. Après tout, certains type d'armes ou de munitions sont prohibées. Bien évidemment ça n'empêchera pas l'utilisation de ces technologies, mais au moins seront-elles illégales. La lutte contre le terrorisme ou la cyberpédophilie ne peut justifier une surveillance généralisée qui serait pour un régime dictatorial une arme de lutte contre ses opposants. En laissant entre les mains de gouvernements de telles armes, nous renonçons de fait au droits qu'a le peuple et chaque portion du peuple à se soulever contre un gouvernement qui violerait ses droits... un gouvernement en pleine dérive totalitaire.




Ni vente libre, ni contrôle, interdisons les systèmes de surveillance massive!

Article 35 de la
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793:
"Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoir."

 Paul Moreira a consacré un documentaire, Traqués, à Amesys en Libye qui a été diffusé sur Canal+ en mars dernier.
Pour en savoir plus sur l'affaire Amesys, je vous recommande les articles qu'ont consacré au sujet les sites reflets.info, Owni.fr. Je vous conseille également la lecture de Au pays de Candy de Jean-Marc Manach. Jetez également un œil aux billets du blog de Sersnow.

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Blue Cabinet is a working project to document vendors and manufacturers of surveillance equipment that are used in dictatorships and democracies around the internets like Amesys and Bull.