"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

01/06/2010

Touché - coulé israélien!!!

Voici le témoignage de Thomas Sommer-Houdeville, coordinateur des missions civiles, écrit avant-hier soir depuis le cargo grec faisant partie de la flotille de la liberté.
Thomas a participé depuis 3 mois en Grèce à la préparation de la flotille et était venu en France pour élargir la participation. Des neuf personnes (cbsp, cvpr et ccippp) composant la petite délégation française, un a été expulsé d'Israël (à sa demande afin de témoigner a-t-il affirmé) et les autres sont toujours retenus prisonniers par l'Etat hébreu.


29 mai 2010 - de Thomas Sommer-Houdeville*, depuis l'un des bateaux de la flottille de Gaza

Un jour ou l'autre peut-être, quelqu'un écrira l'histoire complète de cette aventure. Il y aura beaucoup de rires, de véritables cris et quelques larmes. Mais ce que je peux dire maintenant, c'est que nous n'avions jamais imaginé que nous ferions flipper Israël comme ça. Enfin, peut-être dans certains de nos plus beaux rêves.... Tout d'abord, ils ont créé une équipe spéciale d'urgence réunissant le ministère israélien des Affaires étrangères, le commando de marine israélien et les autorités pénitentiaires pour contrer la menace existentielle que nous et nos quelques bateaux remplis d'aide humanitaire représentent. Puis, Ehud Barak lui-même a pris le temps, malgré son agenda chargé, de nous mettre en garde à travers les médias israéliens. Ils nous annoncent maintenant qu'ils nous enverront dans la pire des prisons israéliens, dans le désert près de Beersheva.
Ce sont des annonces pour nous faire peur. Et d'une certaine façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navires de guerre, peur de leurs Apaches et de leur commando tout noir. Qui n'en aurait pas peur ?
Nous avons peur qu'ils saisissent notre cargaison et toute l'aide médicale, les matériaux de construction, les maisons préfabriquées, les kits scolaires, et qu'ils les détruisent. Toute cette solidarité patiemment rassemblée dans de si nombreux pays pendant plus d'un an. Tous ces efforts et cette vague d'amour et d'espoir envoyés par des gens normaux, d'humbles citoyens de Grèce, Suède, Turquie, Irlande, France, Italie, Algérie, Malaisie. Tout ceci pris comme un trophée par un État agissant comme un vulgaire pirate des îles. Qui ne sentirait pas un certain sentiment de responsabilité et de peur de ne pas être capable d'accomplir notre mission et livrer nos marchandises à la population emprisonnée de Gaza ?
Mais nous savons que la peur est aussi de l'autre côté. Parce que depuis le début de notre coalition, l'Etat d'Israël fait tout ce qu'il peut pour éviter la confrontation avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empêcher de partir, de regrouper nos forces et de prendre le large tous ensemble vers Gaza. Ils ont essayé de nous briser. Leur scénario idéal était de nous diviser, les Irlandais d'un côté, les Grecs et Suédois d'un autre, les Américains d'un autre encore et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu'ils ne pourraient pas mettre la pression sur la Turquie, ni agir directement là-bas. Alors ils ont concentré leurs attaques sur les parties irlandaises et grecques de notre coalition.

