"La plume est la langue de la pensée"
Miguel de Cervantes Saavedra

01/07/2008

Cartes mexicaines, Poly, février 2008

Les piñatas des enfants de maïs

Dale, dale, dale, no pierdas el tino, porque si lo pierdes, pierdes el camino. Dale, dale, dale, dale y no le dio, quítenle el palo porque sigo yo. Ya le diste una, ya le diste dos, ya le diste tres y tu tiempo se acabó. (1)

Une corde tendue entre les deux murs du patio pour faire monter et descendre la piñata et la tension… et plusieurs dizaines d’enfants impatients et armés d’un manche à balai, prêts à frapper – plus ou moins fort - pour ensuite se jeter sur les cacahuètes et autres douceurs sucrées. Dale, dale, dale… La ritournelle rythme les coups portés à l’étoile pleine de poussière de bonbon. Ce 22 décembre plusieurs collectifs d’Aguascalientes - punks, rastas, etc – se sont donné rendez-vous à "la Casa Maís" (Mancomunidad de la América India Solar, dispensaire pour les populations indigènes). Ils ne sont pas venus la hotte vide et les enfants de maïs le savent. Deux jours plus tôt les punks avaient organisé un "jugueton", soirée dont l'entrée se paye en jouets. Mais avant la distribution de joujoux ainsi récoltés, la soirée commença, comme il se doit, par la cérémonie de la piñata... sous la rondeur de la pleine lune.
D’après l’histoire la plus répandue, c’est Marco Polo, au XIIe siècle, qui aurait rapporté la piñata de Chine en Europe, avant que les conquistadores ne l’implantent dans le nouveau monde. En Chine la piñata représentait souvent un bœuf ou une vache et servait à fêter le nouvel an. Au Mexique, pour les fêtes d’anniversaire les piñatas ont encore l’apparence d’animaux ou de personnages célèbres. Mais à Noël elles arborent des couleurs vives et la forme d’étoiles à sept branches… une symbolique chrétienne héritée de son passage en Espagne et en Italie. L’explosion de la piñata, symbolisant alors la victoire contre les pêchés capitaux, apporte une pluie de récompenses divines.
Les évangélisateurs se servirent de cet aspect ludique pour attirer les amérindiens sur le chemin d’une foi plus catholique. On dit aussi que dans l’Amérique préhispanique les indigènes brisaient des récipients en terre cuite, remplis d’eau, pour faire venir la pluie. La similitude de certaines traditions a pu faciliter la christianisation des peuples autochtones. Mais si le folklore des envahisseurs a souvent semblé s’intégrer si facilement, c’est aussi parce que les indiens, polythéistes, n’éprouvaient pas de difficultés à incorporer de nouvelles croyances… en les réinterprétant souvent. C’est peut-être ce qui explique que beaucoup de coutumes ont survécu à la colonisation… Sous le masque des reliques catholiques subsistent les traits anciens de rites précolombiens.

1 : Tape, tape, tape, ne perd pas la tête, parce que si tu la perds, tu perds le chemin. Tape, tape, tape, tape et il l’a pas eu, enlevez-lui le bâton parce c’est moi qui suis. T’as tapé une fois, t’as tapé deux fois, t’as tapé trois fois et ton temps est écoulé.

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