Le premier set a commencé il y a deux semaines quand ils ont saboté le cargo irlandais, l'obligeant à retarder son départ pour près d'une semaine. Mais, les Irlandais ont réparé aussi vite qu'ils le pouvaient et maintenant ils sont à un ou deux jours derrière nous. Puis ils ont mis une pression énorme sur le gouvernement grec, affaibli par la crise économique, pour l'obliger à ne pas laisser partir le cargo grec et le bateau de passagers greco-suédois. A cause de ces pressions, nous avons dû retarder notre voyage deux fois et demander aux Turcs, à leurs 500 passagers et aux amis américains qui étaient prêts à partir de nous attendre. C'est ce qu'ils ont fait heureusement !
Jusqu'à la dernière minute avant leur départ de Grèce, nous ne savions pas si les deux bateaux auraient l'autorisation du gouvernement grec, mais finalement le gouvernement grec a décidé de prendre ses responsabilités en agissant comme un Etat souverain et a laissé le cargo et le bateau de passagers quitter le port du Pirée à Athènes.
Le deuxième set a eu lieu hier, dans la partie grecque de Chypre, là où nous avions négocié avec le gouvernement d'embarquer une délégation VIP de parlementaires européens et nationaux de Suède, d'Angleterre, de Grèce et de Chypre. Alors que les deux bateaux de Grèce, le bateau américain venant e Crète et les 4 bateaux turcs étaient déjà au point de rendez-vous attendant que la délégation VIP arrive et embarque à notre bord, nous avons reçu la nouvelle que notre délégation était encerclée par la police chypriote dans le port de Larnaka et interdite de bouger où que ce soit. Chypre, un pays européen, était en train d'interdire a des parlementaires européens de se déplacer librement sur son sol, en rupture complète de toute législation et réglementations européennes ! Alors que nous commencions à négocier avec le gouvernement chypriote, nous avons clairement compris que ce changement soudain d'attitude envers nous était dicté directement par Israël. De sept heures du matin jusqu'au soir, le gouvernement de Chypre nous mentait, disant que c'était un malentendu que les VIP aient été autorisés à embarquer pour n'importe quelle direction qu'ils souhaitaient, que c'était juste une question bureaucratique à résoudre. Mais rien ne s'est passé et nos parlementaires ont été pris au piège. Le gouvernement chypriote agissait comme un auxiliaire d'Israël et nous a fait perdre un temps crucial. Ce matin, la délégation VIP a décidé que le seul choix qui restait était d'aller au port de Formogossa dans le Nord de Chypre sous contrôle turc, et de là prendre un bateau rapide pour nous rejoindre au point de rendez-vous. Bien sûr, parce que notre coalition est formée de Turcs et de Grecs et de Chypriotes, la Chypre du Nord qui est sous occupation turque, est une question politique très importante. Et envoyer notre délégation prendre un bateau dans le port de Formogossa, encore sous embargo des Nations Unies, est une question politique encore plus importante. Cela aurait pu briser le dos de nos amis grecs et chypriotes de la coalition. Ce fut presque pas le cas. Mais c'est le contraire qui s'est révélé. Notre coalition tient toujours. C'est le parti chypriote au pouvoir qui est sur le point de se briser, et les 7 parlementaires grecs et chypriotes qui faisaient partie de la délégation et ne pouvaient pas aller au nord de Chypre sont furieux contre le gouvernement chypriote. Un immense débat a toujours lieu en ce moment en Grèce et à Chypre sur ce qui s'est passé et sur notre flottille pour Gaza. Dans une heure ou deux, 80% de notre délégation VIP embarquera sur nos bateaux et nous partirons pour Gaza comme prévu. Donc nous pouvons dire qu'Israël a perdu les deux sets qu'il a joués.

Dans quelques heures, le dernier set, crucial, commencera quand nous entrerons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, matériellement, il serait très facile pour Israël de nous stopper et nous arrêter, mais le coût politique qu'ils auront à payer sera énorme. Vraiment énorme, à tel point que toutes les ruses et les pièges qu'ils ont tenté de mettre sur notre route ont réussi à faire une seule chose : sensibiliser de plus en plus de gens partout dans le monde sur notre flottille et sur la situation de Gaza. Et de tout ça, nous apprenons quelque chose : la peur n'est pas de notre côté, mais du côté d'Israël. Ils ont peur de nous parce que nous représentons la colère des gens tout autour du monde. Les gens qui sont mécontents de ce que l'Etat criminel d'Israël fait aux Palestiniens et à chaque amoureux de la paix qui ose prendre le parti des opprimés. Ils ont peur de nous parce qu'ils savent que, dans un proche avenir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza comme il y a de plus en plus de personnes à décider de boycotter Israël chaque jour.
Thomas Sommer-Houdeville, depuis l'un des bateaux de la flottille de Gaza

* coordinateur de la Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (ccippp)

Vous connaissez surement le dernier set...

Photo: le ferry turc Mavi Marmara. REUTERS/STRINGER/TURKEY

30/05/2010

Ta mère en tongs!

La troupe de théâtre Tamèrantongs! (TMT!) est une expérience qui donne à des jeunes de quartiers dits difficiles (Belleville et Mantes-la-Jolie) la possibilité de s'initier au théâtre... loin des classiques d'une époque révolue mais qui cherche l'universalité dans le monde d'aujourd'hui...
En 2004, j'avais eu le plaisir d'interviewer ces gamins et gamines... TMT! présentait alors une pièce intitulée "Zorro el zapato" qui mêlait joyeusement le mythe du renard masqué et du sous commandant cagoulé Marcos. Le "sub" avait d'ailleurs assisté à une représentation de cette pièce puisque TMT! l'avait jouée au Mexique... à Mexico et au Chiapas.
Le 26 juin sort le DVD de cette aventure franco-mexicaine... TMT! investit pour l'occasion "les trois baudets" avec spectacles et projections diverses...
N'hésitez pas, allez rencontrez "Ta Mère en Tongs!"




TMT! sur le net: www.cietamerantong.org



12/05/2010

Más allá de las apariencias

En poco tiempo dos caras fueron reveladas al mundo por los periódicos... una, sin pasamontañas, del subcomandante Marcos, y otra del poeta Arthur Rimbaud sin sus alas de albatros. Dos figuras que nos recuerdan que, lejos de sus rasgos, son sus palabras manejadas como armas que dieron su brillo a estas estrellas.


Hace unos días, la prensa francesa reveló una foto inédita de Arthur Rimbaud. Dicha fotografía da a conocer la cara adulta del poeta, del cual solamente conocíamos hasta la fecha el rostro adolescente, fijado para la posteridad por Etienne Carjat. Jacques Desse y Alban Caussé, dos libreros apasionados, encontraron esa fotografía con varias otras en una de las ventas de garage que proliferan en las aldeas de Francia. Lo que llamó la atención de los dos compadres era una nota escrita atrás de la antigua foto: “Hôtel de l'Univers” (Hotel del Universo)... Hotel en el cual vivió Rimbaud cuando se estableció en Adén, Yemen, en los años 1880. “Se veía este tipo con ojos claros, que parece un extraterrestre en medio de los demás, un poco como si estaba ahí y, en el mismo tiempo en otro lugar”, contó Jacques Desse a los reporteros. Encontraron la fotografía hace dos años. Dos años durante los cuales, junto con especialistas del poeta y con técnicos, trataron de autentificar la imagen... antes de presentarla al público.
En 1880, Arthur Rimbaud había dejado la pluma y sus “suelas de viento” le habían llevado a África. Nacido en 1854, el poeta logró su plenitud poética a los 17 años, es decir, en 1871, año de la Commune de Paris. El joven rebelde se fugó varias veces del domicilio familiar, en Charleville... solo o en compañía del “hada verde”(1). Soñaba con llegar a París. Lo logró en febrero de 1871, poco antes del episodio revolucionario. Francia estaba en guerra y sus ideales republicanos el joven poeta los puso en el famoso “Le dormeur du Val”. Durante su estancia en París, Rimbaud trató de encontrar a escritores con compromisos revolucionarios, como Jules Vallès. Nadie puede decir si Rimbaud estuvo en París en algún momento de la Comuna, pero es obvio que para varios de sus versos, remojó su pluma en la sangre del pueblo revolucionario de París. La semaine sanglante (la semana sangrienta), durante la cual el gobierno francés fusiló a muchos de los revolucionarios, radicalizó más aún la poesía de Rimbaud, que no dejó de denunciar a los vencedores y a la iglesia.
Luego empezó a juntarse con Paul Verlaine y a introducirse en el medio artístico parisino. Pero al principio de 1872, las provocaciones de Rimbaud exasperaban a sus nuevos amigos. Regresó a Charleville y dio idas y vueltas entre la casa familiar y París... En julio del mismo año, Rimbaud y Verlaine se marcharon y empezaron una relación amorosa que los llevará entre Londres y Bruselas. Se acabó el año siguiente en la capital belga: Verlaine disparó a su amante y lo hirió. Rimbaud regresó con su familia y, antes de dejar definitivamente la poesía en 1875, regaló al mundo Une saison en enfer (Una temporada en infierno) e Illuminations (Iluminaciones). Se callará pues, a los 21 años… porque ha cumplido todo lo que pudo en “el desierto y la noche” que lo rodeaba. Había entendido que la poesía no podía cambiar el mundo sin una revolución liberadora.
Recogió entonces a Europa y se fue hasta Indonesia. A partir de 1880, Rimbaud, a quien “sus alas de gigante”, las del Albatros de Baudelaire (2), no servían más en el suelo de los hombres, llegó a África, en países que harían soñar cualquier otro hombre pero que a Rimbaud no le quitaron el aburrimiento. Llegó a Adén y trabajó como manobrero y luego empleado de la Agencia Bardey. Posteriormente se fue a Harar y se volvió mercader cuentapropista... y traficante de armas.
En la foto inédita de Rimbaud, se ve también Jules Suel (con el traje de cuadros), dueño del “Universo”. Fue el que co-financió la expedición de Rimbaud entre Tadjoura y el reino de Menelik. En 1886 el ex-poeta y neo-traficante logró llevar una caravana de armas al futuro rey de Etiopía. El viaje, que debía ser de unas semanas, duró más de cuatro meses. Pudo haberle parecido a Rimbaud una “temporada en infierno”, en medio de una tierra de las más inhóspitas del mundo, poblada por tribus hostiles que habían masacrado a la caravana anterior.
Rimbaud pasó los cincos últimos años de su vida aburriéndose entre pequeños tráficos en lugar de grandes desvíos de palabras, cuentas en lugar de cuentos, embrutecimiento en lugar de embellecimiento. Murió en 1891, el 10 de noviembre en Marsella, amputado de la pierna por un carcinoma en la rodilla. La muerte del hombre olvidado permitió el nacimiento del mito de uno de los famosos poetas malditos.
La fotografía inédita de Rimbaud hizo correr ríos de tinta en Francia. Muchos franceses corrieron a verla en la muestra literaria que la acogió en París. Como si la cara adulta del poeta pudiera explicar algo... Como si, a los que encuentran la rabia que sienten correr en sus venas en los versos de Rimbaud les importaría ver detrás de este pasamontañas tejido de palabras.
Por casualidad, unos días antes, los periódicos, los de México como los de Francia, dieron a conocer la cara del subcomandante Marcos sin su famoso pasamontañas. La supuesta foto del líder del EZLN parece interesar más a los reporteros del mundo que las actividades de los zapatistas en este año del centenario de la Revolución Mexicana. Como si el rostro escondido detrás del pasamontañas del portavoz de los indígenas de Chiapas pudiera tener otros rasgos que los de todos los inconformados del mundo... actual como del pasado y del futuro.
Marcos, como Rimbaud, remoja su pluma en los ríos de sangre de su pueblo. No el Sena enrojecido por la semana sangrienta sino los ríos que recorren a América Latina como venas abiertas de un continente indígena harto por 500 años de oscurantismo. Como las palabras de Rimbaud, las de Marcos nacen del desierto, el de las prédicas de Lautréamont(3), para iluminar a esa tan larga noche. Noche que todavía nos rodea con sus estrellas que los de arriba esperan hacer palidecer apuntando las luces del show en estas figuras... Pero nunca las podrán apagar porque, aún muertas, las estrellas siguen señalando el camino hasta el amanecer.



1: Apodo del absenta.
2: Charles Baudelaire, poeta francés (1821 – 1867), autor del Albatros.
3: Conde de Lautréamont, poeta francés (1846 – 1870), autor de Los cantos de Maldoror.

Photo: Rimbaud (2e à droite) devant l'hôtel de l'univers à Aden, dans les années 1880.

Article publié dans Caja de Arena, supplément culturel du quotidien mexicain Pagina24, le dimanche 9 mai 2010.

05/05/2010

Solidarité avec le peuple de Grèce



Le 5 mai à Athènes était une journée de grève générale et de manifestations... Manifestations massives et dont la violence a répondu à celle des speculateurs, du FMI et de l'UE qui vont, avec leur plan d'aide, mettre à genoux des hommes et des femmes qui subissent déjà la crise... Les manifestations ont fait 3 morts, 3 employés de banque décédés dans l'incendie au cocktail molotov de l'agence où ils travaillaient... On ne peut évidemment que le déplorer, mais il y a fort à parier que les mesures d'austérité mèneront à la mort plus d'un autre employé, ouvrier ou fonctionnaire. Pendant ce temps, comme l'a dit Cohn-Bendit au parlement européen, les pays de l'UE feront de l'argent sur le dos de la Grèce: prêts à taux injuste, ventes d'armes au pays... autant d'actes dont la violence est moins spectaculaire mais plus meurtrière.
La Grèce, berceau de la démocratie, sera-t-elle le premier domino tombé sur le champ de bataille de la speculation financière?
Un policier en flamme à Athènes. Reuters/John Kolesidis

04/05/2010

Guide d'autodéfense numérique

... ou l'informatique pour les nuls!

Ce guide vient d'être mis en ligne et se veut une référence pour tous ceux et toutes celles qui veulent comprendre un peu mieux pourquoi leur ordinateur peut être leur meilleur ami mais aussi leur pire ennemi, celui qui les trahira sans vergogne auprès de n'importe quel flic, hacker, espion ou commercial qui saura et aura les moyens de le faire parler... Comme quoi ces petites bêtes à puces, pas plus que n'importe quel autre ami à pattes ou à jambes n'est totalement sûr. Une fois encore, il s'agira de savoir l'utiliser. C'est un peu long mais indispensable pour ne pas sombrer dans une pensée magique à chaque fois qu'on se réfère à l'informatique!

Le premier tome publié ces derniers jours décortique la bête hors ligne. Le prochain tome démontera les failles de sécurité de la bête branchée... à suivre donc!


C'est ici: Le guide d'autodéfense numérique!

29/04/2010

Mexique: le meilleur des mondes?




"Les grands groupes mexicains se lancent dans la "responsabilité sociale", par Joël Ruet...


Sous ce titre et se prévalant de ceux de chercheur CNRS au Centre d'études français sur la Chine contemporaine (?) et de président de l'observatoire des émergents, Mr Ruet, dans lemonde.fr daté du 27 avril, nous offre un article qui prêterait à sourire si la situation qui vivent les Mexicains n’était pas si grave.

Pourtant c’est vrai, comme l’affirme les enquêtes citées par Monsieur Ruet, l’une de la Banque Mondiale (spécialiste s’il en est du bonheur) et l’autre d’un chercheur de l’Université du Michigan (Ronald Inglehart et son indice du bien-être), qui classe respectivement le Mexique au 10e et 2e rang des pays les plus heureux, les Mexicains sont des gens heureux... Ou plus exactement, je dirais qu’ils ont la joie de vivre... et peut-être d’autant plus que le pays où ils vivent continuent d’être comme le disait Breton, bien que d’une facon différente, « le pays le plus surréaliste du monde ». Vivant depuis quatre ans au Mexique, je le constate au quotidien, les Mexicains perdent rarement le sourire...

Revenons alors à l’article de Mr Ruet. Celui-ci renvoie, pour expliquer ces résultats qu’il qualifie d’étonnant « d'abord à la culture, à la limitation (relative) des inégalités, et un peu au fonctionnement démocratique d'un pays dont on parle surtout au sujet de la violence des cartels de la drogue et de l'immigration des plus pauvres vers le grand voisin nord-américain. »

Concernant donc la « culture du bonheur » dont fait état ici le chercheur du CNRS, rappelons tout de même que le Mexique a connu son lot de révoltes, révolutions, soulèvements populaires à travers l’histoire et que le dernier en date et peut-être le plus médiatique, le soulèvement zapatiste au Chiapas dure maintenant depuis 1994 ! Évoquons aussi l’état voisin du Guerrero, qui connait aussi un soulèvement armé, celui de l’EPR, l’Armée Populaire Révolutionnaire... Comme quoi le bonheur affiché par la Banque Mondiale ne semble pas forcément partagé par tous les Mexicains, loin de là.

Passons à "la limitation (relative) des inégalités », qui expliquerait donc le bonheur dans lequel vivent les Mexicains. Notons au passage, ce « relative » mis entre parenthèse et qui me semble toute fois un doux euphémisme qui a fait rire (jaune) les amis avec qui nous commentions cet article. Est-il besoin de rappeler que l’homme le plus riche du Monde, Mr Carlos Slim, est Mexicain... et que loin d’être la norme il serait plutôt l’exception, tant la pauvreté, pour ne pas dire la misère, saute aux yeux de tout à chacun, pour peu qu’on sorte un peu des circuits touristiques balisés. Il serait fastidueux ici de vouloir donner les milles images de ces hommes et femmes en haillons qui mendient de quoi survivre, de ces indigènes privés de soins, d’écoles... Alors, peut-être suffira-t-il de penser à tous ceux et toutes celles qui tentent de passer « del otro lado », de l’autre côté du mur pour gagner leur vie en dollards et faire vivre des villages entiers... Il suffirait de s’imaginer ces hameaux de tout le pays, déserté par les jeunes partis chercher une vie meilleure chez l’Oncle Sam. Ou de penser à la famille qui tenait le magasin de fruits et légumes en-bas de chez moi, qui a "disparu" du jour au lendemain... allant grossir les rangs des latinos aux USA! Pourtant, ceux qui ont connu la vie aux USA le reconnaissent... c’est pour le pognon parce que la vie est plus agréable de ce côté-ci du mur : moins de stress, plus de relations sociales.

Plus en avant, essayant de comprendre ce bonheur mexicain, le chercheur fait le parallèle avec une autre étude (du cabinet International Survey Research) qui décrit les salariés mexicains de l’économie formelle (60% des salariés) comme étant les plus satisfaits de monde. Et il pose la question, ces travailleurs heureux font-ils des citoyens heureux ? Il explique alors qu’à la base de ce bonheur salarié et de « l'économie mexicaine, la petite entreprise familiale a une tradition de philanthropie envers les communautés d'appartenance de leurs employés - c'est aussi le cas en Inde, mais seulement dans les grands groupes. » Il explique alors que ces entreprises doivent, de par la constitution fournir « santé, clinique et logement à leurs employés ». Concernant la couverture sociale, je peux dire d’expérience qu’elle est loin d’être automatique et que, de plus, elle se divise en plusieurs niveaux selon le barreau de l’échelle sociale auquel vous êtes accrochés. Et, malgré le temps clément du pays, la finesse de la couverture en question laisse mourir bien des hommes et des femmes de ce pays. Il faut aussi prendre en compte que lorsqu’on a le « seguro popular », la sécurité populaire, le premier barreau de l’échelle de la santé, on s’entasse souvent dans les « centros de salud », les centres de soins où il ne vaut mieux pas avoir quelque chose de sérieux. Les femmes par exemple, ne sont pas à l’abris d’une pause « surréaliste » du sterilet ! Les médecins qui suivent les nouveaux nés passent souvent plus de temps à parler de la pluie et du beau temps (ou de la Feria) qu’à examiner les enfants... mais toujours avec ce sourire sympathique.

Quant au logement, il est certainement fait ici référence aux cubes préfabriqués tels que ceux qui moins d'un an après leur inauguration à Aguascalientes étaient inondés. La périphérie de la ville a ainsi vu fleurir des quartiers résidentiels tracés au cordeau qui ressemblent plus à des casernes qu’au paradis du travailleur. J’ai eu l’occasion d’interviewer des habitants de ces préfabriqués, qui même avec le sourire reconnaissent que c'est loin d'être la panacée... surtout quand on n'a pas la nostalgie du capitalisme paternaliste qui semble faire rêver notre chercheur de bonheur. Des maison, dont on dit que lorsqu’un ami passe vous voir, un membre de la famille doit sortir. Dans un pays où les familles sont encore nombreuses, ces habitations se transforment rapidement en boîtes de sardines.

Quant aux conditions de travail des Mexicains, je me contenterais de dire que beaucoup de ceux que je côtoie sont obligés de cumuler les emplois pour finir les fins de mois... qu’avec la crise le chômage a empiré et que l’économie informelle fait ici vivre beaucoup de monde...

La suite de l’article de Mr Ruet donne ensuite une vision idyllique des entreprises mexicaines, qui non contentes d’être des pères pour leurs employés, serait aussi une bonne mère-nature puisqu’elles seraient en pointe sur les questions de protection de l’environnement. Hormi que ce long passage de l’article ne donne la parole qu’aux statistiques et enquêtes patronales, l’auteur de l’article ne fait aucune références aux luttes de nombreuses associations environnementales contre ces « entreprises responsables ».

Mais revenons sur l’idée d’un pays "démocratique" pour expliquer « un peu » le bonheur des Mexicains... Un pays qui ne ferait parler de lui que par ses migrants et la violence des cartels de la drogue. Je dois dire que c’est certainement l’argument le plus choquant dans un pays où les droits fondemmentaux sont baffoués quotidiennement... et pas uniquement par les cartels de la drogue mais aussi par les forces de police et l'armée qui patrouille dans les rues, comme dans ces reportages des années 70' et 80' sur l'Amérique Latine des dictatures. Demandez à Florence Cassez ce qu’elle pense du fonctionnement démocratique de la justice mexicaine... pour prendre un exemple connu des francais. Demandez aux mortes de Ciudad Juarez et à leurs familles ce qu’elles pensent de la démocratie mexicaine... Je laisse le lecteur seul juge en donnant ici quelques exemples récents du fonctionnement démocratique du Mexique :

- Mardi, à Ciudad Juarez, un commando armé a tué un groupe de 8 adolescents qui avait eu l’imprudence (impudence?), de sortir dans un bar, la nuit. C’est vrai qu’en démocratie, il faut savoir se coucher tôt pour aller le sourire aux lèvres travailler dans la joie et la bonne humeur et que ces gredins n’avaient certainement rien à faire dans un bar aussi tard !.. Certainement que les habitants de la malheureuse France, découvriront la joie et le bonheur eux aussi grâce au "travailler plus pour gagner plus" de leur bien-heureux président.

Mais peut-être, me rétorquerez-vous que Ciudad Juarez est une enclave narco dans un pays où règne la paix et l’harmonie... Alors rendons-nous à Oaxaca, cet état indigène du sud du pays au charme reconnu par les touristes du monde entier...

- Prenez note... certainement que ces deux personnes sont mortes de rire, tant le bonheur prend ici aux tripes... Les deux victimes, Alberta Carino, 35 ans, de l'association de développement local Cactus, et Tyri Antero Jaakkola, 25 ans, de l'ONG finlandaise Uusi Tuuli Ry ("Vent nouveau"), sont tombés sous les balles de paramilitaires qui contrôlent une zone de l’état de Oaxaca. Ces deux personnes faisaient partie d’une caravane humanitaire qui devait apporter vivres et médicaments à San Juan de Copala. Ce village indien s’est proclamé autonome il y a peu et a vu, en représailles, son accès (ainsi que l'eau et l'électricité) coupé par des militants de l’Ubisort (Union du bien-être social de la région de Triqui), proche du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) au pouvoir dans l’Oaxaca. D’autres militants et journalistes qui faisaient partie de la caravane ont également disparu, dont au moins un Allemand. Plusieurs rescapés parlent d’autres morts, dont les corps auraient été cachés par les paramilitaires. Précisons aussi que la police elle-même a les pires difficultés à enquêter puisque les paramilitaires leur refusent l’accès à la zone qu’ils contrôlent... Peut-être que je cherche la petite bête, puisqu’on peut noter que les paramilitaires, responsables de ces assassinats ne font que se battre pour le "bien-être social"... une cause qui ne laissera certainement pas indifférents les auteurs des rapports sur le bonheur des Mexicains !

- Parlons alors d’un évènement, plus proche de moi... J’avais ici-même relayé l’info... le cirque Alegria organisait dimanche dernier une parade anti-corrida en plein cœur de la Feria San Marcos d’Aguascalientes... Tout avait bien commencé, puisqu’un taureau avait décidé d'apporter son soutien aux manifestants en encornant le "plus grand torero" du monde, l’Espagnol José Tomas, la veille au soir. La manifestation a été des plus festives. Près de deux cents personnes ont participé au défilé, déguisés, avec sifflets, pancartes et slogans. Traversant le centre ville, les marcheurs ont pris le chemin de la zone de la Feria. Ils y ont alors présenté un petit spectacle anti-corrida avant d’essayer de se rendre au pied de la grande arène. La police de l'état les en a démocratiquement empêché et a même arrêté et détenu l’un d’eux pendant plusieurs heures pour avoir haussé le ton et demandé que soit respecté leur droit à manifester dans un lieu public.. alors qu’aucune provocation ni dégradation n’avaient été commises... Ou peut-être faudrait-il demander aux militants communistes tabassés le lendemain alors qu'ils diffaient des tracts dans la zone de la Feria? Ou encore à un ami, lui aussi passé à tabac pour avoir demandé aux policiers pourquoi certaines rues de la Feria étaient bloquées alors qu'il s'agit d'un epace public?

Il me semble qu'avant d'annoncer haut et fort que les Mexcains sont parmi les plus heureux du monde, en suivant en cela trois études réalisés par des institutions plus liées à l'économie qu'à la vie des gens, il serait bon de connaître un minimum la vie du pays en question, pour ne pas dire comprendre car on ne comprend jamais vraiment un pays ni ses habitants... Une vie certe éloignée des hautes sphères d'un Mr Slim mais qui est un quotidien certainement plus partagé par les compatriotes souriants de l'homme le plus riche de la planète!

Photos: Défilé anit-corrida dans les rues d'Aguascalientes et le dispositif policier qui l'entourait... par Hélène Michoux.